Vladimir Poutine a apparemment profité de l'ego et des incertitudes de Donald Trump pour exercer une sorte d'influence «hypnotique» sur le président américain de l'époque. Au cours de son mandat, le locataire de la Maison Blanche aurait refusé d'accepter les évaluations négatives de ses collaborateurs à l'égard du maître du Kremlin et a fini par renvoyer son conseiller à la sécurité nationale H. R. McMaster. C'est ce qu'écrit l'ex-général dans un nouveau livre.
Dans At War with Ourselves: My Tour of Duty in the Trump White House (paru le 27 août), McMaster décrit ses 457 jours tumultueux en tant que proche collaborateur de Trump, de février 2017 à mars 2018. Il y est question du caractère de l'ex-président et notamment de sa politique russe.
«Poutine, un ancien du KGB impitoyable, a servi l'ego et les incertitudes de Trump avec des flatteries», écrit McMaster dans son livre. Poutine aurait décrit Trump comme «une personne tout à fait exceptionnelle, talentueuse, sans aucun doute». Trump aurait «révélé une vulnérabilité à cette approche et, par là même, sa préférence pour les hommes forts et sa conviction que lui seul pouvait établir une bonne relation avec Poutine».
McMaster écrit que les prédécesseurs de Trump, George W. Bush et Barack Obama, croyaient également qu'ils pourraient améliorer les relations avec le dictateur du Kremlin.
Le sujet est devenu un signal d'alarme lorsque le FBI a commencé à enquêter sur l'ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016. Trump était tellement obsédé par le rapport du procureur spécial Robert Mueller qui en a découlé que «les discussions sur Poutine et la Russie sont devenues difficiles». L'ex-président américain aurait associé tous les sujets liés à la Russie à l'élection et aux accusations selon lesquelles la campagne de désinformation du Kremlin l'aurait aidé à gagner.
Dans le débat sur l'influence russe, le président ne s'est pas senti suffisamment soutenu par son conseiller à la sécurité et a critiqué McMaster à plusieurs reprises dans des messages sur Twitter. La relation s'est progressivement détériorée, les attaques de Trump portant presque exclusivement sur la Russie. Finalement, Trump a renvoyé son conseiller à la sécurité nationale via twitter.
Dans le livre, McMaster décrit également son rôle lors du sommet du G20 de 2017 à Hambourg, au cours duquel Trump et Poutine ont été plongés dans des discussions privées pendant des heures. «Mon message de base lors de la réunion de préparation finale au centre de congrès de la foire de Hambourg était: "Ne soyez pas un idiot"», écrit McMaster. Il aurait énuméré au président les souhaits de Poutine, dont le retrait des Etats-Unis d'Ukraine et le retrait des forces américaines de Syrie et d'Afghanistan. Trump aurait ensuite ordonné ce dernier point.
McMaster aurait expliqué à Trump comment Poutine avait dupé Bush et Obama:
En échange, Poutine aurait proposé une coopération en matière de lutte contre le terrorisme, de cybersécurité et de contrôle des armements. «J'ai réalisé que Trump commençait à perturber "mon humeur négative". Je disais ce que j'avais à dire. S'il voulait me contredire, j'espérais qu'il contredirait le dictateur russe, pas moi», se souvient McMaster.
Après son départ, McMaster n'aurait pas voulu critiquer Trump, comme l'ont fait beaucoup d'autres de ses anciens collaborateurs. Citons notamment John Bolton, le successeur de McMaster en tant que conseiller à la sécurité nationale, qui a écrit un livre critique et s'est publiquement opposé à la réélection de l'ancien président.
McMaster insiste, cependant, sur le fait qu'il est resté apolitique pendant son service et qu'il n'avait en vue que les intérêts des Etats-Unis. Il a écrit ce livre pour «dépasser la polarisation politique et expliquer ce qui s'est réellement passé».
Lors de son dernier jour en tant que conseiller à la sécurité, en avril 2018, sa famille lui a rendu visite à la Maison-Blanche et Trump les a ensuite invités tous ensemble dans le bureau présidentiel. Il les a traités avec gentillesse, a montré du doigt les quatre neveux et nièces de McMaster et a dit:
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)