Paul Seixas a fait le bon choix
Paul Seixas participera au Tour de France cet été. Sa formation, Decathlon CMA CGM, l'a confirmé en début de semaine, mettant fin aux spéculations autour de la présence du prodige de 19 ans sur la Grande Boucle.
Pour certains, cette sélection est une erreur. Paul Seixas serait trop jeune. Il est vrai que personne n’a participé au Tour à un âge aussi précoce depuis près de 90 ans. Le Lyonnais n’a, de plus, jamais disputé le moindre Grand Tour, contrairement à l’usage. Même Tadej Pogacar s’était testé sur la Vuelta avant de se présenter au départ de la plus grande course cycliste du monde.
On craint que Paul Seixas ne se fasse avaler par la grande lessiveuse du Tour de France. Qu’il ne subisse, trop jeune, une lourde désillusion et ne se fasse griller par la pression médiatique, et l’attente des Français, en quête d’un successeur à Bernard Hinault depuis 1985.
Mais Paul Seixas n’est pas un coureur comme les autres, et il l’a déjà prouvé à maintes reprises. Il n'est pas fait du même métal: il est de la trempe des grands. A l'image de Pogacar, Seixas voit la course comme un jeu. Un jeu où une seule chose compte: franchir la ligne d'arrivée en premier. Le reste, il ne s’en soucie guère. Voilà pour l'aspect mental.
Sur le plan sportif, ensuite, le coureur de Decathlon CMA CGM est au niveau. C’est un spécialiste-né des courses à étapes. Il saura faire bonne figure, comme il l’a déjà montré sur le Dauphiné (8e). Rappelons aussi qu’il vient de gagner le Tour du Pays basque, mettant fin à la disette française sur les courses à étapes de la catégorie WorldTour. Son dernier compatriote à en avoir remporté une s’appelait Christophe Moreau (Dauphiné, 2007), un grand habitué des Top 10 sur le Tour de France dans les années 2000.
Seixas est en grande forme cette année, et il serait dommage de ne pas en profiter. Surtout qu'il sera quoi qu’il en soit vainqueur à sa façon de ce Tour de France. Bien sûr, il visera dans sa tête le maillot jaune. Mais qui peut réellement l’imaginer triompher dès sa première participation? Un peu de bon sens s’impose. Le maillot blanc paraît davantage à sa portée et constituerait déjà une consécration. Tout comme un podium à l’arrivée à Paris, ou même un «simple» Top 10. Et personne ne lui en voudra s’il connaît une défaillance, dans cette troisième semaine inconnue, après avoir lutté corps et âme avec Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard. On mettra cela sur le compte du manque d'expérience.
En ne venant pas, le Français aurait risqué, au contraire, de ne plus se présenter sur le Tour de France avec une telle forme. Le cyclisme professionnel est devenu un sport dangereux. Nous le savons plus que quiconque en Suisse. Muriel Furrer rêvait de la Grande Boucle. Gino Mäder y avait des ambitions. Il ne se passe plus une saison sans qu’une mauvaise nouvelle ne frappe la discipline.
D’autres ont eu plus de chance, mais ont longtemps subi les conséquences de leur chute. C’est le cas de Remco Evenepoel, ralenti dans sa progression après avoir basculé par-dessus le parapet lors du Tour de Lombardie. Et que dire d’Egan Bernal? On lui promettait un avenir radieux et d'autres triomphes après sa victoire sur le Tour de France 2019. Il n’a toujours pas retrouvé son meilleur niveau après avoir frôlé la mort à l’entraînement. Bref, on ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Alors autant profiter du moment présent.
Il y a enfin le volet sentimental. L’annonce de sa participation au Tour de France, Paul Seixas l’a faite depuis chez ses grands-parents, qui ont joué un rôle décisif dans sa construction sportive. Son grand-père, 85 ans, s’est dit heureux, avec le temps qui passe, de pouvoir voir son petit-fils prendre le départ de la Grande Boucle.
"J’ai quelque chose à vous annoncer…"
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Le Tour de France est un lien générationnel. Les enfants le regardent en vacances chez leurs grands-parents, pendant que les anciens somnolent sur le canapé. En agissant ainsi, Paul Seixas s’évite tout regret. D’autres, en revanche, en ont. Mathieu van der Poel a porté le maillot jaune, que son grand-père Raymond Poulidor chérissait tant, dès sa première participation relativement tardive au Tour, en 2021, et moins de deux ans après le décès de l’éternel second. «C’est décevant qu’il soit parti trop tôt», a récemment regretté Adri van der Poel, le père du champion. «C’est dur qu’il ne soit pas là», avait pour sa part déclaré MVDP en enfilant la tunique de leader à Mûr-de-Bretagne.
Paul Seixas a donc raison de participer dès cette année au Tour de France. Et puis, ce n’est pas comme si les anciens principes dictaient encore le cyclisme. Parle-t-on toujours, aujourd’hui, de pics de forme? Le peloton ne s'est-il pas déjà nettement rajeuni? Le vélo évolue. Dès lors, il est normal de voir Seixas s’affranchir de certaines barrières et établir ses propres normes. Le Français n’est d'ailleurs pas passé par l’équipe de développement d’AG2R, intégrant directement le groupe professionnel après la catégorie U19. Avec brio, puisqu’il a été le seul cette saison à tenir la roue de Pogacar à Liège comme aux Strade Bianche.
Le jeune coureur est désormais prêt. Il est tout à fait capable de participer au Tour de France sans se perdre.
