Il est la superstar du sprint. L'Américain Noah Lyles est un vrai showman, l'un de ces personnages qui gesticulent dans tous les sens avant d'enclencher le turbo sur 100 et 200 m.
Netflix s'est même emparé du phénomène pour narrer le destin du champion dans la série Sprint. On le découvre confiant, remonté à bloc, farceur et provocateur. Certains ont encore en tête sa sortie (polémique) en marge des Mondiaux de Budapest, à l'encontre des joueurs de NBA qui sont qualifiés de champions du monde. «Champions du monde de quoi? Des Etats-Unis?», taquinait Lyles. Le basketteur Kevin Durant ne l'avait pas raté sur Instagram, demandant «à quelqu'un d'aider ce frère».
Voici un premier aperçu du natif de Virginie et roi du sprint américain. Le bonhomme a du coffre et la langue bien pendue, vantard à souhait. Il peut se le permettre, surtout après son exploit sur 100 et 200m aux Mondiaux de Budapest 2023. Il est devenu cette année-là le troisième homme seulement, après Maurice Greene et Usain Bolt, à réussir le fameux doublé, avant de ramener une troisième médaille d'or sur le relais 4x100m. Solide.
Son objectif est le même pour ces joutes olympiques, avec une autre marche à gravir: le relais 4x400m, si le staff le sélectionne. Des exploits qui n'ont fait que nourrir son égo: «J’ai beaucoup de dons», lâchait-il en conférence de presse à Budapest.
Son coach, Lance Brauman, apporte quelques précisions sur la puissance de Lyles: «Usain Bolt, Tyson Gay et Noah Lyles sont tous dans la même catégorie en termes de vitesse de pointe. Bolt est le numéro 1 et Tyson et Noah sont très proches».
Ces fractions de secondes et ces centièmes à grappiller pour courir plus vite que «Lightning Bolt» ont peut-être commencé le jour où Lyles a arraché le titre suprême du 100m, vécu comme une délivrance, voire comme le point culminant dans sa progression.
Solide mentalement, obsédé à charbonner dans les domaines qui ne lui sont pas favorables, Lyles veut tout sacrifier pour briller: «Ma mentalité est extrêmement forte. Et si ce n’est pas le cas, je m’entraînerai pour qu’elle le soit».
Une manière de rappeler qu'il a programmé un chrono supersonique pour les années à venir. Sa distance de prédilection, le 200m, sera avalée en 19''10 (le record de Bolt est à 19''19), selon ses dires. «Je crois fermement qu'il faut dire les choses pour qu'elles existent», enchaîne l'Américain, qui compte comme record personnel 19''31. Concernant le 100m, il vise un chrono de 9''65, 3 centièmes retranchés au temps d'Usain Bolt - le record de l'Américain est bloqué à 9''81.
Il lui faudra retrousser les manches et éviter les pièges extrasportifs. Sa popularité lui cause déjà quelques tourments au sein du village olympique, conséquence direct de la diffusion de la série sur Netflix. «Il m'est difficile de trouver mon propre espace dans le village olympique.» Désormais propulsé sur la plus grande scène mondiale du sport, les regards rivés sur lui et des performances annoncées en grandes pompes, il lui faudra composer avec une attente devenue pesante.
Sa concentration est mise à rude épreuve dans une fourmilière d'athlètes qui cherchent à approcher «The Flash», comme l'avait surnommé le magazine Time.
Mais le sprinter est prêt. Après une édition à Tokyo réussie (une médaille de bronze dans la poche) mais disputée en pleine pandémie, l'Américain pourra enfin se délecter des foules en liesse, jouer avec elles pour frimer et bomber le torse pour repousser ses limites. «J’ai la personnalité, j’ai la vitesse, j’ai le sens du spectacle», lâchait Lyles.
Au Japon en 2021, sa psychologue renseignait au Times Magazine qu'il était comme «un poisson sans eau».
Un désir de briller presque obsédant, une envie d'aller plus haut, plus loin que l'athlétisme et même le sport. Noah Lyles est la rockstar que les JO ont besoin pour électriser le Stade de France.
Les annonceurs n'ont pas manqué de s'emparer du phénomènes en utilisant son image, entre la chaîne NBC qui en a fait l'icône de ses spots pour les JO, ou encore Adidas qui lui a offert, selon les informations du Time Magazine, le contrat le plus lucratif de l'athlétisme de l'ère post Bolt. Le Jamaïcain tient peut-être son digne successeur.