Cet ovni du foot est tout proche d’un sacre européen
«Il y a une chose que l'argent ne peut pas acheter: les rêves»: adversaire de Strasbourg en demi-finale de Conference League, le Rayo Vallecano, club de quartier du sud-est de Madrid, fait perdurer son identité ouvrière, aux antipodes du football moderne.
Aller voir un match à Vallecas, à six petits kilomètres du centre de Madrid, c'est un peu une expérience hors du temps.
Ici, pas de multipropriété ni de fonds d'investissements étrangers. Pas d'écrans LED ni de QR Code. Pas de billetterie en ligne non plus, mais des tickets imprimés qu'on retire aux guichets du stade de Vallecas. A l'ancienne.
Il y a seulement un géant de béton d'un peu moins de 15 000 places – bien délabré – posé là, au milieu des barres d'immeubles de briques rouge, et dont la meilleure vue sur la pelouse est sûrement depuis le troisième étage de l'une des tours adjacentes.
Andrés Martin, socio du Rayo Vallecano depuis plus de 30 ans, lance:
Il ajoute: «Nous sommes le meilleur club de quartier au monde!»
Pas d'eau chaude et terrain impraticable
Créé en 1924, professionnel depuis 1991 seulement, le Rayo, actuel 11e de Liga, s'est plus souvent battu pour sa survie dans l'élite que pour briller en Europe, contrairement à ses voisins, le Real et l'Atlético. Cette saison, en plus de cette habituelle lutte, les joueurs et l'entraîneur Inigo Pérez ont découvert la Conference League, la plus modeste des Coupes d'Europe, où ils se sont hissés jusque dans le dernier carré.
Le tout, dans des conditions de travail indignes du haut niveau: au cœur de l'hiver, ils ont notamment dû s'entraîner chez leur voisin de Getafe, et jouer à domicile contre l'Atlético chez un autre club de la communauté de Madrid, Leganés, car les pelouses étaient impraticables. Il arrive que les joueurs Franjirrojos repartent sans se doucher, lorsqu'il n'y a pas d'eau chaude au stade.
«Quelque chose d'inespéré»
Malgré tout cela, et un rejet quasi unanime de la gestion du président Raul Martin Presa, détesté par ses supporters pour son projet de changement de stade, voilà le petit Rayo en demi-finale de Coupe d'Europe pour la première fois.
«Franchement, c'est un rêve! Pour un club modeste, très modeste comme nous, être en demi-finale de Coupe d'Europe, malgré les conditions difficiles, cela en dit long sur la force et la passion de nos joueurs, de nos supporters», estime Antonio Mora, président de la Fédération des Peñas, les groupes de supporters du Rayo. Il poursuit:
Pour Miguel Carrero, autre socio, membre du même groupe, la Peña Rivas, c'est «une fierté d'appartenir à une équipe qui représente un quartier de classe ouvrière, humble, qui n'est pas habitué à arriver si haut».
«Il y a une chose que l'argent ne peut pas acheter: les rêves. Nous avons rendez-vous avec l'histoire, à Vallecas. Nous ne sommes pas une équipe qui veut seulement jouer la finale. Nous sommes un quartier ouvrier qui veut conquérir l'Europe!», a sobrement lancé l'humoriste Alvaro Casares, connu pour ses contenus tournant en dérision les tracas quotidiens du Rayo. Voilà Strasbourg prévenu.
(afp/yog)
