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Jan Cadieux: «Dans le vestiaire, je deviens quelqu'un d'autre»

Assistant Coach Jan Cadieux beim Training der Schweizer Eishockey-Nationalmannschaft vor der Euro Hockey Tour, am Mittwoch, 10. Dezember 2025 in der Swiss Life Arena in Zuerich. (KEYSTONE/Andreas Beck ...
Le natif de Davos a mené l'équipe de Suisse jusqu'en finale du Championnat du monde pour sa première expérience comme sélectionneur.Image: KEYSTONE

Jan Cadieux: «Dans le vestiaire, je deviens quelqu'un d'autre»

Propulsé à la tête de la Nati juste avant le Mondial, Jan Cadieux l'a menée en finale. Le sélectionneur revient sur cette aventure, son célèbre père et sa personnalité qui se métamorphose dans le vestiaire.
08.11.2026, 19:0108.11.2026, 19:01
Klaus Zaugg et Étienne Wuillemin

«Tu dois prendre les commandes maintenant!» Au téléphone, le message est sans équivoque. Patrick Fischer a été démis de ses fonctions de sélectionneur de l’équipe de Suisse. C’est donc à Jan Cadieux de prendre le relais. Mais pas cet été, comme prévu initialement. Immédiatement, à quelques jours seulement du Championnat du monde à domicile. «Est-il à la hauteur?» Jan Cadieux a souvent entendu cette question. Sa réponse, il l’a apportée sur la glace. Sous sa direction, la Suisse s’est hissée jusqu’en finale du Mondial, où elle s’est inclinée 1-0 face à la Finlande.

Vingt semaines plus tard, la déception de cette finale perdue est digérée. Avec les matches internationaux de ce week-end, Jan Cadieux a entamé sa première saison complète à la tête de l’équipe nationale. L’occasion de revenir sur son premier Championnat du monde dans la peau du successeur de Patrick Fischer, mais aussi sur son long parcours de joueur puis d’entraîneur, en club comme en sélection. Un chemin tracé dans l’ombre d’un père qui, pendant plus de trente ans, a été l’une des figures marquantes du hockey suisse.

Comment avez-vous découvert le hockey sur glace?
J’avais trois ans lorsque mes parents m’ont emmené pour la première fois à la patinoire. Au bout de dix minutes, j’en avais déjà assez. J’étais frustré, je voulais rentrer à la maison et ne plus jamais remettre les patins.

«Six mois plus tard, la passion était née. Et depuis, elle ne m’a plus jamais quitté»

Que s’est-il passé entre-temps?
J’ai probablement le hockey dans le sang. Simplement, ça ne s’est pas manifesté tout de suite.

Au début de votre carrière, porter le nom de votre père, Paul-André Cadieux, était-il un avantage ou plutôt un fardeau?
Lorsque j’étais junior à Fribourg, j’entendais régulièrement que je ne faisais partie de l’équipe que grâce à mon père. C’était l’époque où Gottéron dominait la saison régulière, mais perdait trois finales consécutives. Pendant onze mois de l’année, tout le monde était sympa avec moi à l’école. Mais après une finale perdue, l’ambiance changeait radicalement. Mon père, qui entraînait l’équipe, essuyait les critiques et j’en faisais aussi les frais. Il devenait le bouc émissaire. Puis, au bout de quelques semaines, tout rentrait dans l’ordre.

Comment votre père réagissait-il à cette situation?
Je ne lui en ai jamais parlé. Les enfants sont francs. Mes camarades de classe ne faisaient finalement que me répéter ce qu’ils avaient entendu à la maison, autour de la table familiale.

C’était finalement une bonne préparation à une carrière dans le sport professionnel.
La meilleure qui soit! J’ai compris très tôt comment fonctionnait le monde du sport.

Rêviez-vous de devenir un joueur comme votre père?
J’ai très vite compris que je ne pourrais jamais être meilleur joueur que lui. Techniquement et au niveau du patinage, il était tout simplement trop fort. Je me suis donc fixé un autre objectif: devenir un jour un meilleur entraîneur que lui.

Votre père se sentait-il davantage chez lui à Berne, où il a connu ses plus grands succès, ou à Fribourg?
Les deux. D’abord Berne, puis Fribourg. J’espère que, de là-haut, il a pu voir Gottéron devenir champion.

Vous avez donc grandi dans un environnement bilingue.
Oui. À la maison, ma mère m’a toujours parlé allemand.

Avez-vous eu l’occasion de voir votre père jouer?
Non, pas vraiment. Je connais évidemment quelques-uns de ses buts grâce aux images d’archives. En revanche, je l’ai vu travailler comme entraîneur. Quand je me réveillais le matin, il était déjà devant la télévision, en train d’analyser les vidéos du match de la veille. À six ou sept ans, je m’asseyais déjà à côté de lui. J’étais fasciné et impressionné de le voir travailler si tôt, avec une telle minutie.

Notre portrait de Paul-André Cadieux:

Le hockey a donc très vite occupé toute la place dans votre vie...
Si, à 15 ans, j’avais décidé d’arrêter le hockey pour pratiquer un autre sport, mon père m’aurait soutenu. Il ne m’a jamais poussé à jouer. Ce qu’il voulait, c’est que je donne tout pour ma passion, que je la vive pleinement. Mais j’ai toujours été libre de choisir...

... et vous êtes parti au Canada pendant vos années juniors. Vous rêviez de NHL?
Oui, mais je n’avais pas le niveau pour y arriver. À 15 ans, mon père m’a trouvé une place dans un collège à Wilcox, une petite localité de la Saskatchewan, au Canada. Je voulais absolument découvrir de l’intérieur la passion des Canadiens pour le hockey. Pour me préparer, j’avais suivi deux semaines de cours intensifs d’anglais.

En arrivant, j’ai découvert un autre monde. Le choc a été rude. Je n’avais pas été particulièrement gâté à la maison, mais j’avais ma propre chambre. Là-bas, je partageais avec trois camarades une pièce plus petite que mon ancienne chambre d’enfant. Et comme j’étais le nouveau, j’avais droit au lit du haut dans les lits superposés. Sur 80 candidats, seuls 17 étaient retenus dans l’équipe de hockey. Cette fois, mon nom ne me servait plus à rien. Mais j’ai réussi à faire partie de l’équipe.

«Mes résultats scolaires étaient assez bons, ce qui était indispensable: si tes notes n'étaient pas à la hauteur, tu n’avais plus le droit de jouer»

Vous avez donc été brutalement arraché à votre confort fribourgeois.
Oh oui! À Fribourg, je voyais les Alpes depuis ma fenêtre. Là-bas, il n’y avait qu’une immense plaine balayée par le vent. En hiver, les températures descendaient jusqu’à moins 30 degrés, avec un froid encore plus mordant à cause du vent. Et évidemment, on ne mangeait pas aussi bien que chez maman! Tous les matins, avant les cours, nous chantions l’hymne canadien. Et la messe du dimanche était obligatoire. Mais au bout d’un an, je m’y plaisais énormément. J’ai finalement passé trois ans là-bas. Parmi mes coéquipiers figuraient Vincent Lecavalier et Brad Richards, qui allaient ensuite devenir des stars de NHL.

En quelque sorte, vous avez fait votre école de recrues dès l’âge de 15 ans.
On peut dire ça! Ma véritable école de recrues a été plutôt confortable en comparaison. À l’époque, l’école de recrues pour sportifs n’existait pas encore. Mais je jouais à Lugano et, parallèlement à mon service militaire comme ordonnance de bureau, je pouvais continuer à m’entraîner régulièrement.

Vous avez disputé plus de 600 matches sous les couleurs de Lugano, Genève-Servette et Fribourg-Gottéron. Où avez-vous vécu vos plus belles années?
Bonne question. J’ai certes été champion avec Lugano en 2003, mais j’étais souvent blessé ou surnuméraire. Mon rôle dans l’équipe était finalement assez secondaire. Ce titre est resté le seul de ma carrière de joueur. Avec Lugano, Genève-Servette et Gottéron, j’ai perdu quatre finales. Mon souvenir le plus intense reste la finale perdue en 2001 avec Lugano face aux ZSC Lions, lors de ma première saison professionnelle en Suisse. Sous les ordres de Jim Koleff, l’esprit d’équipe était tout simplement incroyable. Je n’ai retrouvé une telle cohésion que récemment, en tant que sélectionneur de l’équipe nationale.

Jan Cadieux, links, vom HC Lugano Eishockey Spieler zusammen mit seinem Trainer Jim Koleff in der Resega Eishalle von Lugano waehrend einnes Trainings, aufgenommen am 24. August 2000. (KEYSTONE/Karl M ...
Jan Cadieux et Jim Koleff à Lugano en 2000.Image: KEYSTONE
«Nous avions finalement perdu le titre en prolongation du match décisif, sur un but de Morgan Samuelsson. Je n’oublierai jamais cet instant. Pendant le temps réglementaire, j’avais manqué une occasion en contre-attaque qui aurait pu nous offrir la victoire. Cela aurait été le but du titre. Rien que d’y repenser, ça me fait encore mal. D’autant que nous avions mené 3-1 dans cette finale face aux ZSC Lions.»

À la fin de votre carrière de joueur, saviez-vous déjà ce que vous alliez faire ensuite?
Non. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Lorsque je jouais à Genève, je travaillais à 30% dans une banque. Je suis très reconnaissant d’avoir pu vivre cette expérience. Elle m’a permis de comprendre qu’un travail de bureau n’était pas fait pour moi. Je savais désormais que je devais absolument trouver un moyen de rester dans le hockey comme entraîneur.

Qu’est-ce qui vous fascine autant dans ce milieu?
Les émotions, la vie dans le vestiaire. C’est un univers complètement différent de celui d’un bureau en open space.

Comment êtes-vous finalement devenu entraîneur?
J’avais 33 ans et mon contrat avec Gottéron arrivait à son terme. Après de nombreuses blessures, je n’étais plus capable de jouer au plus haut niveau, même si je continuais à m’entraîner avec l’équipe. En novembre, l’entraîneur des M13 a dû s’absenter et je l’ai remplacé. J’ai énormément appris au contact des enfants. Ils peuvent être plus difficiles à gérer que des professionnels! Il faut faire preuve de patience. Je passais pratiquement mes journées sur la glace, de 8h à 21h, et j’avais même du plaisir à aider les enfants à lacer leurs patins. Nous avons remporté le championnat romand des M13.

«Puis il y a eu un changement d’entraîneur chez les M20. Le responsable de la relève m’a demandé si je voulais reprendre l’équipe. C’était une décision déterminante: devenir entraîneur professionnel. J’ai demandé un temps de réflexion, pour y penser tranquillement et en discuter avec ma femme. J’ai finalement accepté et nous avons réussi à sauver la saison. C’est ainsi que je suis véritablement devenu entraîneur.»

Au premier abord, vous donnez plutôt l’impression d’être quelqu’un de réservé. Pas vraiment le profil d’un entraîneur qui mène ses troupes à la baguette.
En dehors du vestiaire, je suis plutôt timide, peut-être même un peu réservé. J’ai parfois du mal à aller spontanément vers les gens. Mais le vestiaire, c’est mon paradis. Là, je deviens quelqu’un d’autre.

Votre parcours vous a ensuite conduit aux Ticino Rockets, en Swiss League, puis à Genève-Servette, d’abord comme assistant, puis comme entraîneur principal. Vous avez mené le club au titre de champion de Suisse et à la victoire en Champions Hockey League. Pourtant, la saison suivante, vous avez été licencié. Comment avez-vous vécu cette éviction?
Curieusement, plutôt bien. J’avais fait tout ce que je pouvais. Nous avions remporté le championnat et la Champions Hockey League, et j’avais même gagné mon dernier match. J’étais déçu d’avoir été licencié, évidemment, mais je n’étais pas abattu. J’étais convaincu qu’une autre porte allait s’ouvrir.

Geneve-Servette's Head coach Jan Cadieux lifts the trophy after winning the Champions Hockey League Final game between Switzerland's Geneve-Servette HC and Sweden's Skelleftea AIK, at t ...
Jan Cadieux avec le trophée de champion d'Europe.Keystone

Sans ce licenciement, vous ne seriez probablement pas sélectionneur aujourd’hui. Un peu plus d’un mois plus tard, vous étiez déjà aux côtés de Patrick Fischer comme assistant, lors d’un match international contre la Finlande à Langnau.
C’est vrai. Le plus difficile a été d’expliquer mon licenciement à mes enfants. Pour mes deux garçons, chaque visite dans le vestiaire était une fête. Et soudain, j’ai dû leur annoncer qu’ils ne pourraient plus venir dans le vestiaire avec papa. Ils ont pleuré tous les deux. Nous habitions à seulement sept minutes de la patinoire. Nous avions choisi de vivre aussi près pour que je puisse voir mes enfants le plus souvent possible.

Puis, du jour au lendemain, lors d’un déplacement de l’équipe nationale en Slovaquie, vous êtes devenu sélectionneur.
Le directeur sportif Lars Weibel ne m’a pas demandé si je souhaitais reprendre le poste. Il m’a plutôt annoncé: «Nous voulons que tu prennes les commandes dès maintenant!»

Cette succession avait une certaine logique, puisque vous saviez déjà que vous remplaceriez Patrick Fischer après le Mondial. Mais les circonstances étaient tout de même inhabituelles: d’une seconde à l’autre, on vous annonce que c’est à vous de jouer.
Le changement a été tellement soudain que, pendant deux semaines, personne n’a vraiment réalisé ce qui venait de se passer. Personne n’était préparé à ça. Nous voulions simplement faire le maximum pour tous ceux qui attendaient ce Championnat du monde avec impatience.

«Le licenciement de Patrick Fischer m’a fait énormément de peine. Je savais à quel point ce Mondial comptait pour lui. Et aujourd’hui encore, je suis sincèrement désolé pour lui»

À quel moment avez-vous senti que la transition fonctionnait?
Assez rapidement. Au fil des discussions, j’ai senti à quel point tout le monde était motivé à poursuivre sur la même voie. Je voulais que chacun des membres du staff en fasse 5% de plus pour parvenir, collectivement, à compenser le départ de «Fischi».

Der neue Head Coach der Schweizer Eishockey Nationalmannschaft, Jan Cadieux, links, diskutiert mit seinen Spieler Gaetan Haas, links, und Dominik Egli, waehrend einem Training des Nationalteams, am Mi ...
Jan Cadieux lors de ses débuts comme coach principal de l'équipe de Suisse, ici avec Haas et Egli.Keystone

Y a-t-il eu un tournant dans ce tournoi?
Oui, le premier match. Il était encore plus important que d'habitude dans un grand tournoi. «Fischi» avait connu tellement de succès avec cette équipe. Avant le Mondial, certaines voix critiques se faisaient aussi entendre: étais-je vraiment l’homme de la situation? Je veux toujours donner le meilleur de moi-même et je ne me sentais pas particulièrement sous pression. Mais les attentes étaient très élevées. Nous devions gagner le public à notre cause. C’est pour cela qu’il était essentiel de commencer par une victoire.

«Nous avons immédiatement senti que l’énergie du public se transmettait à l’équipe, et inversement. Le quart de finale contre la Suède a ensuite été l’autre grand moment du tournoi. Beaucoup de gens pensaient qu’il était impossible de battre les Suédois.»

Avec le recul, changeriez-vous quelque chose à votre gestion de la finale?
Lors de la première pause, lorsque nous avons discuté de la situation à cinq contre trois, nous en avons peut-être un peu trop fait sur le plan tactique. Avec le recul, c’est quelque chose que je gérerais différemment (réd: la Suisse a bénéficié d’une double supériorité numérique de la 19e minute 54 à la 21e minute 54).

epa13007630 Switzerland's head coach Jan Cadieux looks disappointed as he takes off the silver medal after losing the 2026 IIHF Men's Ice Hockey World Championship gold medal game between Sw ...
Le coach en larmes après la défaite suisse en finale.Keystone

Vous étiez trop crispés?
Non, pas du tout. Nous n’avions aucun doute. Nous pensions que c’était notre moment. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Après le Mondial, j’ai discuté avec tous les joueurs et ils ont ressenti les choses de la même manière.

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