«Jack Hughes for President»: voici la nouvelle icône du rêve américain
C’est quelle Amérique, ça? Celle de Kennedy, de Nixon, de Reagan, de Clinton, de Bush, d’Obama? Celle du Vietnam? Celle de l’Irak? Un peu de tout cela à la fois. Les succès, les faillites. En revanche, pas sûr que ce soit celle de Trump. Traduction: on n’a pas envie que ce soit celle de Trump, qui prononcera la nuit prochaine le très attendu discours sur l'état de l'Union.
Hughes-Chalamet
Ça, c’est Jack Hughes, le héros de la finale du tournoi olympique de hockey sur glace, dimanche face au Canada. Le but en or du 2 à 1, dans les prolongations, qui donne la victoire aux Etats-Unis, c’est lui. Les States are back, 46 ans après les JO de Lake Placid. En pleine guerre froide, ils avaient battu l’URSS sur le score de 4 à 3.
Le but qui fait la légende
USA 🇺🇸 pic.twitter.com/8U21kMCatw
— Karli Bonne’ 🇺🇸 (@KarluskaP) February 22, 2026
On assiste rarement à la naissance en direct d’une icône. Ici, tout y contribue. Marrant que ça coïncide avec le phénomène Marty Supreme au cinéma. La jeunesse, le culot. Chalamet-Hughes, Hughes-Chalamet.
Il n’y a pas photo: seuls les Américains sont capables de fabriquer du rêve occidental. A quoi ça tient? L’absence de complexe, la force. Tout ce qu’on n’a pas. Alors on prend. Comme on prend Jack Hughes et sa dent cassée pendant le match contre les Canadiens. Une légende est en marche. La photo de ce gamin de 24 ans ivre de bonheur avec une incisive en moins fait le tour du monde. Gueule d’ange en prime.
Ce lundi, ce mardi, les Américains sont heureux. Jack Hughes leur raconte une histoire qui leur fait du bien. A vue de nez, on est plus chez les Républicains que chez les Démocrates. Pour résumer, pas vraiment chez Bad Bunny. Le prodige des Devils du New Jersey est un produit de la «domination blanche», diraient des militants antiracistes. Pas faux, mais l'argument a ses limites.
Si Clint Eastwood pouvait encore...
Un cinéaste pour s’emparer du personnage? Le grand Clint Eastwood. Malheureusement, c’est un peu tard, dommage. En tout cas, celui ou celle qui s’y collera à Hollywood aura de l’or entre les mains. On ne vous l’a pas dit? Jack a un frère hockeyeur, Quinn, 26 ans, et dimanche, les frérots étaient ensemble sur la glace de Milan. Le scénario s'écrit sous nos yeux.
L’histoire que raconte Jack Hughes aux médias dimanche au terme d’une finale épique, bannière étoilée sur les épaules, zozotant un poil à cause de sa dent cassée, c’est celle du patriotisme. D'abord la version originale:
En français:
«Jack Hughes for President»
Il aurait pu se contenter de la dernière phrase. Elle fait amplement le job. Elle a emballé le prestigieux Wall Street Journal à la ligne à la fois libérale et conservatrice. «Jack Hughes for President», c’est le titre de l’éditorial, qui savoure la victoire américaine des hockeyeurs et celle des hockeyeuses. Vainqueurs 2 à 1, elles aussi dans les prolongations, face, là encore, au Canada, elles ont décliné une invitation à la Maison-Blanche, prétextant un agenda chargé.
Ce que le Wall Street Journal salue en Jack Hughes, «c’est son patriotisme sans complexe, aussi inspirant que son but décisif (…)». Vous voyez arriver la pique à Donald Trump? La voici:
Le message est clair: Jack Hughes, lui, est un type bien.
Est-ce qu’on s’emballe? Jack Hughes est en tout cas bien parti pour la gloire et les millions en plus de ceux qu’il a déjà. Mais ce n’est pas l’argent qui fait rêver chez ce gars-là, né à Orlando, en Floride, dans une famille juive accro au sport, le père comme la mère. C’est l’image qu’il renvoie, plutôt vintage, en fait, avec ses cheveux longs et sa casquette à l’envers. Au hasard, l'Amérique des 80’s, celle d’Outsiders et de Rusty James de Coppola, avec les Matt Dillon, Rob Lowe et Mickey Rourke à l’aube de leur carrière. Cette équipe des Etats-Unis est habitée de cette nostalgie américaine, qui fait oublier Trump sans rien sacrifier les «valeurs» – les MAGA n'ont pas dit leur dernier mot.
Plus que tout, l'hymne que se sont choisi les champions olympiques de hockey sur glace pour célébrer leur victoire en dit beaucoup sur cette Amérique des petits bleds et des paysages infinis qui fait rêver. Puisé dans le rock 70’s du groupe Lynyrd Skynyrd, Free Bird vous rend définitivement cool et un brin envieux.
