Sport
Tennis

Conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre

Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
Dominic Stricker envisage l'avenir avec confiance.image: Valentin Hehli

Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre

Le tennisman suisse de 23 ans se confie sans détour sur les mois difficiles qu’il a traversés. Interview.
06.03.2026, 16:5706.03.2026, 16:57
simon hÄring

Hiver oblige, le filet n’est pas encore tendu et le court en terre battue sommeille. Il fait frais à Berne en cette journée de mars, mais les oiseaux chantent, le printemps s’annonce et le soleil brille. Comme dans la vie de Dominic Stricker?

Visiblement mieux dans ses bottes, le joueur de 23 ans s’exprime longuement et avec une franchise rare sur sa grave blessure, la rupture professionnelle avec ses parents, son envie de raccrocher et ses problèmes financiers.

Dominic Stricker, vous avez effectué, fin janvier, votre retour sur les courts après une déchirure du ligament interne du genou droit. Dernièrement, vous avez également atteint les quarts de finale du tournoi Challenger de Lugano. Quel bilan tirez-vous de ce début d'année?
Les premières semaines ont été positives. J’ai fait un bon match de double en Coupe Davis. A Lugano, je me suis senti excellent et j’ai joué à un très bon niveau. Le chemin reste encore long, mais ces deux performances convaincantes me donnent beaucoup de confiance.

Vous disputiez justement un quart de finale en Challenger lorsque vous vous êtes déchiré le ligament interne en octobre. Racontez-nous cette mésaventure.
J’ai remporté les qualifications, gagné deux matchs dans le tableau principal et battu la tête de série n°1, Jacob Fearnley. Je pensais que mon niveau était revenu. Tout se déroulait comme je le souhaitais. Puis, en sprintant pour aller chercher une amortie, j’ai glissé et j’ai immédiatement senti que quelque chose n’allait pas.

Comment cela s’est-il poursuivi?
Les premiers examens en France n’ont montré aucune blessure, et je me réjouissais de participer aux Swiss Indoors de Bâle.

«Mais à la maison, en Suisse, une IRM a révélé que le ligament était déchiré.»
epa12712850 Switzerland's Jakub Paul, left, and Dominic Stricker, right, celebrate after winning against Tunisia's Moez Echargui and Skander Mansouri in the men's doubles match of the D ...
Dominic Stricker a fait équipe avec Jakub Paul en Coupe Davis en début d'année.image: Keystone

Ça n’a pas dû être facile sur le plan mental.
Les premières semaines ont été les plus difficiles, car on ne peut rien faire. Mais avec du recul, je me rends compte qu’il y a eu en réalité beaucoup de points positifs.

Lesquels?
D’une part, le renforcement physique que j’ai pu effectuer, et d’autre part, le travail mental.

Vous en avez aussi profité pour réorganiser votre entourage. Depuis décembre, votre entraîneur se nomme Henri Laaksonen. Qu’attendez-vous de lui?
Henri me connaît bien, et je le connais aussi. Nous nous sommes affrontés trois fois et nous avons également joué ensemble en Coupe Davis. Il connaît mes forces et mes faiblesses, il sait ce que je dois améliorer. Sur le terrain, nous travaillons de manière intensive. Et en dehors, nous nous entendons à merveille. Nous avons déjà joué au padel ensemble. Nous nous mesurons également régulièrement au backgammon, et je dois admettre qu’il est nettement meilleur que moi (Rires).

Laaksonen a pris sa retraite il y a un an. A l’exception d'une courte aventure avec Mika Brunold, il n’a pas d’expérience en tant qu’entraîneur. Comment jugez-vous cela?
Cela m’a bien sûr traversé l’esprit. Il a certes encore peu d’expérience, mais les conseils qu’il me donne m’aident énormément. Il connaît bien les joueurs, le sport et l’environnement. De plus, je trouve que Mika Brunold a réalisé des progrès en peu de temps avec Henri. Cela me rend confiant. Il y a une véritable alchimie entre nous.

Un succ�s tout en ma�trise pour Henri Laaksonen.
Henri Laaksonen, nouvel entraîneur de Dominic Stricker. Image: keystone

Vous avez connu des semaines turbulentes, sur le plan sportif, mais aussi sur le plan privé, puisque vous avez pris vos distances avec votre père, qui était votre manager.
Beaucoup de choses se sont passées ces derniers mois. J’ai beaucoup changé, je me suis réorganisé. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir constitué une équipe formidable, avec des professionnels absolus dans leurs domaines.

«Cela me procure une énorme sérénité!»

Selon vous, pourquoi les choses se sont-elles moins bien passées après votre huitième de finale à l’US Open en 2023?
Les blessures n’ont pas aidé, mais ce n’est pas la seule et unique raison. Tout est allé très vite, toujours vers le haut, peut-être même trop vite. Ces deux années ont été difficiles et formatrices. Aujourd’hui, je dois recommencer depuis le bas de l'échelle. Sur le plan physique et humain, je me sens cependant plus avancé et mieux armé qu’à l’époque.

epa10838993 Dominic Stricker of Switzerland returns to Taylor Fritz of the USA during their fourth round match at the US Open Tennis Championships at the USTA National Tennis Center in Flushing Meadow ...
Dominic Stricker a connu la gloire à l'US Open.image: Keystone

Ce parcours relève-t-il plus de la malchance ou de vos erreurs?
Les blessures sont en partie une question de malchance, mais pas uniquement. Il y a des choses que je ferais certainement différemment aujourd’hui.

Poursuivez.
Fin 2023, j’ai disputé les NextGen ATP Finals en Arabie saoudite malgré des douleurs au dos. J’ai dû abandonner en demi-finale, puis j’ai été contraint de faire une pause durant six mois.

Le vainqueur a reçu plus d’un demi-million de dollars. Quel rôle a joué l’argent dans votre décision?
Ce qui comptait pour moi, c’était de pouvoir jouer un tournoi pour lequel j’avais travaillé toute l’année. C’est un événement suivi par le monde entier.

Il y a également eu des spéculations sur une possible retraite.
Je pense que ces pensées sont normales. Ce n’est pas comme si je ne les avais jamais eues. Mais il n’a jamais vraiment été question d’arrêter. Réfléchir à ce qui vient ensuite est intéressant, c’est un sujet dont j’aime parler.

Depuis quelques semaines, vous êtes représenté par l’agence AVD. Expliquez-nous ce choix.
Il y a un, j’ai décidé de professionnaliser mon management et j’ai ensuite eu de nombreuses discussions. Il était important pour moi d’avoir un cadre familial, que les personnes viennent de la région. Je connaissais déjà Anouk Vergé-Dépré, et j’avais joué avec Nicola Kusy pour Thoune aux interclubs. Ils m’avaient déjà sollicité par le passé. Cette fois, ce qui m’a convaincu, c’est ce qu’ils envisageaient de faire avec moi.

Nous avons entendu dire que plusieurs agences auraient souhaité travailler avec vous, mais qu’elles hésitaient à cause du rôle de votre père, Stephan. Que répondez-vous à cela?
C’est quelque chose qui s’est répandu, on ne peut pas le nier. Mais aujourd’hui, la configuration est différente. Mes parents se sont retirés et ils ne m'aident plus que pour quelques aspects organisationnels.

«Je me sens bien entouré!»

Dans le milieu du tennis, on dit que votre père a provoqué des tensions avec les sponsors, les organisateurs et la fédération. Comprenez-vous ces critiques?
Tout est allé très vite, du titre juniors à Roland-Garros en 2021 jusqu’au huitième de finale à l’US Open en 2023. Mes parents ont fait un travail formidable pendant cette période et m’ont énormément soutenu, y compris pour le sponsoring. Je suis extrêmement reconnaissant envers mon père pour tout ce qu’il a fait. Ce n’était pas toujours facile pour lui non plus. Le moment était venu de confier les choses à des mains plus professionnelles. Cela ne se fait pas du jour au lendemain.

Le père de Dominic Stricker, Stephan, se trouve à droite sur cette photo.
Le père de Dominic Stricker, Stephan, se trouve à droite sur cette photo. image: keystone

Comment avez-vous vécu cette phase où vous deviez prendre des décisions importantes?
Cela n’a pas été évident, ni pour mes parents, ni pour moi. Quand la famille est impliquée, les choses se compliquent à cause du lien émotionnel. J’ai longuement réfléchi et beaucoup cogité. Je suis quelqu’un de très attaché à la famille, et il est important pour moi que nous soyons bien. Aujourd’hui, nous réalisons que c’est un pas dans la bonne direction pour nous tous. Je sens comme un poids se détacher de moi.

Au sein de l’entreprise Dominic Stricker GmbH, dans laquelle vos revenus sont versés, vos parents gardent toujours les rênes. Vous n’avez pas accès à l’argent que vous gagnez. Pourquoi?
Depuis mai 2025, je suis directeur général et j’ai obtenu entre-temps la majorité en ce qui concerne les droits de vote. C’est une affaire complexe, qui implique de nombreux éléments à prendre en compte et concerne aussi la répartition exacte. Notre objectif est de tout clarifier cette année.

Pourquoi ce changement n’a-t-il pas encore eu lieu?
Nous ne voulons pas commettre d’erreurs et cela doit être correct sur le plan juridique. Je peux compter aujourd'hui sur d’excellents partenaires qui veillent à ce que tout soit fait correctement. Mais cela prend du temps.

Les coûts dans le milieu du tennis sont très élevés. Cette année, vous n'avez gagné que 905 dollars sur le circuit. Nous vous posons la question sans détour: combien d’années comme les deux dernières pouvez-vous encore vous permettre?
Ce ne sont pas les années les plus faciles (Rires). Je ne peux pas me permettre trop de saisons comme celles-ci, ce n’est pas un secret. En revanche, je suis très reconnaissant d’avoir des sponsors à long terme qui croient en moi. Cela me procure de la sérénité et m’offre du temps.

Vous avez donc encore un peu d’argent de côté?
Oui. Mais ce sont malgré tout des années difficiles sur le plan financier. Je dois me débrouiller autrement. Désormais, je voyage par exemple sans physio.

Que peut-on vous souhaiter pour cette saison?
La santé, pour moi et mes proches, et que les choses évoluent comme je le souhaite. Sur le plan sportif, l’objectif le plus important est de ne pas me blesser.

«Si j’y parviens, cela se reflétera sur le terrain et au classement.»

Quels titres aimeriez-vous voir dans les journaux vous concernant?
Je vous laisse choisir (Rires). Mon souhait est cependant de revenir, que tout soit réglé dans mon entourage et de faire à nouveau parler de moi grâce à mes performances.

Plus d'articles sur le sport
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
de Nicolas basquez
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
de simon hÄring
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
de Simon häring
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
de Romuald Cachod
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
de Sebastian Wendel
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
de Julien Caloz
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
de Yoann Graber
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
de Klaus Zaugg
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
de Romuald Cachod
«J'ai eu un seul privilège grâce à mon nom»: Massimo Lorenzi se confie
1
«J'ai eu un seul privilège grâce à mon nom»: Massimo Lorenzi se confie
de Yoann Graber
Federer doit reprendre sa carrière pour tenir sa promesse
Federer doit reprendre sa carrière pour tenir sa promesse
de Ralf Meile
«Les joueuses peuvent exprimer en toute intimité leur frustration» dans cette pièce
«Les joueuses peuvent exprimer en toute intimité leur frustration» dans cette pièce
de Yoann Graber
Un duel entre deux géants affole la planète sport
Un duel entre deux géants affole la planète sport
de Julien Caloz
Voici une astuce méconnue pour être meilleur sur marathon
Voici une astuce méconnue pour être meilleur sur marathon
de Julien Caloz
Les cubes vidéo dans les patinoires suisses ont une fonction secrète
Les cubes vidéo dans les patinoires suisses ont une fonction secrète
de Klaus Zaugg
Il y a un gros problème avec le nouveau logo de ce club suisse
Il y a un gros problème avec le nouveau logo de ce club suisse
de Klaus Zaugg
«L'arrêt de l'année»: le gardien de l'Angleterre réalise une prouesse
«L'arrêt de l'année»: le gardien de l'Angleterre réalise une prouesse
de Yoann Graber
Infantino: «Je n'ai plus besoin de mon passeport suisse»
6
Infantino: «Je n'ai plus besoin de mon passeport suisse»
de François Schmid-Bechtel
Les tickets VIP offerts par la SSR interrogent
1
Les tickets VIP offerts par la SSR interrogent
de françois schmid-bechtel et rainer sommerhalder
Ce choix de la fédération suisse de curling va faire jaser
Ce choix de la fédération suisse de curling va faire jaser
Ces sports veulent révolutionner les JO d'hiver: grosses tensions
Ces sports veulent révolutionner les JO d'hiver: grosses tensions
de Katia DOLMADJIAN
Donald Trump joue un mauvais tour à la Nati
1
Donald Trump joue un mauvais tour à la Nati
de François Schmid-Bechtel
Horrible chute en saut à ski
Horrible chute en saut à ski
Ce stade s'apprête à entrer dans l'histoire du football
Ce stade s'apprête à entrer dans l'histoire du football
Le ski suisse dévoile un plan surprenant
Le ski suisse dévoile un plan surprenant
Le LS est éliminé à cause d’une pratique controversée
Le LS est éliminé à cause d’une pratique controversée
de Yoann Graber
Il gâche tout l'hommage du Real Madrid
Il gâche tout l'hommage du Real Madrid
Cette décision énerve le basket suisse: «On est les dindons de la farce»
Cette décision énerve le basket suisse: «On est les dindons de la farce»
de Julien Caloz
Voici les gros enjeux de la fin de saison en ski alpin
Voici les gros enjeux de la fin de saison en ski alpin
Vague de boycotts aux Jeux paralympiques
Vague de boycotts aux Jeux paralympiques
de Romuald Cachod
Ce championnat adopte un format complètement déroutant
Ce championnat adopte un format complètement déroutant
Le prochain match de la Nati fait grincer des dents
Le prochain match de la Nati fait grincer des dents
Un pilote de chasse permet à ce petit club de cartonner en Champions League
Un pilote de chasse permet à ce petit club de cartonner en Champions League
de Yoann Graber
Les zizis truqués en saut à ski refont parler d’eux
1
Les zizis truqués en saut à ski refont parler d’eux
Le maillot du Top Scorer va radicalement changer
Le maillot du Top Scorer va radicalement changer
Les arbitres de NHL ont une qualité que les Suisses n’ont pas
Les arbitres de NHL ont une qualité que les Suisses n’ont pas
de Klaus Zaugg
L'attitude de Lichtsteiner au FC Bâle peut lui coûter cher
2
L'attitude de Lichtsteiner au FC Bâle peut lui coûter cher
de Christoph Kieslich
La BNS a choisi ses futurs billets de banque
1 / 8
La BNS a choisi ses futurs billets de banque
source: emphase
partager sur Facebookpartager sur X
Le CEO de McDo se fait défoncer en mangeant un burger
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
«L'arrêt de l'année»: le gardien de l'Angleterre réalise une prouesse
Jordan Pickford, le portier des Three Lions et d'Everton, a brillé samedi en Premier League avec une parade aussi phénoménale que décisive.
A un peu plus de trois mois du début de la Coupe du monde (11 juin au 19 juillet), les fans de l'Angleterre peuvent être rassurés: leur gardien, Jordan Pickford, a toujours d'excellents réflexes. Et une main très ferme. Le portier d'Everton l'a prouvé ce samedi, en réalisant une véritable prouesse en Premier League sur la pelouse de Newcastle.
L’article