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De jeunes banlieusards sèment la terreur dans le basket suisse

Les «moins de 18 ans» de Morges St-Prex disputent ce samedi le Final 4 national, où ils défient des clubs forts et installés. Cinq explications pour une anomalie superbe.
14.05.2022, 08:0214.05.2022, 14:01

Pour la première fois de leur histoire, les Red Devils de Morges St-Prex participent à la finale du championnat suisse des U18. Et ce n'est pas un accident.

De vrais petits diables

«On a 2-3 petits monstres», annonce fièrement Yves Enderli, père d'un joueur. «Il y a une vraie génération spontanée, une bande de potes qui arrive à maturité. Pourvu qu'on ne vienne pas nous les voler», souffle Daniele Gonteri, autre parent et responsable de la communication.

Il y a de tout, dans cette escouade de petits diables. L'entourage raconte «une volée exceptionnelle de joueurs méga forts». «Un meneur de 1,70 m mais très nerveux, très agressif, super distributeur» (Loris Casolo). «Un mec hyper costaud défensivement» (Igor Gonteri). Des top scorers qui terrorisent «tout le pays» (Diego Roman, Erwan Margaux) et dont certains observateurs «ne comprennent pas» qu'ils ne figurent pas en équipe de Suisse. «Nous notons à l'inverse que le sélectionneur a convoqué son fils... »

Une flamme qui brûle

Etre un petit dans la cour les grands, c'est bon pour les témoignages de sympathie et les marivaudages de cantine mais pas toujours pour les affaires. Morges St-Prex ne veut pas être «que ça», un tour de force ou une folie passagère. «Voilà quatre ans que nous essayons de construire cette équipe, expose Daniele Gonteri. Essaie parce que, aujourd'hui, les gens ne sont pas tellement clubistes. Ils ont tendance à bouger. Et il y a beaucoup de concurrence dans la région. Mais nous remarquons que, peu à peu, notre attrait augmente. Ce sont les jeunes qui viennent à nous.»

Certains reviennent, comme Julien Chanson qui s'était éclipsé à Nyon. «On discute avec les parents, on tente de convaincre. Pendant ces quatre années, on a réussi à conserver un cinq de base très fort. Au-delà, il faut reconnaître qu'on n'a pas réellement de banc, ce qui a pu nous desservir à certaines occasions.»

Final 4, mode d'emploi

Les finales sont organisées dans la salle du Cherrat à St-Prex. Elles réunissent quatre équipes, comme leur nom l'indique (Final 4): Genève Académie (tenant du titre), Bernex, les Lugano Tigers et donc, Red Devils Morges St Prex. Samedi à 14 h: Bernex – Genève Académie. 17 h: Lugano – Morges Saint-Prex. Dimanche 11 h: finale troisième place. 14 h: finale.

Des parents en feu

«Quand on a affronté Fribourg en quart de finale, ils étaient certains de nous mettre une tôle», s'amuse Yves Enderli. Daniele Gonteri n'en pense pas moins (mais le formule autrement): «En saison régulière, ils nous ont mis 20 points dans la vue. Quand ils sont revenus, ils étaient très sûrs d'eux. Notre résistance les a rendus disons... tendus et combatifs.»

Yves Enderli, qui fut notamment l'impresario du groupe IAM et co-créateur de la nouvelle boutique du LS, est un professionnel de l'enthousiasme. Il sait en repérer un vrai: «On a conscience de vivre une période exceptionnelle. A force, on a trimbalé nos enfants dans toute la Suisse. On a dormi à Lugano, à Zurich. On a passé de super week-ends ensemble.»

Un coach infernal

Michel Perrin, ancien basketteur français de haut niveau et sélectionneur dans de nombreux pays africains (Cameroun et Guinée chez les hommes, Mali chez les femmes), coordonne toute la filière. Outre sa fonction de directeur technique, il entraîne l'équipe de LNB, «mais aussi les jeunes. Il est dur, très dur. Vous devriez voir le niveau de ses entraînements, c'est rare pour des joueurs de cet âge», vante Daniele Gonteri.

Michel Perrin, coach communicatif.
Michel Perrin, coach communicatif.

Un plan bien ficelé

Puisque «les moins de 16 ans poussent aussi», il faut croire que les U18 ne sont pas un épiphénomène. «Le club a pris le parti il y a quelques années de promouvoir les jeunes», affirme Daniele Gonteri, une phrase facile de gérant habile, bonne à attendrir les politiques et les sponsors. Mais pas ici.

«Contrairement aux autres clubs, on intègre nos jeunes en LNB, confirme Daniele Gonteri. Ils n'ont peut-être pas des temps de jeu extraordinaire mais, déjà, ils participent à tous les entraînements.»

Résultats: «Ce sont plutôt les jeunes de l'extérieur qui viennent à nous. Ils connaissent les possibilités que nous leur offrons. Ce ne sont pas que des mots et ils le savent. En plus, nous ne sommes pas recroquevillés sur nous-même. Notre bassin de recrutement s'étend de Vevey à Nyon.»

Idéalement, les Reds Devils voudraient pousser l'insolence jusqu'en LNA, histoire de «garder les jeunes plus longtemps». L'histoire, en quelque sorte, d'un petit club de banlieue qui grandirait avec ses ados. Ce serait bon, ça, coco.

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Robert Lewandowski et le syndrome du plombier polonais
Il voudrait partir. D'autres l'auraient libéré pour services rendus mais le Bayern a décidé de le retenir contre son gré. Et de toute façon, personne n'est prêt à le payer cher. C'est l'histoire d'un Polonais de service.

64 buts en une année, des records séculaires, des triplés légendaires, dix titres de champion d’Allemagne. Et pourtant, rien. Pas de Ballon d'or. Pas de proposition indécente. Pas de photographes qui en font un modèle (papa modèle d'une petite fille adorable, conducteur modèle d'une «Lambo» décapotable) ou qui le reluquent à la plage. Pas de diners en ville ni de campagne publicitaire: loin de tout, si loin. Presque oublié.

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