Pourquoi la star suisse de la natation est si peu connue
Sous la lumière du soleil printanier, le lac Majeur repose encore paisiblement entre les montagnes. Les premières fleurs de cerisier annoncent la fin de l’hiver. Avec un bref clapotis, presque inaudible, son corps plonge dans l’eau.
Ici, à l’extrémité sud du pays, non loin de la frontière italienne, Noè Ponti enchaîne les longueurs au Centro Sportivo de Tenero. Le Tessinois est triple champion du monde, sextuple champion d’Europe, détenteur d’un record planétaire et médaillé de bronze olympique. Autrement dit: il fait partie des meilleurs dans l’un des sports les plus populaires de la planète. Et pourtant, il passe presque partout incognito – y compris en Suisse –, sans être dérangé.
Oui, la natation est l'un des sports les plus en vue. Avec l’athlétisme, elle est même le cœur des Jeux olympiques d’été. Depuis 1896, elle a fait émerger des stars comme Mark Spitz, Michael Phelps, Johnny Weissmüller, Ian Thorpe ou Katie Ledecky. En 2024 à Paris, Léon Marchand en a été la figure marquante avec quatre médailles d’or.
Le Français domine tout, mais juste derrière lui, il y a Noè Ponti. A 24 ans, le Tessinois dégage une fraîcheur juvénile. Et, dans le même temps, il se distingue par un remarquable calme intérieur. Autant il s’entraîne avec discipline dans le bassin, autant il est détendu en dehors. Chez lui, aucune trace d’acharnement crispé.
Des obstacles très concrets pour les sponsors
Noè Ponti est jeune, couronné de succès, polyglotte (en plus de l’italien, il maîtrise aussi l’anglais, le français et l’allemand) et sympathique dans son attitude. Il est très séduisant, avec un corps de dieu grec. Des épaules larges et puissantes, chaque muscle parfaitement dessiné, comme si Apollon et Hercule avaient organisé un concours de beauté.
Malgré tout cela, en Suisse il reste dans l’ombre d’autres sportifs: les lutteurs, les footballeurs et surtout les skieurs. Même auprès des sponsors, il est moins sollicité qu’Armon Orlik, qu'Alisha Lehmann ou que Marco Odermatt. Mais pourquoi, en fait?
Les raisons sont multiples. Bien que les nageurs helvètes aient connu ces dernières années des succès internationaux, la natation reçoit peu d’attention médiatique dans notre pays. Alors que la télévision nationale publique couvre des sports comme le ski de fond, le biathlon, le saut à ski, le VTT ou le skicross, la natation mène une existence discrète. Seuls les championnats du monde et d’Europe sont diffusés.
Contrairement au ski, les nageurs offrent peu d’espaces publicitaires: leurs combinaisons de compétition laissent peu de place pour les logos des sponsors. Et même pendant la course, les athlètes restent largement caché au public et aux caméras, leurs corps étant immergés dans l'eau.
Un rôle d'ambassadeur
A ces obstacles marketing, il faut ajouter l’absence en Suisse d’un événement qui rayonnerait au-delà du seul milieu de la natation. Un exemple? De vendredi à dimanche, 400 nageurs issus de 24 pays se sont affrontés à la Vaudoise aréna de Lausanne, lors de la Swim Cup. Parmi eux, Noè Ponti, mais aussi de nombreux autres champions du monde et d’Europe ainsi que des médaillés olympiques. Pourtant, cet événement était à peine connu du grand public.
Noè Ponti veut changer cela. Il était ambassadeur de cette Swim Cup, où il a défié notamment son grand rival, le Français Maxime Grousset. Et comme ses succès ne suffisent visiblement pas à eux seuls, le Tessinois fait aussi beaucoup en dehors des bassins pour rendre la natation plus populaire en Suisse. Jeudi, il a ainsi offert à 100 élèves de la région un aperçu de son quotidien d’athlète de haut niveau.
Des compétitions difficiles à comprendre
En Suisse, tout le monde sait que les descentes du Lauberhorn et de Kitzbühel constituent les temps forts de l’hiver, et que des courses ont également lieu à Saint-Moritz, Adelboden et Crans-Montana. En natation, par contre, même les suiveurs ont du mal à s’y retrouver lorsqu’il s’agit d’identifier les compétitions importantes.
Il existe aussi des courses en piscine couverte et en plein air, en bassin court (25 mètres) et en bassin olympique (50 mètres), sans parler des championnats du monde et d’Europe. Qui peut encore s’y retrouver dans cet océan de compétitions différentes? De quoi décourager de suivre la natation...
Parmi les sportifs, Noè Ponti jouit pourtant d’une très grande reconnaissance. Marco Odermatt a fait l'éloge du nageur tessinois:
Même si Noè Ponti a gagné en attractivité auprès des sponsors, un Marco Odermatt reste hors d’atteinte pour lui. Ses modèles pour se positionner sont donc ailleurs: par exemple les anciennes triathlètes Nicola Spirig et Daniela Ryf, qui ont réussi à devenir célèbres au niveau national dans un sport lui aussi rarement diffusé à la télévision.
Au Tessin, Noè Ponti continuera sans doute encore longtemps à enchaîner les longueurs incognito, loin des grands projecteurs. Mais l'essentiel est ailleurs.
Adaptation en français: Yoann Graber
