L'avenir du ski suisse féminin passera par elle
A 20 ans, elle possède une technique solide et un talent qu'il faut polir soigneusement pour l'emmener au plus haut niveau. Swiss-Ski, avec Sue Piller dans ses rangs, tient une carte maîtresse.
Pour preuve, à l'occasion de son septième et huitième départs aux côtés des meilleures géantistes planétaires, Piller a arraché par deux fois la qualification et marqué ses premiers points au plus haut niveau (20e et 28e) lors des deux courses de Mont-Tremblant, au Canada.
Avec un ski à la fois engagé et posé, celle qu'on surnomme «Sushi», clin d’œil à sa passion pour le mets japonais et au jeu de mots mêlant son prénom à la traduction allemande du ski, Sue Piller a fait montre de toute sa finesse technique.
Mais qui est-elle?
La skieuse a grandi à Planfayon (FR) avant de s'établir vers l'âge de 14 ans à Gsteig, dans le canton de Berne. Un déménagement pour poursuivre sa maturité au gymnase de Gstaad et parfaire son cursus scolaire et ses qualités d'athlète: «A Fribourg, je n'avais pas la possibilité de coupler le ski et l'école», complète la jeune skieuse.
Elle souhaitait aussi se rapprocher de l'Oberland bernois, pour la simple et bonne raison que le partenaire de sa maman, Frédéric Labaune, n'est autre que l'entraîneur du centre de performance de Gstaad. «C'était une très bonne décision», appuie-t-elle.
Elle a rejoint ensuite le centre de performance NLZ-Mitte. Mais la grosse tuile arrive: la Singinoise se déchire les ligaments croisés du genou et le ménisque deux semaines avant ses premières courses FIS, en octobre 2021. Elle vit alors une première saison blanche dans les courses pour adultes. A la place de l'adrénaline des épreuves, c'est une rééducation qui l'attend.
Il lui a fallu un peu de temps pour retrouver une totale confiance en ses capacités. Pendant deux ans, dit-elle, elle avait «un peu peur d’aller à fond avec son genou», surtout lorsque les conditions de visibilité n'étaient pas optimales.
Première saison en FIS et montée dans les cadres
Elle démarre sa carrière chez les adultes avec une année de retard et parvient même à récolter les points nécessaires pour entrer dans le cadre C de Swiss-Ski. «J’ai rempli les critères grâce à la descente», se marre-t-elle, une discipline qu'elle n'affectionne pas plus que ça.
Une entrée dans les cadres pour annoncer une ascension fulgurante. «La saison dernière, j’ai remporté mes premières victoires en FIS et glané mes premiers points en Coupe d’Europe. J’ai encore gagné le slalom et le géant aux Universiades».
Sue Piller confirme sa montée en puissance sur le circuit de la Coupe d'Europe. Grâce à deux places dans le top 5 à Oberjoch (Allemagne), elle s’est même offert un dossard pour sa première course de Coupe du monde, à Sestrières.
«Après cela, j’ai participé à mes premiers Mondiaux juniors, à Tarvisio», ajoute la pensionnaire du ski-club de Schönried. Dominatrice lors de la première manche du géant, qu'elle écrase avec près de 80 centièmes d'avance sur sa dauphine, elle sort lors du second tracé.
Une déception, certes, mais elle termine la saison 2024/2025 avec un gros bagage de motivation:
A l'approche du nouvel exercice, Sue Piller repart du bon pied; elle enchaîne une préparation estivale solide et signe de bonnes courses en Argentine. Les entraîneurs lui ont ainsi accordé une place sur le géant d’ouverture de Sölden, sans passer par la phase de qualifications.
Et le 25 octobre, sur le glacier du Rettenbach, la Fribourgeoise rate de peu la qualification. «Je n’ai pas pratiqué un très bon ski; j’étais à 80% de mes capacités et je n’étais pas loin de me glisser dans les 30.»
Copper Mountain pour un déclic
Preuve qu'elle fait du bon job sur les lattes, Sue Piller convainc ses coachs et se voit offrir un billet d'avion pour poursuivre l'aventure aux Etats-Unis. Mais à Copper Mountain, la qualification en deuxième manche lui échappe encore: 31e, à deux centièmes de la marque pour être conviée au bouquet final.
Mais quelque chose a changé: «Dans la tête, j’ai compris que j’étais capable d’être dans les trente meilleures skieuses en géant.»
Est-ce une course qu'on pourrait qualifier de déclic? «Pas la course en elle-même, mais après la course», précise Sue Piller.
Elle poursuit:
Tout s'est emballé pour la skieuse, qui devait prendre confiance et saisir qu’elle était capable de régater au plus haut niveau. «J’ai compris que je devais skier plus à la limite.»
Il lui a fallu apprivoiser son talent pour enfin taper dans le mille. Trouver la bonne carburation, c'est un art. Et c'est à Mont-Tremblant qu'elle peut tailler ses courbes à plein régime lors des deux géants. Elle nous confie même qu’elle n’était «pas à fond», qu'elle avait «encore un petit déclic à digérer».
Adaptation éclair
L'apprentissage continue dans le grand bain de la Coupe du monde. Par chance, Sue Piller possède une qualité non-négligeable dans le sport de haut niveau:
Au bout du fil, la jeune skieuse paraît sûre de son fait, le ton posé et léger. Elle ne s'attarde pas sur l'agitation du cirque blanc. Le grand saut de la FIS à la Coupe du monde ne l'a pas impressionné plus que ça. «Les courses restent les mêmes: c’est gauche-droite, une porte rouge et une porte bleue. Alors oui, il y a une plus grande attention des médias», expose la jeune skieuse.
En revanche, elle confesse que cela lui a fait «bizarre de concourir aux côtés de skieuses que je regardais à la télévision».
Son manageur, Mathieu Rossier, confirme le potentiel de la skieuse et se dit très heureux de travailler avec. «C'est une athlète très déterminée. Elle se donne les moyens de réussir dans le ski alpin», témoigne le CEO de GPS Performance.
Avant de se rendre à Semmering pour un nouveau géant le 27 décembre, Sue Piller se dit confiante et en pleine possession de ses moyens. Malgré quelques petits problèmes de dos qui sont sous contrôle, elle chasse son objectif ultime. «Le rêve, c’est le titre olympique», conclut le joyau helvétique.
