Pourquoi l'Italie est devenue si faible en foot
Eliminée par la Bosnie-Herzégovine mardi en barrages (1-1 après prolongations, 4-1 aux tirs au but), l'Italie va manquer sa troisième Coupe du monde de suite.
Après ce naufrage, La Gazzetta dello Sport a fait remarquer:
A en croire les dirigeants du football italien – largement critiqués par la presse transalpine au lendemain de cette élimination –, le déclassement de la Nazionale, quadruple championne du monde et double championne d'Europe, a plusieurs raisons.
Un virage manqué après 2006
Le 9 juillet, l'Italie fêtera le vingtième anniversaire de son quatrième sacre mondial au terme d'une finale incandescente remportée aux tirs au but à Berlin contre la France de Zinédine Zidane (1-1 après prolongations, 5-3 aux tirs au but).
L'anniversaire sera donc cruel pour tous les Italiens, une nouvelle fois réduits au rôle de lointains spectateurs de la Coupe du monde qui battra son plein aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique (11 juin au 19 juillet).
Il y a moins de cinq ans, la Nazionale était pourtant sur le toit de l'Europe après son triomphe à l'Euro 2021. Mais ce sacre ressemble à un trompe-l'œil pour une sélection qui, à l'exception de sa finale à l'Euro 2012 et de son titre en 2021, déçoit ses tifosi: élimination dès la phase de groupes du Mondial en 2010 et 2014, échec en 8e de finale du dernier Euro en 2024 (contre la Suisse), chute au classement mondial de la Fifa jusqu'à la 21e place, en août 2018 (l'Italie est aujourd'hui 13e). Et donc, désormais, trois Coupes du monde consécutives manquées.
«Les résultats d'aujourd'hui remontent à il y a vingt ans, à l'époque où nous nous reposions sur nos forces, sur les Buffon, Cannavaro et Totti, en pensant qu'ils seraient éternels», estime l'ancien gardien de but et désormais manager de la Nazionale, Gianluigi Buffon. Il regrette:
«Le football des vingt, trente dernières années a changé», a renchéri dans un entretien au Corriere dello Sport le président de la Fédération italienne, Gabriele Gravina, dont le ministre italien des Sports, Andrea Abodi, a réclamé mercredi la démission.
Une formation à réformer
Successivement porté à travers les époques par les Giuseppe Meazza, Gianni Rivera, Paolo Rossi ou Roberto Baggio, le football italien n'arriverait plus à produire des talents générationnels comparables à Kylian Mbappé ou Lamine Yamal.
«Ce n'est pas vrai qu'il n'y a plus de talents en Italie», objectait récemment dans un entretien au Corriere della Serra l'ancien sélectionneur Cesare Prandelli (2010-14).
Selon Prandelli, le problème du «calcio», c'est la formation. «S'il y a dix ans, on avait eu la chance d'avoir un talent comme Lamine Yamal, on l'aurait fait fuir», estime celui qui est devenu en 2025 le premier directeur technique du football italien.
Pour Buffon, «il faut repartir de tout en bas, c'est entre sept et treize ans qu'on peut avoir un vrai impact».
Moins d'Italiens en Serie A
«Les propriétaires étrangers des clubs italiens voient la Nazionale comme une nuisance», a récemment regretté Gabriele Gravina. Pour le patron du football italien, comme pour l'ancien entraîneur de l'AC Milan Fabio Capello, la sélection souffre, car la Serie A préfère des joueurs étrangers aux joueurs italiens.
«Jusque dans les années 2010, les meilleurs joueurs du monde venaient dans notre championnat et servaient d'exemple à nos joueurs qui pouvaient ainsi progresser», expliquait il y a deux semaines Capello à la Gazzetta dello Sport.
Les chiffres lui donnent raison: seulement 33% des joueurs évoluant en Serie A cette saison sont potentiellement sélectionnables pour la Nazionale.
Dans le top 5 des championnats européens, seule la Premier League anglaise utilise moins de joueurs «locaux» (29,2%). La Ligue 1 et la Bundesliga sont plus «protectionnistes», avec respectivement 37,5% de joueurs français et 41,5% de joueurs allemands.
«Cela ne sert à rien de se lamenter contre quelque chose contre lequel on ne peut rien», avait toutefois balayé le sélectionneur Gennaro Gattuso. L'ex-joueur et coach du FC Sion était en larmes pendant les interviews, mardi après l'élimination en Bosnie.
Gabriele Gravina, le président de la fédération, veut maintenir Gattuso à son poste, comme il l'a expliqué dans des propos relayés par L'Equipe: «Je lui ai demandé, ainsi qu'à Gianluigi Buffon, de rester à la tête de cette équipe. C'est un grand entraîneur».
Reste désormais à savoir comment l'Italie se relèvera de cette nouvelle humiliation. Et avec qui à sa tête.
(afp/yog)
