Le chapeau de ce footballeur français pose une question
Le milieu français Rayan Cherki n'a joué que 15 minutes en fin de match, samedi contre le Paraguay (victoire des Bleus 1-0), sans être décisif. Mais c'est pourtant lui qui fait le buzz. La raison? Le drôle de chapeau qu'il a porté sur le terrain, dès le coup de sifflet final.
Il s'agit de l'iconique bicorne de Napoléon Bonaparte (1769-1821), empereur et personnage majeur de l'histoire de France. Pour la petite anecdote: Cherki ne l'a pas placé correctement sur sa tête. Sur Napoléon, les extrémités de ce couvre-chef si particulier et si reconnaissable se trouvaient à gauche et à droite du visage. Le footballeur des Bleus, lui, l'a porté en longueur, comme une casquette.
Les internautes sur le réseau social X voient ce geste comme la preuve que Rayan Cherki est «trop drôle», qu'il est un ambianceur. Ils applaudissent sa capacité à savoir rigoler et décompresser dans un contexte aussi sérieux qu'un 8e de finale de Coupe du monde. Même son de cloche chez le média Onze Mondial, parlant d'une «image exceptionnelle qui en dit long sur l'état d'esprit génial de l'international français».
On voit notamment ce dernier – visiblement pas rancunier d'avoir si peu joué contre le Paraguay – prendre par l'épaule son coach Didier Deschamps, tout sourire et avec le bicorne sur la tête.
Seulement voilà, ce chapeau de Napoléon représente bien plus qu'un déguisement de fête. Il est un symbole du pouvoir de la France, de l'esprit guerrier de l'empereur qui avait conquis quasiment toute l'Europe. Cherki a d'ailleurs fait lui-même le lien en interview d'après-match:
Autrement dit: on peut interpréter le port de ce chapeau napoléonien comme un geste politique. Nationaliste. Impérialiste. Rappelons que Napoléon, à travers ses conquêtes (son empire allait de l'Espagne à la Russie, et des Pays-Bas à l'Italie), a mis à feu et à sang quasiment toute l'Europe entre 1803 et 1815. L'historien britannique Charles Esdaile estime entre 4 et 7 millions le nombre de victimes des guerres napoléoniennes, civils inclus.
On peut donc se demander si un tel symbole a sa place sur un terrain de football, d'autant que la Fifa (tout comme l'UEFA) interdit les messages politiques.
Alors c'est vrai, en portant ce chapeau, Cherki n'a pas pris position sur la géopolitique contemporaine. Il n'empêche: si chaque nation rend hommage à ses héros guerriers – vus comme des envahisseurs sanguinaires par les autres pays –, on risque de faire ressurgir des tensions internationales. Dont on se passe très volontiers sur un terrain de football.
Reste à savoir si la Fifa se penchera sur ce cas précis. Si l'on se fie à un récent précédent, la réponse tend vers le non. Le 28 avril dernier, lors de la demi-finale aller de la Ligue des champions entre le PSG et le Bayern Munich, les fans parisiens avaient déployé un tifo composés de deux tableaux représentant l'armée napoléonienne, avec le message:
Le tout avec, en musique de fond, La Marseillaise jouée par une fanfare. L'UEFA n'avait entrepris aucune démarche contre cette chorégraphie qui, là aussi, avait valeur de geste historico-politique.
