La liste de la Nati aux JO pose une grande question
A première vue, la sélection suisse pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina (6 au 22 février) de Patrick Fischer est aussi prévisible que la grisaille en plein mois de janvier. Aucune surprise. Aucun pari. Aucune matière à polémique.
Les «papillons» de la National League helvétique restent à la maison. Trop fragiles, trop légers, pas assez résistants pour un tournoi réunissant les meilleurs joueurs du monde, les stars de NHL. Un tournoi qu’il ne suffit pas de jouer, mais dans lequel il faut survivre. Plus dur, plus intense que n’importe quel Mondial.
Même Théo Rochette (Lausanne HC), meilleur compteur de notre championnat, incarnation rare de la légèreté et de la précision dans le dernier geste, n’a pas son billet pour ces JO. Au moins, si les choses tournent mal, la Suisse romande aura une raison de râler après coup. Mais aucune raison de critiquer sérieusement: Patrick Fischer a fait les choses juste.
A moins de soulever une objection: Denis Malgin n’est-il pas, lui aussi, un papillon? Non. Il patine avec l’élégance d’un papillon, certes, mais contrairement à Rochette, il a déjà prouvé en plus de 250 matchs de NHL qu’il savait encaisser les chocs. Et qu’il pouvait mener une meute.
Tout est clair? Aucun problème? Pas tout à fait. Oui, Patrick Fischer a composé une sélection olympique parfaite. Mais une sélection piégeuse. Car la question décisive ne figure pas sur la liste des joueurs. Elle se trouve entre les poteaux. Là où un tournoi se resserre, où les secondes deviennent des éternités et où une seule erreur peut réduire tous les espoirs à néant. La question est simple: qui sera numéro un dans les buts?
Défenseurs: Tim Berni (Genève-Servette HC), Michael Fora (HC Davos), Andrea Glauser (HC Fribourg-Gottéron), Roman Josi (Nashville Predators), Dean Kukan (ZSC Lions), Christian Marti (ZSC Lions), Janis Moser (Tampa Bay Lightning), Jonas Siegenthaler (New Jersey Devils)
Attaquants: Sven Andrighetto (ZSC Lions), Christoph Bertschy (HC Fribourg-Gottéron), Kevin Fiala (Los Angeles Kings), Nico Hischier (New Jersey Devils), Ken Jäger (Lausanne HC), Simon Knak (HC Davos), Philipp Kurashev (San Jose Sharks), Denis Malgin (ZSC Lions), Timo Meier (New Jersey Devils), Nino Niederreiter (Winnipeg Jets), Damien Riat (Lausanne HC), Sandro Schmid (HC Fribourg-Gottéron), Pius Suter (St. Louis Blues), Calvin Thürkauf (HC Lugano)
D’un côté, Akira Schmid (25 ans), le gardien du futur, le titan en devenir venu de NHL, mais qui n’a encore jamais été numéro un lors d’un grand tournoi. De l’autre, Leonardo Genoni (38 ans). Son CV lui vaut une troisième sélection olympique après 2018 et 2022. Le mythe est toujours là. Héros de l’argent mondial en 2018, 2024 et 2025, il a tout raflé lors du dernier Mondial: meilleur gardien du tournoi et MVP. Impossible de faire mieux.
Cette saison en National League, six gardiens affichent de meilleures statistiques que Genoni, et même ce dernier n’a pas réussi à enrayer la crise de l'EV Zoug. Reto Berra (Fribourg-Gottéron), du même âge que Genoni, complète le trio de gardiens de la Nati aux JO. Le Fribourgeois est le plus constant et le plus solide du championnat. Mais si tout se déroule normalement, il ne jouera aucun rôle à Milan.
S’il devait soudain devenir numéro un, l’or olympique serait probablement hors de portée. On peut aussi critiquer un choix: pourquoi Stéphane Charlin (Genève-Servette, 25 ans) n’est-il pas le troisième gardien? L’expérience d’un tournoi majeur lui ferait du bien. Avec Akira Schmid, il incarne l’avenir. Mais ce n’est qu’un détail.
Leonardo Genoni n’a pratiquement jamais déçu Patrick Fischer. Genoni en forme, tout va bien. Et lorsque le sélectionneur a préféré Robert Mayer, champion de Suisse et homme en feu, au Zougois lors du quart de finale du Mondial 2023 contre l’Allemagne, cela s’est soldé par l’une des défaites les plus amères de sa carrière.
Tout converge vers une seule interrogation: Akira Schmid ou Leonardo Genoni? Peut-être que Patrick Fischer commencera le tournoi avec Genoni, parce que la confiance et le passé pèsent plus lourd que l’adaptation au niveau et au jeu de la NHL. Peut-être que l’aventure se terminera avec Schmid, si les trois matchs de groupe révèlent que l’ère la plus glorieuse de notre histoire du hockey, l’ère Genoni, touche à sa fin et qu’une nouvelle commence.
C’est là l’avantage: lors des trois premières rencontres, à commencer par celle du 12 février contre la France, il ne s’agira «que» de savoir si la Suisse se qualifiera directement pour les quarts de finale ou si elle devra passer par les barrages.
Pour la Suisse, même dans un tournoi avec toutes les stars de NHL, une règle reste immuable: un bon gardien ne fait pas tout. Mais sans bon gardien, tout s’effondre.
Adaptation en français: Yoann Graber
