Crans-Montana risque de perdre les JO 2038 en Suisse
A 83 ans, Adolf Ogi suit toujours de près les évolutions sportives et politiques en Suisse. A ce titre, l’ancien conseiller fédéral et ministre des Sports – qui avait failli offrir à la Confédération les Jeux olympiques d'hiver de 2026, grâce à un engagement personnel sans faille – soutient pleinement le projet helvétique pour 2038.
Le Bernois s’intéresse également aux sujets qui n’existent pas encore aujourd’hui, mais qui pourraient devenir importants demain. Il se demande ainsi:
La responsabilité de la commune dans l’incendie dévastateur suscite un débat intense, dans le contexte de contrôles non effectués. Les avocats des familles ont déjà engagé des actions en responsabilité civile contre l'Etat. Des demandes de dommages-intérêts et des recours de la part des compagnies d'assurance pour manquement au devoir de surveillance sont également envisagés. On estime que la commune pourrait devoir verser plusieurs centaines de millions de francs à titre de dédommagement. Les experts en droit pénal considèrent ce scénario comme tout à fait réaliste.
Le président de la commune est parti
Il faudra des années avant que la commune ne sache combien lui coûtera la catastrophe. Or quand les chiffres tomberont, l’ampleur des coûts pourrait entamer l’enthousiasme des élus locaux et de la population, et peser sur un éventuel vote communal concernant le projet olympique. A ce jour, tout cela n’est que spéculation. Le retrait du controversé président de la commune, Nicolas Féraud, de la fonction de vice-président du comité d’organisation des Championnats du monde de ski alpin 2027 montre toutefois que la tragédie peut déstabiliser le sport.
Que se passera-t-il si, dans quelques années, l’enthousiasme n’est plus aussi fort dans cette station pourtant si sportive? Frédéric Favre dirige la candidature helvétique pour 2038. Ancien conseiller d’Etat valaisan, le quadragénaire était, jusqu’en mai dernier, également membre de l’association des Championnats du monde de Crans-Montana.
Favre refuse de spéculer sur les conséquences de l'incendie sur le projet olympique. Il précise toutefois: «Le plan actuel concernant les sites de compétition fera certainement l’objet d’ajustements d’ici douze ans». En interne, des alternatives ont déjà été étudiées pour toutes les disciplines, afin de conserver une certaine flexibilité si des communes ou des cantons rejetaient le projet olympique lors d’un référendum financier.
Le Cervin comme alternative
Pour le ski alpin, une solution semble toute trouvée. St-Moritz, site éprouvé lors des Championnats du monde et habitué de la Coupe du monde, constitue, sur le papier, une alternative parfaite à Crans-Montana. Cependant, la région de l'Engadine est déjà prévue pour d’autres disciplines, et surtout, le canton montagneux du Valais disparaîtrait de la carte olympique.
Une autre piste semble émerger. En mars 2028, Zermatt accueillera ses premières courses sur la nouvelle piste du Gornergrat, au pied du Cervin. La station valaisanne devrait ensuite devenir un site confirmé de la Coupe du monde et pourrait donc se présenter comme un sérieux candidat pour accueillir les épreuves olympiques de vitesse. Une descente avec le Cervin en toile de fond serait sans aucun doute séduisante. Le célèbre sommet a déjà été utilisé pour des projets olympiques suisses: en 2018, Pirmin Zurbriggen y avait allumé une flamme symbolique pour soutenir la candidature de Sion 2026.
Favre ne veut pas exclure l’option Zermatt. «Je crois que nous devons garder toutes les possibilités ouvertes pour le moment.» Il souligne toutefois les défis majeurs qu’une telle modification entraînerait. «Ce sont des questions qui dépassent largement le sport, car cela engendre un effet domino non négligeable», explique le Valaisan. Logistique, hébergement, accessibilité: de nombreux aspects doivent s’intégrer au concept global des Jeux olympiques en Suisse.
Un faible coût pour le Valais
Frédéric Favre insiste enfin sur un autre point. Lors des candidatures olympiques précédentes, le Valais avait dû voter sur des montants atteignant plusieurs centaines de millions de francs. «Pour Crans-Montana, l’investissement pour les Jeux d’hiver 2038 n’est, en revanche, pas plus élevé que celui des Mondiaux 2027.»
Sur les 140 millions de francs auxquels les cantons et communes doivent contribuer, selon le budget actuel, seuls 12 millions reviennent au Valais et à Crans-Montana. C'est le canton qui tranchera pour savoir qui contribuera, et dans quelle mesure.
Frédéric Favre affirme percevoir à Crans-Montana une forte motivation, tant politique que populaire, pour accueillir de grands événements sportifs internationaux. «Peut-être qu’un projet tourné vers l’avenir contribuera à créer des perspectives un peu plus positives.»
