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Une mesure pour l’égalité des sexes irrite les skieuses
L'épreuve de sprint en ski de fond se veut toujours intense. Après une manche qualificative, deux courses à élimination et une finale le même jour, les athlètes terminent souvent lessivés, les jambes chargées de lactate.
Cela était encore plus flagrant mardi à Tesero, site accueillant les compétitions de ski de fond aux Jeux de Milan-Cortina. Les écarts entre les fondeurs ainsi que leur rictus à l’arrivée laissaient plutôt penser qu’ils venaient de courir un 50 kilomètres à haute intensité. La piste de ce sprint n'y est pas étrangère.
Spécialement réaménagée pour les JO, elle est aujourd’hui relativement longue et comporte de sévères difficultés. Les athlètes masculins les plus rapides la parcourent généralement en 3 minutes et 15 secondes lors de leur premier passage – le plus abouti. Meilleur fondeur suisse mardi et sixième temps des qualifications, Noe Näff l’a bouclée en 3'14"23 à sept secondes du leader Johannes Klaebo.
Ce temps correspond à la fourchette haute d’un sprint, tandis que la fourchette basse se situe autour des 2 minutes et 30 secondes. Même si l'effort des hommes s'est étiré, il restait encore conforme aux standards.
Un sprint féminin trop long
Les athlètes féminines, elles, ont mis environ 3 minutes et 40 secondes pour venir à bout de cette piste. Cinquième des qualifications, la Suissesse Nadine Fähndrich a franchi la ligne en 3'39"87, à seulement trois secondes de la plus rapide, la Suédoise Linn Svahn.
En raison de la fatigue accumulée à force de répéter les efforts, de la neige qui brasse, de la confrontation directe et de l’éventuel relâchement dans les derniers mètres en cas de victoire actée, les séries à partir des quarts de finale ont logiquement été plus lentes, autour de 4 minutes. Un chrono nettement supérieur au format habituel, et faisant intervenir une autre filière énergétique.
Une parité stricte
Pour que les fondeuses puissent disputer un sprint digne de ce nom, le parcours féminin avait été raccourci de 200 mètres par rapport à celui des hommes aux Jeux de Pékin, il y a quatre ans. Cependant, le Comité international olympique (CIO) prône aujourd'hui l’égalité parfaite entre les sexes, comme en témoigne l’introduction cette année du 50 kilomètres femmes, identique à l'épreuve masculine. Il n'était donc pas question de modifier le parcours du sprint de Val di Fiemme.
La nouvelle piste italienne avait été testée lors du Tour de Ski en janvier et avait alors essuyé les critiques des pures sprinteuses. Ingrid Bergene Aabrekk évoquait un tracé «absurde» dans la presse scandinave, alors que la star Heidi Weng appelait à réduire le parcours. «C’est une erreur de croire que tout le monde devrait courir la même distance. Un temps de course égal serait bien plus juste», soulignait de son côté la Suédoise Maja Dahlqvist. Finalement, seules les coureuses plutôt typées distance se réjouissaient de ce format élargi.
Sur ce sprint du Tour de Ski, Nadine Fähndrich avait pris la deuxième place. A Goms, quelques semaines plus tard, elle montait une nouvelle fois sur le podium d’un sprint visiblement allongé par les organisateurs valaisans, comme pour proposer une répétition générale avant les Jeux. Sa contre-performance, mardi en Italie, ne peut donc être imputée au format.
Le ski alpin suisse impacté
Ce n’est pas la première fois cette saison que la parité stricte prônée par le CIO est contestée. Le ski alpin suisse bénéficie pour ces Jeux de Milan-Cortina de onze quotas par sexe. Or l’équipe masculine a nettement mieux performé que son homologue féminine cet hiver. Résultat: des skieurs ayant rempli les critères de qualification sont restés sur la touche, tandis que des skieuses en difficulté ont reçu le feu vert pour se rendre aux JO.
«La problématique du genre va ici trop loin et n’est pas constructive. Cela n’a plus grand-chose à voir avec le sport de haut niveau», avait pesté le chef des skieurs suisses.
