De Vevey au Mondial: le destin fou d’un footballeur
Le football est aussi magnifique que singulier. Pour plusieurs raisons. L'une d'entre elles, c'est qu'il est le sport qui se pratique dans les contextes les plus diamétralement opposés, au niveau professionnel.
On peut voir un footballeur pro jouer un match de Coupe du monde – certainement la scène sportive la plus exposée de la planète, avec des dizaines de milliers de spectateurs dans le stade et des millions de téléspectateurs. Et retrouver ce même joueur exercer exactement la même activité – qui est aussi son métier – dans un minuscule stade, lors d'un match peu médiatisé (mais officiel).
C'est ce que j'ai expérimenté avec Jaouen Hadjam, ce vendredi. Le latéral gauche de l'Algérie est entré en jeu à la 58e minute du 16e de finale contre la Suisse. Il y a moins de deux ans, le 14 septembre 2024 précisément, je le voyais à quelques mètres de moi disputer, avec le maillot de Young Boys, un deuxième tour de Coupe de Suisse à Vevey. Dans le petit stade de Copet, particulièrement rempli pour l'occasion (3 300 spectateurs).
Un détail rend la situation encore plus cocasse, voire quasi paranormale: j'ai regardé ce Suisse-Algérie dans la fan zone de Vevey, à quelques centaines de mètres seulement de l'arène veveysane où Hadjam avait touché le ballon 22 mois plus tôt. Le gardien Marvin Keller et l'attaquant Cedric Itten, tous deux avec la Nati au Mondial (mais pas entrés en jeu contre l'Algérie) étaient également présents côté YB, le second ayant même marqué un but.
Je me souviens de spectateurs – des fans algériens? –, juste dans son dos, qui tapaient la discussion avec lui alors qu'il était en train de s'échauffer, en plein match, derrière la ligne de touche. On est à des années-lumière d'un match tellement aseptisé et impersonnel d'une Coupe du monde, où la moindre interaction avec les spectateurs, fans ou journalistes est contrôlée par une armée de communicants et la Fifa. Pourtant, on parle du même joueur. De sa même activité professionnelle.
C'est une raison de plus qui devrait pousser les fans de foot à aller voir ces «petits» matchs, comme une rencontre de Coupe de Suisse entre un club amateur et une formation de Super League. Imaginez: vous voyez à deux mètres de vous un joueur qui devient le héros d'une Coupe du monde quelques temps plus tard. Sacré souvenir!
Ça ne s'est pas passé comme cela pour Jaouen Hadjam, mais ça aurait pu. Et heureusement pour la Nati. Le latéral de Young Boys n'a pas brillé contre elle, ni dans ce Mondial en général (un rôle de remplaçant, aucun but marqué et zéro passe décisive). A Vevey, YB avait passé l'épaule (4-2) juste après que l'Algérien entre en jeu. Peut-être grâce aux conseils des spectateurs avec qui il venait d'échanger?
Bref, tant que le foot permettra à tout le monde de voir d'aussi près des cracks qui jouent un Mondial, dans un petit stade vétuste comme celui de Copet et à des prix raisonnables, il restera magnifique.
