Sport
Football

Ludovic Magnin: «Beaucoup sous-estiment Copenhague»

Cheftrainer Ludovic Magnin (FCB) in der ersten Runde des Schweizer Fussball Cups zwischen dem FC Basel 1893 und dem FC Biel-Bienne im Stadion St. Jakob-Park in Basel, am Samstag, 16. August 2025. (KEY ...
Ludovic Magnin, coach du FC Bâle, se réjouit du joli défi proposé à son équipe en Ligue des champions. image: Keystone

«Beaucoup sous-estiment ce qui nous attend avec Bâle contre Copenhague»

Le FC Bâle reçoit le champion du Danemark ce mercredi (21h00), en match aller du barrage de Ligue des champions. Le coach rhénan, Ludovic Magnin, se confie.
19.08.2025, 18:5119.08.2025, 22:55
Céline Feller, Christoph Kieslich et Jakob Weber / ch media

Ludovic Magnin, vous vous définissez comme un rêveur. Ces derniers jours, à quelle fréquence avez-vous rêvé de l’hymne de la Ligue des champions?
LUDOVIC MAGNIN: (Il sourit) Entendre cet hymne est l’une des plus grandes émotions du football. Dans toute ma carrière, j’ai joué peu de matchs de Ligue des champions (11 en phase de groupes et 4 en qualification), ce qui montre combien il est difficile d’y accéder. Pour un club suisse, c’est encore plus compliqué que ce que j’ai connu en Allemagne. Alors oui, bien sûr, j’en rêve.

Xherdan Shaqiri (FCB), vorne, und Keigo Tsunemoto (FCB) jubeln nach dem Tor zum 2-1 mittels Penalty im Super League Spiel zwischen dem FC Basel und dem BSC Young Boys, am Mittwoch, 6. August 2025 im S ...
Shaqiri, Tsunemoto et leurs coéquipiers du FC Bâle sont actuellement 4e de Super League (deux défaites et deux victoires). Image: KEYSTONE

En mars, vous décriviez encore votre poste à Lausanne comme un rêve. Peu après, vous avez signé à Bâle. La perspective de la Ligue des champions a-t-elle pesé dans ce choix?
C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté si vite de passer de Lausanne à Bâle. Pour un entraîneur, avoir l’opportunité de disputer la Ligue des champions est unique, et on ne sait jamais si une autre chance se présentera. Et puis cet hymne… D’ailleurs, on ne l’entend pas encore lors des barrages, si?

Si, il retentira mercredi et la semaine suivante, quand vous affronterez Copenhague pour une place en phase de groupes.
Magnifique! Mais ce n’est pas pareil que lorsqu’on l’entend en phase de groupes. J’ai disputé de nombreux matchs dont je n’ai plus vraiment de souvenir, peut-être aussi à cause de mes multiples blessures à la tête (il sourit).

«Par contre, je me souviens parfaitement de mes rencontres de Ligue des champions. Quand on atteint cette scène, il faut trouver l’équilibre entre ces rendez-vous exceptionnels et tout le reste du calendrier»
Cheftrainer Ludovic Magnin (FCB) nach der ersten Runde des Schweizer Fussball Cups zwischen dem FC Basel 1893 und dem FC Biel-Bienne im Stadion St. Jakob-Park in Basel, am Samstag, 16. August 2025. (K ...
Ludovic Magnin a hâte de vivre ce barrage de Ligue des champions avec le FCB.Image: KEYSTONE

Passer du Bernabéu à Madrid à la modeste Schützenwiese de Winterthour en trois jours: comment un joueur peut-il gérer un tel contraste, surtout lorsqu’il le vit pour la première fois?
Je me rappelle que, quand je jouais à Brême ou à Stuttgart, nous n’arrivions pas toujours à bien gérer ces enchaînements: un mercredi soir contre Barcelone et, trois jours plus tard, un match à Cottbus… dur! Mais cette expérience me sert aujourd’hui comme entraîneur, car elle m’aide à comprendre ce qui se passe dans la tête des joueurs.

Et justement, comment parvient-on à entrer dans la tête des joueurs?
La première étape, c’est de leur expliquer les choses. Mais ensuite, la vraie question, c'est: «Est-ce qu’ils m’ont compris, est-ce que je les ai touchés?» Je n’ai pas de méthode toute faite. Impossible de dire aujourd’hui quel type de discours j’aurai dans trois semaines avant le retour à Copenhague. Je dois sentir mon équipe. C’est ce qui fait la beauté du métier: on peut avoir un fil conducteur et des idées pour la saison, mais on jongle et on s’adapte sans cesse. Je n’ai pas de recette miracle, mais je sais déjà à quel point ce sera déterminant.

Et vous, à l’époque, comment parveniez-vous à gérer ce grand écart entre un match à Cottbus et une affiche contre Barcelone?
Je mentirais si je disais que j’étais toujours prêt. J’en avais l’impression, mais gérer le subconscient est très difficile. Si l’on veut revivre des aventures comme fouler à nouveau la pelouse du Camp Nou ou de San Siro, il faut se qualifier chaque année, ce qui suppose de gagner régulièrement en championnat.

«Quand je suis devenu champion avec des clubs comme Brême et Stuttgart, j’étais satisfait pour plusieurs années. Alors que des joueurs comme Schweinsteiger, Kroos ou Mario Gomez voulaient redevenir champions dès deux jours après les vacances»

C’est exactement cette différence d’état d’esprit qui distingue un joueur du Real ou du Bayern.

En somme, tout est une affaire de faim de victoire. Est-ce aussi le cas aujourd’hui à Bâle?
A Bâle, j’ai des joueurs qui m’aident beaucoup dans ce domaine. Mais c’est un processus qui doit aller vite, car sinon la pression monte rapidement. Contre Copenhague, à domicile, avec nos supporters et toute l’atmosphère du Parc Saint-Jacques, nous devons nous donner une bonne position de départ. Et ensuite, même dans des contextes moins porteurs, reproduire la même qualité de jeu. Perdre à Saint-Gall ou à Lugano n’est pas une honte en soi. Mais la manière de perdre doit toujours rester digne du FC Bâle, de façon à ce que nous n’ayons rien à nous reprocher.

Que peut-on dire du FC Copenhague?
Lors du tirage, c'était l’un des adversaires possibles au coefficient UEFA le plus élevé.

«Je crois que beaucoup sous-estiment ce qui nous attend»

Bien sûr, j’aurais préféré jouer le retour à domicile. Mais quand on regarde les performances de Copenhague en Coupe d’Europe et dans les qualifications ces dernières années, on sait à quel point il sera difficile de s’assurer une bonne position dès l’aller.

A propos du FC Copenhague
- Le FC Copenhague est champion du Danemark en titre. La saison dernière, il a d'ailleurs réalisé le doublé championnat-coupe.

- Avant d'affronter le FC Bâle en barrage de la Ligue des champions, les Danois ont éliminé en qualifications le FC Drita (Kosovo) puis les Suédois de Malmö FF.

- Après cinq matchs en championnat du Danemark, le FC Copenhague est leader (quatre victoires et une défaite)

- La valeur de son effectif est estimée à 75,15 millions d'euros. C'est plus que le FC Bâle (68,70 millions d'euros)

L’effectif 2025/26 du FC Bâle ne compte encore que peu d’expérience en compétitions européennes.
Oui, mais nous avons quand même quelques joueurs qui l’apportent, à commencer par Xherdan Shaqiri et Marwin Hitz. Et au fond, ce n’est pas seulement une affaire de vestiaire: c’est tout le club qui doit avancer ensemble sur ce chemin.

Ressentez-vous la pression de devoir réussir ces barrages pour qualifier Bâle en Ligue des champions, même si l'Europa League reste une roue de secours?
Nous voulons tous la Ligue des champions, même si nous savons que ce sera très difficile. Tout devra s’emboîter parfaitement. Nos objectifs sont très ambitieux, mais pour moi, il a toujours été essentiel d’annoncer le but le plus haut. Qu’on l’atteigne ou non, il faut l’accepter. Mais si on ne rêve pas grand, on se donne moins d’élan pour s’entraîner et progresser.

«C’est pourquoi nous ne pensons pas une seule seconde à la roue de secours que serait la Ligue Europa»
epa12254055 FC Copenhagen players celebrate after Magnus Mattsson's (8) scored a goal during the UEFA Champions League qualification match Copenhagen vs Drita in Parken Stadium in Copenhagen, Den ...
Le FC Copenhague est champion en titre du Danemark. Image: keystone

Vous avez expliqué que le rêve de la Ligue des champions avait motivé votre venue à Bâle. Cette compétition, pour un entraîneur, c'est le plus grand rêve possible?
Je serais venu à Bâle même sans titre et sans la perspective de la Ligue des champions, car le FCB est unique en Suisse. Je le ressens chaque jour: quand je vais faire mes courses ou que je marche dans la rue, les gens me saluent, klaxonnent… A Lausanne ou à Altach, ce n’était pas le cas. Ici, on comprend à quel point le football compte, et que Bâle est une vraie ville de foot. Jusqu’ici, j’ai surtout évolué dans des villes de hockey. Bien sûr, vivre la Ligue des champions comme entraîneur serait magnifique. J’ai déjà connu de belles soirées d’Europa League avec le FC Zurich. Et puis, j’aime me mettre sous pression.

Y a-t-il des instants de vos matchs de Ligue des champions qui vous sont restés particulièrement en mémoire?
Evidemment, Barcelone. L’équipe était monstrueuse: Messi, Ronaldinho, Henry, Iniesta, Xavi, Deco… Là, tu comprends tout de suite qu’ils font un autre sport. Ils nous ont rappelé nos limites. Tu es champion d’Allemagne, tu te crois le meilleur du monde… et soudain tu ne touches plus un ballon.

«Quand Messi avait fini sa course, tu soufflais… mais c’est Ronaldinho qui débarquait. J’avais l’impression que tous les autres arrières gauches ne savaient pas comment faire (rires)»

Mon plan était simple: attendre que Messi repique sur son pied gauche, le laisser entrer et lui prendre le ballon. Le problème, c’est qu’au moment où je déclenchais ma tentative de prise de balle, il était déjà trois mètres devant moi. Ce fut une très longue soirée, mais une expérience inoubliable. Oui, la Ligue des champions m’a profondément marqué.

Ludovic Magnin (à droite) avait souffert avec Stuttgart face à Lionel Messi et le FC Barcelone, en Ligue des champions en 2007 (défaite 2-0).
Ludovic Magnin (à droite) avait souffert avec Stuttgart face à Lionel Messi et le FC Barcelone, en Ligue des champions en 2007 (défaite 2-0). IMAGE: Imago Sportfotodienst

Vous avez beaucoup de maillots dans votre collection, après avoir échangé les vôtres avec les adversaires.
Il y en a vraiment beaucoup: Iniesta, Michael Owen, Jesus Navas… (il réfléchit) Marcel Desailly, Thierry Henry. Ils dorment quelque part dans des cartons de déménagement à la cave. J’ai aussi des maillots d’anciens coéquipiers comme Mario Gomez ou Marco Streller.

«Récemment, lors d’un match amical à Nenzing, j’ai éclaté de rire: mon fils est arrivé avec un maillot de Streller, échangé il y a 20 ans et ressorti tout droit de la cave»

Revenons à l’actualité: l’effectif du FC Bâle a-t-il les profils nécessaires pour tenir la cadence dans trois compétitions jusqu’en février?
Nous avons un effectif suffisant pour jouer tous les trois jours, mais il y a encore un ou deux postes où nous aimerions nous renforcer. Nous en sommes conscients, la direction aussi: il y a de la transparence sur ce point. Nous verrons ce qui sera possible d’ici la fin du mercato. Je n’exclus pas de nouveaux mouvements, mais pour cela, il faut interroger le directeur sportif, Daniel Stucki.

En plus d'un défenseur expérimenté, comme le souhaite Xherdan Shaqiri, faut-il recruter aussi un joueur confirmé au poste de milieu défensif?
Question délicate! (sourire) Andrej Bacanin (réd: arrivé cet été) n’a plus disputé de compétition en Serbie depuis avril. C’est un joueur très talentueux, mais il a besoin de temps de jeu. A 18 ans, porter le milieu de terrain sur ses épaules représente une énorme pression. Mais nous aurons besoin de lui: il doit vite retrouver du rythme et progresser pour devenir, dès que possible, une option crédible.

A quels postes le FC Bâle doit-il encore se renforcer pour tenir le rythme d’un match tous les trois jours?
Avec la commission sportive, nous avons défini les postes où nous devons chercher des renforts. Quand on joue tous les trois jours, la moindre blessure peut coûter très cher. Nous ne sommes pas naïfs, nous en sommes conscients.

«Mais nous restons un club suisse: nous ne pouvons pas tourner comme les grands d’Europe»

Et, à certains postes, le marché n’est pas facile. Donc laissez-vous surprendre… Moi aussi, j’attends de voir.

Adaptation en français: Yoann Graber

Plus d'articles sur le sport
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
de Stefan Wyss
On en a la chair de poule
On en a la chair de poule
de Yoann Graber
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
de Julien Caloz
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
de François Schmid-Bechtel et Sebastian Wendel
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
de Romuald Cachod
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
de Yoann Graber
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
de Yoann Graber
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
de Romuald Cachod
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
de Yoann Graber
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
2
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
de Yoann Graber
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
de Sebastian Wendel
Cette Romande est une championne ultime
Cette Romande est une championne ultime
de Julien Caloz
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
de Yoann Graber
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
de Nicolas basquez
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
de simon hÄring
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
de Simon häring
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
de Romuald Cachod
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
2
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
de Sebastian Wendel
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
de Julien Caloz
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
de Yoann Graber
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
1
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
de Klaus Zaugg
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
1
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
de Romuald Cachod
«J'ai eu un seul privilège grâce à mon nom»: Massimo Lorenzi se confie
1
«J'ai eu un seul privilège grâce à mon nom»: Massimo Lorenzi se confie
de Yoann Graber
Federer doit reprendre sa carrière pour tenir sa promesse
Federer doit reprendre sa carrière pour tenir sa promesse
de Ralf Meile
«Les joueuses peuvent exprimer en toute intimité leur frustration» dans cette pièce
«Les joueuses peuvent exprimer en toute intimité leur frustration» dans cette pièce
de Yoann Graber
Un duel entre deux géants affole la planète sport
Un duel entre deux géants affole la planète sport
de Julien Caloz
Voici une astuce méconnue pour être meilleur sur marathon
Voici une astuce méconnue pour être meilleur sur marathon
de Julien Caloz
Les stars en vacances d'été
1 / 17
Les stars en vacances d'été
Les stars en vacances d'été
partager sur Facebookpartager sur X
En Chine, des capots de voitures sont utilisés comme aquariums.
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
Si Fernando Alonso, avec ses 425 départs, peut se vanter d’avoir couru le plus de Grand Prix en F1, un pilote bien moins connu fait encore mieux que lui côté longévité: Bernd Mayländer, qui fêtera ce week-end en Australie sa 500e course au volant de la mythique safety car.
L'Allemand Bernd Mayländer, pilote de la voiture de sécurité de Formule 1 depuis 2000, va vivre ce week-end à Melbourne son 500e Grand Prix, «une grande fierté» pour cet ancien vendeur.
L’article