Sport
Football

Borja Iglesias, l'ovni de l'équipe d'Espagne au Mondial 2026

CHATTANOOGA, TENNESSEE - JUNE 09: (EXCLUSIVE COVERAGE)(EDITOR'S NOTE: Tonal effects have been applied to this image) Borja Iglesias #26 of Spain poses for a portrait during the official FIFA Worl ...
L'Espagnol Borja Iglesias est un ovni du football professionnel. Image: getty

Ce Che Guevara aux ongles vernis transforme l'équipe d'Espagne

Sa sensibilité et ses prises de positions progressistes, notamment la défense de la communauté LGBTIQ+, font de Borja Iglesias (33 ans) un ovni du foot. Avant la demi-finale du Mondial France-Espagne (mardi à 21h), l'attaquant a recadré un ex-premier ministre espagnol.
13.07.2026, 14:5613.07.2026, 15:14

L'ex-premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a utilisé des mots autant condamnables que peu originaux au moment de lancer une pique à la France, avant la demi-finale du Mondial (mardi à 21h).

Dans une tribune publiée ce week-end, l'homme de droite (71 ans) a écrit qu'«il n’y a pas de Français» dans l'équipe de France. Ces propos xénophobes, entendus déjà beaucoup trop de fois, réduisent la nationalité à une origine ethnique. Un footballeur de la sélection espagnole à la Coupe du monde s'est chargé de tacler Mariano Rajoy, dans une interview donnée à DAZN. Son nom? Borja Iglesias.

Spain's Borja Iglesias talks with the media before a training session ahead of a World Cup quarterfinal soccer match against Belgium in Carson, Calif., Thursday, July 9, 2026. (AP Photo/Andre Pen ...
Borja Iglesias n'est pas un pilier de l'équipe d'Espagne, mais il est une figure médiatique importante en raison de sa conscience sociale.Image: keystone

«Ça me surprend et ça me fait de la peine qu’on en soit encore là. Notre richesse, c’est justement la diversité de nos origines», a asséné l'avant-centre de 33 ans. Il a enchaîné, tout en soulignant que Rajoy ne l'a peut-être «pas dit avec une mauvaise intention»:

«Je comprends le multiculturalisme de la France comme une richesse. Notre propre sélection nationale reflète cette même multiculturalité. Et je pense que la véritable richesse de notre pays réside justement dans cette diversité.»

Ceux qui connaissent un peu Borja Iglesias n'auront pas été étonnés de sa prise de position. L'attaquant du Celta Vigo est célèbre pour ses idées progressistes et humanistes. En Espagne, il est une figure de proue de la lutte contre l'homophobie et les discriminations de genre. Un statut extrêmement rare pour une star du football, un milieu réputé pour son machisme et sa très faible ouverture d'esprit quant à ces thématiques.

D'ailleurs, en dehors d'Espagne, Borja Iglesias est davantage connu pour ses combats sociétaux que ses prouesses sur le terrain. Une preuve? Aux Etats-Unis, pendant ce Mondial, les agents de sécurité ne l'ont pas reconnu et lui ont interdit l'entrée au centre d'entraînement de la Roja. Il a dû appeler des membres de l'équipe pour qu'ils viennent à sa rescousse. La vidéo est devenue virale.

La séquence en vidéo

Vidéo: twitter

On peut excuser les vigiles américains: l'avant-centre du Celta Vigo n'a joué qu'une minute dans cette Coupe du monde (face au Portugal, en 8e de finale) et ne compte que neuf sélections (aucun but). Il ne joue pas dans un grand club européen, mais ses deux dernières très bonnes saisons – tant individuellement (14 buts en 35 matchs de Liga en 25/26) que collectivement – avec l'équipe galicienne lui ont ouvert les portes de ce Mondial (et, finalement, du centre d'entraînement).

Un moyen insolite de s'exprimer

Ce grand barbu dégarni a donc du talent, mais aussi et surtout une belle sensibilité. «Je crois que ça vient de l'éducation que j'ai reçue. J'ai grandi dans une famille qui m'a toujours répété qu'il fallait respecter tout le monde et essayer d'améliorer la société à notre petite échelle», expliquait-il dans une interview donnée à L'Equipe. Et Borja Iglesias s'évertue à le faire avec ses actes.

epa12800110 CeltaVigo's Borja Iglesias celebrates after scoring the 1-1 tier during a Spanish LaLiga soccer match between Celta Vigo and Real Madrid at Balaidos stadium in Vigo, Spain, 06 March 2 ...
Borja Iglesias sort de deux très belles saisons avec le Celta Vigo. image: Keystone

«Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire», disait Ernesto «Che» Guevara. Une maxime que le numéro 26 de la Roja a fait sienne. Mais il a choisi d'autres combats que le célèbre révolutionnaire communiste.

Il y a d'abord eu le soutien au mouvement Black Lives Matter, juste après le décès de George Floyd en mai 2020. Borja Iglesias a opté pour un moyen inhabituel de manifester:

«Je me suis alors verni les ongles en noir pour donner un peu de visibilité à cette cause et combattre les pensées racistes en Espagne.»

Si se vernir les ongles lui «donne la sensation de pouvoir exprimer quelque chose», c'est aussi un moyen symboliquement très fort, pour une star du foot masculin, de briser les stéréotypes. Les nombreuses réactions haineuses qu'il reçoit sur les réseaux sociaux, à cause de cette pratique, ne font que renforcer sa lutte contre l'homophobie. Sur ses comptes ou dans les interviews, il multiplie les messages pour dénoncer cette dernière.

L'attaquant de la Roja a régulièrement les ongles vernis.
L'attaquant de la Roja a régulièrement les ongles vernis. image: instagram

Violemment attaqué avec des insultes homophobes (alors qu'il n'est pas homosexuel) après son triplé contre le FC Barcelone en avril 2025, il avait écrit, en partageant les captures d'écran des messages reçus:

«On s'étonne qu'il y ait des insultes racistes et homophobes sur les terrains de football, mais nous vivons dans une société où le respect des autres est encore loin d'être acquis. Dommage, car c'est vous qui avez un problème. Pas les autres.»

Le natif de Saint-Jacques-de-Compostelle a remis une couche dans L'Equipe, en mars dernier:

«Me faire traiter de "pédé", je ne le considère pas comme une insulte. Quand un type balance ça, je me dis que je serais bien plus heureux d'être "pédé" que d'être comme lui, plein de haine, à n'avoir rien d'autre à faire qu'insulter à la fin d'un match.»

Boycott et parcours atypique

L'offensive certainement la plus tranchante de l'avant-centre remonte à août 2023, en pleine «affaire Luis Rubiales». Alors président de la fédération espagnole, ce dernier embrasse de force la joueuse Jennifer Hermoso lors des célébrations du sacre mondial. Nombreux sont ceux, y compris en Espagne, qui exigent la démission de Rubiales. Ce dernier refuse. Borja Iglesias passe à l'attaque: alors déjà international espagnol, il annonce son retrait de la sélection tant que Luis Rubiales sera en place. Finalement, le président quittera ses fonctions le mois suivant.

«J'ai ressenti l'impossibilité de me taire, tout ça me gênait tellement, aussi pour l'image de l'Espagne. Ça m'a coûté mais si je m'étais tu, je me serais senti dans un pire état», confiait-il après coup.

A CORUNA, SPAIN - JUNE 4: Borja Iglesias of Spain during the International Friendly match between Spain v Iraq at the Riazor on June 4, 2026 in A Coruna Spain (Photo by Maria Gracia Jimenez/Soccrates/ ...
Le Galicien compte neuf sélections avec l'équipe d'Espagne. image: getty

La masculinité toxique et le machisme, Iglesias – qui a fêté sa première sélection avec l'Espagne contre la Suisse, en Ligue des nations en septembre 2022 – les a toujours combattus. En essayant, d'abord, de ne pas succomber aux mauvais exemples quand il était un jeune footballeur:

«Dans un centre de formation, un gamin de 13 ans va être très influencé par un garçon de 18 ans qui devient un modèle d'inspiration. Des joueurs plus âgés que nous débarquaient à la cantine et racontaient leur nuit avec une fille sans la respecter. Je me disais: "Quel besoin as-tu de raconter tout ça à des gens si jeunes en parlant mal de la fille juste parce qu'elle a couché avec toi, alors que tu as fait pareil?" Et comme ça arrive tous les jours, tu prends ça pour la normalité. Mais je parvenais à penser différemment.»

Sa sensibilité sur ces sujets sociétaux, le Galicien estime qu'il la doit aussi à son parcours atypique dans le milieu:

«J'ai connu tard le football pro (à 24 ans). Cela m'a aidé à ne pas oublier ce qu'est la vie normale. Si j'étais devenu une star du foot à 17 ans, cela aurait été plus difficile de rester normal»

On est certain que même s'il marque le but décisif contre la France en demi-finale, ou en finale contre l'Argentine ou l'Angleterre, Borja Iglesias restera les pieds sur terre et continuera à défendre bec et ongles vernis les causes qui lui tiennent à cœur.

Ces inventions «révolutionnaires» déjà vintage
1 / 9
Ces inventions «révolutionnaires» déjà vintage
source: shutterstock
partager sur Facebookpartager sur X
La Nati nous a fait rêver
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
L'Argentine a cassé internet
Elle gagne au forceps, elle clive, et tout le monde en parle: l'Argentine s'impose comme l'équipe qui attire le plus l'attention, dans ce Mondial — du moins sur les réseaux sociaux. Best of de mèmes dédiés à l'équipe la plus commentée et scrutée sur la toile.
Avant même le coup d'envoi, il était clair ce qui serait discuté après le coup de sifflet final — et c'est exactement ce qu'il s'est passé.
L’article