«Je veux rendre fier ce pays»: un Romand est le nouveau coach du Népal
Burkina Faso, Maroc, Algérie, Emirats arabes unis, Oman, Chine, Zambie, Laos et finalement Népal. Un parcours qui a de quoi faire rêver tous les voyageurs sac sur le dos. Mais c'est celui de Guglielmo Arena, coach romand de foot qui est devenu sélectionneur du Népal en mars. «Je vous assure, mon travail n'a rien à voir avec du tourisme!», recadre d'emblée le natif de Montreux (VD), 52 ans.
Une preuve? «Le MAS de Fès, un club de première division marocaine que j'ai coaché en 2024, se maintiendrait très facilement en Super League suisse», assure-t-il.
Guglielmo Arena est donc ce qu'on appelle un bourlingueur du football. Et quand on lui demande pourquoi il est autant attiré par l'étranger, le Vaudois d'origine est on ne peut plus franc:
Désormais, elle est reconnue dans le foot professionnel helvétique. «Avant de signer comme sélectionneur du Népal, j'ai regardé attentivement les opportunités en Challenge League», avoue celui qui est connu dans le milieu par son surnom, «Guli».
Le régime communiste et l'annonce Linkedin
A défaut de rejoindre le banc d'une équipe de deuxième division suisse (avec seulement dix clubs, les places sont très chères), il vivra donc sa deuxième expérience comme sélectionneur national. La première s'est aussi déroulée en Asie: au Laos, entre juin et octobre 2023.
«Le Laos est un pays communiste, avec par conséquent une organisation du sport particulière. Il y a très peu de place pour la nouveauté et la créativité», observe Guglielmo Arena. Et les dirigeants de la fédération prennent beaucoup de place. Trop, pour le coach romand, qui était aussi en charge de l'équipe M23.
Conséquence: le Montreusien claque la porte, après seulement quatre mois. Il prend ensuite les rênes du MAS de Fès entre juillet et décembre 2024, mais un désaccord avec la direction met prématurément un terme à son contrat.
Le globetrotteur reste plus d'une année en Suisse, chez lui au Bouveret (VS), sans entraîner. Début 2026, une annonce sur Linkedin attire ses yeux. Celle postée par la fédération népalaise de football, qui cherche un sélectionneur. Comme le ferait n'importe quel restaurant du coin qui veut enrôler un cuisinier.
Mais malgré son modeste 146e rang au classement Fifa (derrière Andorre ou l'Afghanistan), le Népal attise les convoitises. «Il y a eu 800 candidatures», précise Guglielmo Arena. Il passe alors plusieurs entretiens en ligne – convaincants – et paraphe son contrat à distance.
Equipe en stand-by et exil forcé
Ce pays montagneux de 31 millions d'habitants blotti dans l'Himalaya, entre l'Inde et la Chine, n'offre pas les mêmes conditions de football que les sélections de pointe. «Guli» le savait avant de signer. Il y a d'abord le salaire. «Pour des sélections comme le Népal, on est entre 3 000 et 6 000 dollars mensuels», fait savoir le Romand. La fédération lui paie aussi sa nourriture, son hébérgement dans un hôtel de la capitale Katmandou (1,5 million d'habitants) et un chauffeur. On reste toutefois très loin des revenus de confrères à la tête d'équipes plus huppées.
Et puis, sur place, Guglielmo Arena découvre la complexité du système. Encore aujourd'hui, la sélection népalaise est en stand-by, privée de matchs et d'entraînements, la faute à des élections tendues au sein de la fédération où une ingérence politique est crainte. «J’attends le feu vert pour la reprise des entraînements. Actuellement, des meetings ont lieu entre la fédération, l’AFC et la Fifa. L'équipe féminine a repris mardi, donc on espère avoir des bonnes nouvelles ces jours», nous a communiqué «Guli» ce mercredi.
Ces problèmes politiques ont impacté la sélection pour son premier match avec son nouveau coach, le 31 mars au Laos. Elle a reçu l'autorisation de la Fifa de voyager seulement 48 heures avant la partie. Résultat: l'équipe a été répartie dans trois avions, dont un a fait une longue escale en Inde, et un entraînement sur place a dû être annulé. Pas idéal pour préparer une rencontre, qui s'est soldée sur une défaite 1-0.
Autre différence avec la Nati et Murat Yakin, par exemple: au Népal, c'est Guglielmo Arena qui doit gérer l'organisation des terrains d'entraînement. Et elle est délicate, car les surfaces de jeu à Katmandou sont rares: un synthétique appartient à la fédération et deux terrains en gazon sont à l'armée. «L'un est très vite en mauvais état dès qu'il pleut», souligne «Guli». Quant à l'autre, il n'est pas homologué pour les matchs officiels. Conséquence: le Népal devra jouer ses prochaines rencontres à domicile en exil. «Je vais demander qu'elles aient lieu en Inde, car il y a beaucoup de Népalais qui vivent là-bas et qui viendront nous soutenir», anticipe le sélectionneur.
Le foot de rue et un grand objectif
Malgré ces galères, l'ex-coach de Collombey-Muraz et Conthey veut savourer son expérience dans l'Himalaya.
Dans les rues de Katmandou, «Guli» a pu se rendre compte que «les Népalais ont beaucoup plus faim de football que les Laotiens».
«Plein de gens portent le maillot de l’équipe nationale», observe le Romand, qui vit désormais sur place. Il enchaîne:
Guglielmo Arena en est certain: c'est ce football de rue – dans des petits espaces –, ou sur des terrains en très mauvais état, qui offre de belles qualités techniques aux footballeurs népalais. «En sélection, certains joueurs sont impressionnants techniquement», juge le coach, qui estime que son équipe équivaut à une bonne 2e ligue en Suisse. Et dont la star est le gardien Kiran Chemjong (36 ans), l'un des très rares sélectionnés à évoluer à l'étranger (il a joué en Inde et désormais aux Maldives).
En ligne de mire, il y a la Coupe d'Asie du Sud (SAFF) en septembre au Bangladesh, le grand objectif. Le Népal se frottera notamment à l'équipe hôte et à l'Inde.
Une belle vitrine et une escapade sur l'Everest
Guglielmo Arena ne s'en cache pas: s'il a signé avec le Népal (jusqu'en février 2027), c'est surtout pour se faire une vitrine et venir entraîner bientôt en Europe. «C'est un poste qui offre une belle visibilité et peut me permettre d'ouvrir beaucoup de portes». Le binational helvético-italien soigne d'ailleurs les apparences: c'est en costard et chemise, les cheveux parfaitement coiffés, qu'il nous a rencontré dans un tea-room de Villeneuve (VD) début avril, alors de passage quelques jours en Suisse, entre deux séances de jardinage chez lui au Bouveret.
Mais si «Guli» accepte volontiers des défis dans des pays exotiques du football, c'est aussi pour l'expérience humaine.
Ce papa d'une fille de 20 ans et d'un fils de 18 ans profite aussi de voyager avec sa famille dans les régions où il entraîne. «C'est prévu que ma femme et mes enfants viennent me trouver au Népal. On veut faire un trek jusqu'au camp de base de l'Everest, à plus de 5 000 mètres. On ne vit qu'une fois, il faut profiter de ce genre de moments!»
Les sommets, eux, c'est sur le terrain de foot que Guglielmo Arena veut les atteindre. Dans l'Himalaya ou ailleurs.
