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Roland-Garros

A Roland-Garros, on boude, on prie et on dit déjà des bêtises

Le tournoi commence dimanche avec des doutes sur Nadal (comme d'habitude), des gens fâchés et des retours inespérés. Rapide tour des popotes.
28.05.2021, 19:0530.05.2021, 09:28

On prend les mêmes et on radote

Comme l'an dernier, des experts disent déjà qu'il a l'air moins bien, que sa balle rebondit moins haut, que la bulle sanitaire lui a ôté tous ses repères, ses victoires printanières alignées comme des bouteilles d’eau devant sa chaise (routine) ou ses shots de tequila pour aller danser (confiance); son petit hôtel de la rue Jean Goujon (repères) et sa brioche au Café de la Paix (habitudes); et cette fois, pour de bon, c’est la fin de son monde.

«Nadal aura 35 ans début juin. Il n'a remporté que deux tournois mineurs ce printemps. C’est peut‐être un premier signal qu'il est plus lent et qu'il se fatigue plus vite»
Boris Becker sur BBC

Pris de jeunisme, Mats Wilander annonce carrément le triomphe de Jannik Sinner, 19 ans, deux petits titres sur le circuit.

« Je ne vois pas Novak et Rafa au même niveau. Ils sont plus vulnérables chaque année. La seule munition qu’il leur reste est l’expérience, notamment pour les matchs en cinq sets»
Mats Wilander sur Tennis C hannel

Ces doutes-là reviennent à chaque printemps et, comme les hirondelles, volent en escadrille. De Becker à Wilander, les leaders d'opinion évaluent les chances de Nadal à l'aune du climat et de son impact sur le lift, dont dépendrait la confiance d'un garçon supposément fragile, peureux et bourré de tics.

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Mais Nadal à Roland-Garros, ce n’est pas qu’un lift sous le cagnard, une fougue de taureau et des maniaqueries de compétiteur névrosé. C'est cent victoires pour seulement deux défaites, au mépris de toutes les réticences. C’est un vécu, une faculté d’adaptation, un esprit de sacrifice, une compréhension du jeu sur terre battue, des qualités spécifiques que personne n’a jamais égalées. C’est un constat qui dépasse les simples contingences de l'âge et du temps: Nadal est chez lui à Roland-Garros, à 18 ans comme à 35, qu'il pleuve ou qu'il vente.

On prend les mêmes (II)

Depuis toutes ces années où les oracles prédisent sa fin, Roger Federer n'en sera probablement pas offensé: à Paris, plus personne ne semble voir autre chose qu'un vieux crooner sur le retour, une dernière tournée pour la forme (petite forme). On attend fébrilement qu'il gratte ses cordes, joue des sons connus de lui seul, qu'il tape un peu avec ses pieds, dans le rythme d’un tennis bien balancé, et plonge les foules parisiennes dans l’hystérie, des cols blancs aux gilets jaunes, avec quelques morceaux de bravoure - rien que deux ou trois morceaux.

«J'espère qu'il sera toujours là en deuxième semaine»
Boris Becker
«Le problème, c'est qu'il a perdu une partie de son instinct, son sens de l'anticipation. La confiance part vite et met du temps à revenir»
Chris Evert sur Eurosport

C’est un peu ça, le Federer d’aujourd’hui: une bête de scène qui transcende sa carcasse en rappelant qu’il se fait vieux, qui porte son bandana comme la relique d’un temps où les mèches étaient encore rebelles, Jimi Hendrix façon Isostar, et une clameur qui l’entraîne, un public qui lui balance des tonnes de «Je t’aime». Et qui n'en finit pas de le bisser, et de le bisser encore, et encore, et encore.

L'autre retour

Seize mois après, dont neuf de chimiothérapie, la revoilà sur un court. Carla Suarez Navarro s'était promise que si elle terrassait son cancer du système lymphatique, elle «rejouerait une fois à Roland-Garros».

«Pouvoir choisir moi-même la date de ma sortie, c'est quelque chose que je désirais au plus profond de mon coeur»

Carla Suarez Navarro est de ces techniciennes brillantes, spécialement sur terre battue, qui ne sont jamais sur la photo, que l'on programme à l'heure de l'apéro, quand les invités arrivent, comme une musique d'ambiance, en attendant le défilé des blondinettes en jupettes.

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«Pour moi, le tennis féminin commet une grave erreur en voulant vendre ses beaux culs plutôt que ses meilleures joueuses. Pourquoi ne voit-on jamais Suarez Navarro sur une affiche ou un central?»
Une ex joueuse du top 30

Pour une fois, rien qu'une dernière fois, tout le monde viendra la voir.

«Helloooo!»

Stan Wawrinka n'est pas remis de son opération à un tendon de la voute plantaire. Il court (trottine) après le temps perdu. Il ne sera pas à Roland-Garros, peut-être pas à Wimbledon, mais il entretient l'espoir de réaliser «au moins encore une année pleine», idéalement une grande année.

En attendant, les abonnés d'Amazon Prime pourront le voir chaque soir en ouverture des night session, son nom en grand dans le générique. «Stan the Man» est l'acteur principal du nouveau clip de Martin Solveig, son fan et ami, dans un revival du tube «Hello» sorti il y a dix ans.

Un silence insupportable

L'organisation ne pardonne pas à Naomi Osaka sa décision unilatérale de boycotter les conférences de presse, au nom de sa «santé mentale».

«C'est une erreur phénoménale qui montre à quel point notre sport a besoin d'une gouvernance forte. Il y aura des pénalités, des amendes. Mais au-delà des règles,Osaka fait du mal au tennis»
Gilles Moretton, président de la Fédération française

De nombreux joueurs ont partagé leur étonnement, dont Rafael Nadal:

«Sans la presse, sans les gens qui voyagent pour écrire sur nous, on n'aurait pas la même reconnaissance, la même popularité. Les médias sont une part importante de notre sport»

Mais la sportive la mieux payée du monde n'a pas besoin d'entendre qu'elle est «incredible», que la terre battue n'est pas son truc, que chaque détail compte, qu'il faut prendre les matches les uns après les autres (ce qui n'empêche pas d'en perdre), qu'une interruption de jeu est la goutte de pluie qui met le feu aux poudres, toutes ces questions un peu viles qui peuvent surgir d'une conférence de presse et rappeler que la vie n'est pas une longue chienne tranquille.

Pour sa santé, Naomi Osaka pourrait également boycotter les lits, sachant que 94% des gens y meurent.

Paire de claques

Son sponsor menace de le quitter, son ex l'a déjà fait, et la France ne souhaite pas sa présence aux Jeux olympiques, tous pour une raison identique: l'attitude.

Benoît Paire débarque à Roland-Garros avec un bilan de 14 défaites en 16 matchs, la dernière sur abandon à Parme, au beau milieu d'un match, en raison d'un... mal de gorge. Paire n'en vitupérait pas moins sur le court:

«Je suis nul, nul, j'ai pas de jambes. Que des penalties depuis le début du match et j'arrive pas à les emplâtrer car je suis pas bien dans ma tête»

Il a passé l'année écoulée à râler et picoler, à prendre le pognon et à se tirer, à s'ériger en victime expiatoire du Covid, sans personne pour l'acclamer et le sauver de l'asthénie; une année à grommeler dans sa barbe ses déboires de tennisman à 10 000 dollars la semaine, pressé de rentrer chez lui où, enfin, aucun arbitre ne viendrait le juger.

Il n'en reste pas moins la meilleure chance française à Roland-Garros, ce qui dit beaucoup de la France et du karma.

Les cotes

En valeurs théoriques, les quarts de finale du tableau masculin correspondent à cette projection de l'ATP:

Sur les sites de paris en ligne, Rafael Nadal est le favori incontestable avec une cote moyenne de 5/6, devant Novak Djokovic (9/2), Stefanos Tsitsipas (5/1) et Dominic Thiem (11/1).

Pour tenter le jackpot, il faut miser sur Daniil Medvedev (50/1), qui n'a jamais gagné le moindre match à Roland-Garros. Les finales les plus cotées sont Nadal - Tsitsipas (3/1) et Nadal- Zverev (13/2).

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