«Les personnes mortes avaient le même âge que moi»
«Il était prévu qu'on y aille et on est allé au casino à la place. A une heure près, nous étions à l'intérieur du bar.» Cette phrase, aussi puissante que glaçante, est lancée par une jeune femme de 18 ans, rencontrée à côté du Senso, un restaurant de burger qui appartient aux mêmes propriétaires que le bar Le Constellation, l'établissement valaisan qui a vécu un terrible incendie dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Le dernier décompte fait état d'une quarantaine de morts et de 115 blessés.
«On devait aller récupérer une amie là-bas, qui n'a heureusement rien eu. En revanche, l'une de ses connaissances a été un peu brûlée. Elle est aux urgences, mais ses jours ne sont pas comptés. Je crois qu'elle est à l'hôpital de Sion», précise l'une des deux jeunes femmes rencontrées.
C’était la première année qu’elles venaient fêter le Nouvel An dans la station valaisanne. Sous le choc, les visages se ferment peu à peu, tandis que les questions sont posées.
Dans la station, lors de nos échanges avec les différents promeneurs et promeneuses, on entend de tout, des théories farfelues sur les causes du drame. «On parle d'une chicha qui serait tombée sur le sol et qui aurait pris feu», enchaîne une autre jeune femme rencontrée non loin du Senso. L'enquête n'a, pour l'heure, rien déterminé en ce sens. Les images et les premiers témoignages paraissent pointer d'autres pistes.
Des personnes en pleurs
Là même où nous échangeons, l'ambiance est lourde. On aperçoit devant l'entrée du Senso des personnes, qui sortent, en pleurs, se prenant dans les bras pour évacuer un poil la douleur. Nous essayons de nous approcher, mais nous sentons que nous ne sommes pas les bienvenus.
Un drame qui a plongé tous les propriétaires de lieux festifs de la station dans une profonde tristesse. Si bien qu'ils ont décidé de rester fermés, d'un commun accord, le jeudi soir. «Je n'ai plus l'âme à faire la fête quand je vois ça», nous raconte une autre jeune femme croisée dans la rue, non loin du bar qui a été ravagé par le feu. Elle préfère ne pas trop s'étendre face à nos questions et s'excuse de ne pas pouvoir en dire plus.
Des groupes, par grappe, remontent la rue qui mène au Constellation. Le plus souvent très jeunes et le téléphone à l'oreille. «C'est chaud, franchement», entend-on d'un jeune homme au natel, les yeux mouillés.
Derrière le filet de la police et sous le contrôle de la Protection civile valaisanne, on aperçoit des personnes avec un gilet où il est inscrit «psychologie urgence» ou avec une veste siglée «Care Team».
Dans l'intervalle, nous croisons un autre groupe de jeunes femmes. Elles sont Genevoises et originaires de France voisine, âgées de 16 à 24 ans. Elles cherchaient un endroit pour boire un verre. Elles nous disent que ce bar n'est pas une adresse qu'elles privilégient pour sortir faire la fête. Mais elles se sont dit que ça pouvait être sympa d'y aller pour le Nouvel An.
La plus âgée du groupe explique:
Elles ont donc tourné les talons. Elles précisent habiter à côté de la boulangerie Taillens, tout proche du bar qui a été soufflé par les flammes. «Une fois parties, plus loin, on a entendu une forte détonation. On n'a pas réalisé tout de suite. On a pensé que c'était un gros feu d'artifice», déclare une jeune femme du groupe, qui se dit «très choquée» par les événements.
Elles ont ensuite rapidement entendu des bruits d'hélicoptères et une seule sirène d'une voiture de police, selon leurs dires.
Ce 1ᵉʳ janvier 2026, le bar est entouré de tentes blanches qui s'accompagnent d'un silence toujours plus pesant. La police et la protection civile veillent à garder le secteur bouclé; les commerces sont tous fermés.
Une fréquentation très jeune
En discutant autour du terrible drame, nous cherchons à brosser le portrait du bar. Des personnes qui ont déjà festoyé au sein de l'établissement parlaient d'un lieu fréquenté par une très jeune clientèle et boudé par les locaux. «Ce n'est pas un bar très prisé par les personnes du village. Disons que ce sont plutôt les jeunes de Sierre qui viennent faire la fête ici», nous informe une personne qui connaît bien la station.
Il enchaîne:
Alors que nous prenons des photos, nous croisons le chemin d'un groupe de jeunes Italiens, encore abasourdis. Ils étaient dans le secteur et ont vu «beaucoup de gens courir dans tous les sens». Il explique:
Ce facteur, cette très jeune clientèle, fait grincer quelques dents dans la station. Plusieurs personnes critiquent une vérification des âges un brin laxiste.
En effet, le public était très jeune. De nombreux messages ont ainsi fleuri sur les réseaux sociaux, accompagnés de photos aux visages juvéniles de jeunes femmes et de jeunes hommes, âgés de 15 à 19 ans. Ces publications, partagées par des proches, expliquent qu’ils sont sans nouvelles d’un parent ou d’un ami depuis l’explosion du bar Le Constellation.
Deux exemples:
Le plus dur dans tout ça, c'est que la jeunesse est touchée en plein cœur. Les gens rencontrés sont au bord des larmes. «C'étaient des jeunes. C'est dur», confie un quinquagénaire croisé sur les lieux.
D'ailleurs, au moment d'écrire ces lignes jeudi soir, nous apprenons qu'un adolescent de 17 ans est décédé à l'hôpital Riviera-Chablais. Les groupes de jeunes qui se promenaient dans le village évoquaient tous des amis ou des connaissances ayant fêté dans ce bar. Le Constellation était, ce soir de Nouvel An, le carrefour d'une jeunesse désormais frappée par un drame indélébile.
