Jan Cadieux (44 ans) a été promu entraîneur principal en novembre 2021 alors qu'il était l'assistant du coach déchu, Patrick Emond. Grâce à sa méthode de travail méticuleuse et cohérente, il a mené Genève-Servette au premier titre de champion de Suisse de son histoire. Tout comme John Slettvoll avait autrefois offert à Lugano son premier sacre.
Mieux encore: les Aigles ont également remporté la Ligue des champions.
D'une certaine manière, Jan Cadieux, limogé ce week-end, est victime de son succès. Le premier titre de champion de l'histoire du club et un triomphe dans la reine des compétition européennes en l'espace de moins d'un an: trop de gloire et trop d'honneur pour une équipe qui compte pas moins de onze joueurs sous contrat jusqu'en 2027 au moins.
L'approche bien intentionnée consistant à acheter la stabilité avec beaucoup d'argent retombe désormais sur les pieds du directeur sportif Marc Gautschi.
Il était arrivé la même mésaventure au HC Lugano: après des années de gloire et une caisse de transfert pleine à craquer, l'équipe tessinoise est également devenue ingérable et attend depuis 2006 son prochain titre.
A plus forte raison dans l'euphorie du sacre de 2023. Robert Mayer, Tim Berni, Simon Le Coultre, Christoph Cavalleri, Alessio Bertaggia, Noah Rod et Marco Miranda ont des contrats jusqu'en 2027, Luca Hischier et Tanner Richard jusqu'en 2028 et Vincent Praplan même jusqu'en 2029.
Le contrat de cinq ans avec lequel Alessio Bertaggia a été attiré de Lugano à Genève a été le signal de départ de cette politique insensée. Depuis son arrivée aux Vernets en été 2022, il a marqué 12 buts en 144 matchs. Auparavant, sous le maillot luganais, le Tessinois avait inscrit 17 goals en une seule saison (2019/20).
Mais le plus grand péché genevois a été la signature jusqu'en 2028 de Luca Hischier, le frère de la star de NHL Nico Hischier. Lors de la saison précédant son arrivée à Genève, il avait tout juste marqué 3 buts en 35 matchs à Bienne.
Sans aucune nécessité, Marc Gautschi a prolongé jusqu'en 2027, dans l'ambiance festive du début de l'année 2023, le contrat d'un gardien de but fantasque qui n'aurait pas trouvé d'autre club. Gautschi a ainsi provoqué un blocage au poste le plus important de l'équipe.
Genève n'a gagné la Ligue des champions que parce que Marc Gautschi a réussi à engager temporairement un gardien étranger (Jussi Olkinuora) et cette saison encore, il n'a pas tardé à devoir faire appel à un autre portier étranger (Antti Raanta). Pourtant, les Aigles disposent déjà d'un numéro 1 surpayé en la personne de Robert Mayer.
A Fribourg-Gottéron, le gentil Patrick Emond, compréhensif avec les joueurs, a dû partir et laisser sa place à Lars Leuenberger, parce qu'il avait toléré – comme autrefois à Genève-Servette – un fonctionnement insensé. Jan Cadieux a perdu son emploi aux Vernets parce qu'il n'a pas toléré ce même laxisme. Il a été, pour ainsi dire, un «anti-Emond».
Dans une équipe où de trop nombreux joueurs médiocres sont assis dans un fauteuil confortable grâce à des contrats à long terme, un entraîneur exigeant s'use. Il n'a finalement aucune chance.
Les assistants actuels Rikard Franzén et Yorick Treille prennent pour l'instant les commandes. Franzén est la meilleure réponse tactique suédoise à Patrick Emond. Ils sont tous deux des coachs aimables et compréhensifs. Le genre d'entraîneur avec qui les joueurs dansent d'abord sur les tables.
En fait, le licenciement de Jan Cadieux est une bonne nouvelle ... pour Lugano. Le désormais ex-coach servettien a joué dans le club bianconero (de 2000 à 2003) et a exactement le profil du coach qui peut faire de nouveau du HC Lugano une équipe de pointe. En quelque sorte, le nouveau John Slettvoll.
Traduction et adaptation en français: Yoann Graber