Les hockeyeurs finlandais ont un luxe que les Suisses n'ont pas
En principe, les Finlandais ont eu, mardi, un jour de repos. Ils sont en effet directement qualifiés pour les quarts de finale du tournoi olympique. Mais aux Jeux, lors de la phase décisive, chaque journée est un jour de travail. Les Finlandais se sont donc entraînés en vue de leur rencontre contre les Helvètes, en même temps que Suisse-Italie, dans une patinoire voisine. Nous y sommes allés, frustrés en cours de partie par le niveau de jeu des hommes de Patrick Fischer face aux Transalpins.
La séance apparaît tout de suite intense, comme le sont généralement les entraînements. Les Finlandais dépensent à coup sûr plus d’énergie que les Suisses, qui jouent tranquillement de l'autre côté face aux Italiens.
L’entraînement dure environ une heure. Chacun est donc plus ou moins en action pendant 60 minutes, avec seulement de brèves pauses consacrées aux corrections ou aux explications tactiques. Pendant ce temps, aucun joueur suisse ne dépasse les 20 minutes d’activité. Même Roman Josi, qui affiche le temps de glace le plus élevé, se limite à 19 minutes et 58 secondes de jeu. Après deux minutes d’effort au maximum, chacun peut regagner le banc pour souffler.
Fait notable: l'entraînement des Finlandais offre des situations de jeu plus soignées que celles observées lors du premier tiers de Suisse-Italie.
Pour deux joueurs finlandais, l’entraînement se prolonge. Mikko Lehtonen (32 ans), des ZSC Lions, et Oliver Kapanen (22 ans), des Canadiens de Montréal, s’offrent un petit supplément. Ils ont besoin de rythme, eux qui n’ont pratiquement pas été utilisés depuis le début du tournoi.
La situation étonne dans le cas de Kapanen. Il n’a pas encore disputé la moindre seconde et a même passé deux matchs en tribunes. Pourtant, il a déjà inscrit 18 buts cette saison avec Montréal, soit davantage que Timo Meier (14), Roman Josi (11) ou Nino Niederreiter (8).
Quelle solidité faut-il à une équipe pour qu’un titan de la NHL se retrouve cantonné à une tâche si secondaire? Quelle autorité doit posséder le sélectionneur Antti Pennanen pour assigner à une star un rôle aussi ingrat? La polémique éclaterait sans aucun doute si Patrick Fischer reléguait à pareille condition Timo Meier, Nico Hischier ou Nino Niederreiter.
Il est en revanche beaucoup plus logique que Mikko Lehtonen, des ZSC Lions, n’ait pas de rôle majeur: non seulement il est le seul membre de l’équipe à ne pas évoluer en NHL, mais il a aussi été directement impliqué dans le 0-1 concédé contre la Slovaquie lors de sa première entrée en jeu. Résultat: il n'a joué qu’un peu plus de sept minutes depuis le début du tournoi.
Lehtonen n’est pas affecté par sa situation en équipe de Finlande et discute amicalement après l’entraînement. Notre espoir que les Finlandais seraient un peu arrogants, ce qui pourrait jouer en faveur des Suisses, est rapidement dissipé. Le défenseur des ZSC Lions n’est clairement pas de cet avis et ses compliments sur le hockey suisse sont sincères.
Comment se sent-il dans le vestiaire finlandais, entouré de multimillionnaires? Est-ce différent de Zurich? «Non, pas du tout. Nous formons une équipe, peu importe d’où l’on vient ou ce que l’on gagne.»
Mikko Lehtonen ne jouera pas contre la Suisse, mais pourrait malgré tout apporter son aide. L’entraîneur ou ses coéquipiers lui ont-ils demandé sur quoi se méfier chez Sven Andrighetto, ou comment éviter les mises en échec de Christian Marti? «Non, personne ne m’a encore demandé. Mais bien sûr, je peux donner des indications.» Il a déjà échangé avec Marti au village olympique, «simplement sur notre expérience ici dans le tournoi».
Plus tard, le sympathique titan de la NHL, Mikael Granlund, dont les hommages aux Suisses sont également sincères, balaie à son tour les derniers espoirs que la Finlande pourrait prendre ce match à la légère. Dommage.
Il ne reste donc à la Suisse que la magie des Jeux. Après tout, la Finlande a bien remporté – un peu à la surprise générale – la médaille d’or aux JO de Pékin il y a quatre ans, une première historique. Sans les stars de la NHL, elle avait balayé la Nati 5-1 en quart de finale. Problème: les titans finlandais, pensionnaires des franchises nord-américaines, rendent aujourd'hui le défi encore plus périlleux. Ils sont en mission à Milan.
