Le biathlon jouit d'un privilège trop important aux JO
Avant de taper du poing sur la table, une précision importante: on adore le biathlon et on le suit depuis longtemps, bien avant qu’il ne perce dans les régions francophones. On a grandi avec les exploits de Sven Fischer, Ole Einar Bjoerndalen, Raphaël Poirée, Kati Wilhelm ou encore Liv Grete.
Or malgré cet attachement pour ce sport, un élément dérange tous les quatre ans: la surreprésentation de la discipline aux Jeux olympiques d'hiver.
A Milan-Cortina, cinq épreuves masculines sont au programme. Il y en a autant chez les femmes. A cela s’ajoute un relais mixte, soit jusqu’à six chances de décrocher une médaille pour des athlètes souvent engagés dans toutes les compétitions. C’est trop, pour la simple et bonne raison que les formats proposés se ressemblent excessivement et ne permettent pas l’émergence de purs spécialistes.
L’Union internationale de biathlon (IBU), les biathlètes eux-mêmes et le microcosme de la discipline ne partagent pas cet avis. Leurs arguments sont entendables. L’individuel de 20 kilomètres se veut long et éreintant, tandis que le sprint de 10 kilomètres fait davantage monter les pulsations. Avec une minute concédée à chaque cible manquée, au lieu des traditionnels tours de pénalité, l’individuel favorise aussi les excellents tireurs et les surprises. La poursuite et la mass-start reposent quant à elles sur le jeu de confrontation. Les relais apportent enfin la dimension collective ainsi que des tirs plus engagés grâce aux balles de pioche. Les fautes sont permises.
Mais ces différences restent relativement infimes, comparées à celles qui existent entre un sprint classique et un 50 kilomètres skating en ski de fond. Ou mieux: entre un slalom et une descente en ski alpin. On ne parle d’ailleurs plus ici de variations de format, mais bien de disciplines distinctes. Des garçons comme Tanguy Nef ou Ramon Zenhäusern sont focalisés sur la forêt de piquets.
Le biathlon, lui, se contente de modifications minimes entre ses courses. D’un côté, on ajoute ou retire un kilomètre à une boucle; de l’autre, on ajuste très légèrement les règles au départ et sur le pas de tir. Résultat: le gratin mondial peut briller à chaque course, quel que soit le format. Le fait que certains biathlètes se subliment dans la confrontation ou parviennent à tirer parti de l’individuel pour réaliser un coup, comme la médaillée surprise Lora Hristova cette année, n’y change rien.
Loin de nous l’idée de contester les immenses palmarès aux Jeux olympiques de Bjoerndalen, Fourcade, Boe, Svendsen ou encore Domracheva. Ces grands champions ont su saisir les occasions, et cela relève de l’exceptionnel. Néanmoins, une telle abondance d’opportunités ne sert pas le biathlon et engendre une certaine injustice. Les biathlètes apparaissent mieux lotis que les autres.
On finit aussi par se dire que ces titres à répétition perdent un peu de leur signification. Tout le contraire de celui du Kazakh Mikhail Shaidorov, devenu à Milan champion olympique de patinage artistique alors qu’il n'a disputé qu’une seule épreuve et qu’aucune médaille n’est décernée à l’issue du programme court – quand le sprint en biathlon, lui, est récompensé alors qu’il sert aussi de base à une autre compétition: la poursuite. Cette médaille de Shaidorov conquise le jour J malgré la pression de l'unique tentative prend ici encore plus de valeur.
