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Limogé de la Nati: Patrick Fischer se livre en interview

Patrick Fischer a été viré en avril de son poste d'entraîneur de la Nati, après dix ans.
Patrick Fischer a été viré en avril de son poste d'entraîneur de la Nati, après dix ans. image: watson/Mädy Georgusis

«Voir ma famille souffrir après mon licenciement de la Nati a été difficile»

Dans sa première grande interview depuis son limogeage en avril, l'ancien coach de l'équipe de Suisse de hockey sur glace, Patrick Fischer, revient sur les leçons tirées de l'affaire du faux certificat Covid et dévoile ses projets d'avenir.
26.08.2026, 19:0426.08.2026, 21:06
Etienne Wuillemin

Un peu plus de quatre mois se sont écoulés depuis le licenciement de Patrick Fischer de son poste de sélectionneur de l’équipe nationale suisse de hockey sur glace. Il est longtemps resté silencieux. Mais Fischer nous a accordé sa première grande interview.

De bonne humeur, il reçoit CH Media, le groupe de watson, chez lui. «J’ai l’impression que depuis 1988, à cette période de l’année, je me suis toujours préparé à la nouvelle saison, soit comme joueur, soit comme entraîneur», explique-t-il. Désormais, les choses sont différentes.

Comment vous imaginez votre avenir?
PATRICK FISCHER: Ces jours-ci, nous lançons un projet qui mûrit en moi depuis des années, avec des compagnons de route de mon époque comme entraîneur de l’équipe nationale ainsi que d’autres partenaires et personnes qui nous accompagnent: Team Fischer. Pendant longtemps, j’ai accompagné des équipes et des joueurs et je les ai aidés à exploiter leur potentiel. Je transmets désormais ces expériences.

Patrick Fischer chez lui, en conversation avec notre journaliste Etienne Wuillemin.
Patrick Fischer chez lui, en conversation avec notre journaliste Etienne Wuillemin. image: Mädy Georgusis

Cela signifie que vous allez devenir coach privé?
Exactement. Avec une équipe de choc, j’accompagne des personnes sur leur parcours personnel. Le corps et le mental sont au centre: comment lever les blocages cachés qui nous freinent sans cesse? Comment gérer le surmenage et la pression? Et comment parvenir à rester présents et sereins même lorsque tout s’accélère et devient exigeant autour de nous?

«Car, pour moi, la clarté, la présence et l’énergie sont les superpouvoirs décisifs»

Si nous développons ces trois éléments, nous pouvons prendre de meilleures décisions, agir plus consciemment et exploiter notre potentiel même sous pression. Cela commencera cet automne avec TimeOut, une journée entière à l’OYM (à Zoug) durant laquelle nous accorderons justement de la place à ces thèmes.

Votre travail est destiné aux sportives et aux sportifs?
Pas seulement. Pour moi, tout le monde fait en réalité du sport de haut niveau. Une mère qui concilie famille et travail. Un CEO qui dirige une entreprise. Une infirmière qui travaille de nuit. Un sportif qui doit être performant chaque jour. Chacune et chacun a énormément de choses à porter. La question décisive est la suivante: comment puis-je gérer tout cela tout en conservant de l’énergie pour mes loisirs? C’est précisément sur ce point que nous pouvons beaucoup apprendre du sport de haut niveau. La résilience est un thème majeur: comment supporter des situations difficiles sans qu’elles nous détruisent?

«Et pour moi, ce n’est pas seulement de la théorie: ces derniers mois, je l’ai également vécu de manière très intense avec ma famille»
Le sélectionneur Patrick Fischer a déclaré "très content" de la performance globale de son équipe face à la France.
Patrick Fischer a passé dix ans sur le banc de la Nati. image: Keystone

Votre nom a souffert de l’affaire du faux certificat Covid? Difficile à dire. Je suis conscient que beaucoup de gens sont déçus par moi. J’ai commis cette falsification de document à l’époque pour les raisons que l’on connaît. Je n’en suis pas fier. Je comprends donc qu’il y ait des gens qui pensent: «Non, Fischer, je n’ai certainement pas envie de l’écouter…» Dans le même temps, ma famille et moi recevons énormément de marques de solidarité.

«Beaucoup de gens m’abordent dans la rue et ressentent un lien émotionnel avec moi»

J’en suis convaincu: si l’on dissocie la «marque» Fischer de l’histoire liée au Covid et que l’on se demande: que représente-t-il? Est-ce quelqu’un qui aide les gens à progresser? Alors je réponds à 100%: oui!

Vous allez revenir un jour dans le monde du hockey sur glace?
Je fais volontairement une pause. Nous verrons combien de temps elle durera. Tout ce que je sais, c’est que le hockey sur glace a toujours été mon hobby. On peut aussi parler de vocation. J’ai toujours été un explorateur. Quelqu’un qui a besoin de sortir, de découvrir de nouvelles choses. Toujours la même chose? Alors je m’ennuie à mourir.

On prend le pari: le hockey sur glace va bientôt vous manquer!
Certainement. Mais je me trouve désormais de l’autre côté de la bande, sur le terrain de jeu de la vie, si l’on veut. Je ne sais pas si je me retrouverai un jour à nouveau dans une patinoire. C’est possible, tout comme il est possible que cela n’arrive plus jamais. L’avenir nous le dira.

Il existe aussi d’autres fonctions dirigeantes passionnantes au sein d’un club.
C’est vrai. Pour être franc, il est même très probable que je rejoigne un club un jour. Comme conseiller ou dans une autre fonction. Cela pourrait aussi se produire dans un autre sport. Ce qui compte simplement pour moi, c’est de transmettre mes expériences. Je le fais désormais en premier lieu avec Team Fischer: un club viendrait ensuite, pas avant.

Vous avez dit que la résilience de toute la famille avait été mise à l’épreuve. Votre famille, elle a vécu comment la période entourant votre licenciement?
Nous avons tous totalement sous-estimé la dynamique de cette tempête. Beaucoup de gens vivent probablement la même chose: quand quelque chose nous arrive personnellement, on parvient d’une manière ou d’une autre à le gérer.

«Voir son entourage souffrir est plus difficile. Mes parents, ma femme, mon fils, mes amis. Ils ont tous été touchés eux aussi»

Et je le sais: tout cela, c’est moi qui l’ai provoqué. Ce n’est pas un sentiment agréable.

Patrick Fischer, côté privé

Pionnier suisse en NHL et esprit spirituel
Né le 6 septembre 1975, Patrick Fischer commence le hockey sur glace à l’âge de 3 ans. A 15 ans, il part seul au Canada. Comme professionnel, il évolue à Zoug, Lugano et Davos et devient deux fois champion de Suisse. Il dispute ensuite également une saison en NHL avec Phoenix. Après la fin de sa carrière, il découvre la spiritualité et s’accorde une pause dans la jungle péruvienne. Il devient ensuite entraîneur. D’abord à Lugano, avant de prendre les commandes de l’équipe nationale à la fin de l’année 2015.

En dix ans, Fischer conduit la Suisse à trois reprises en finale du Championnat du monde, avant d’être licencié le 12 avril 2026, peu avant le Mondial à domicile. Parce qu’il est révélé qu’il a falsifié un certificat Covid en 2021. Fischer est marié à la photographe Mädy Georgusis, leur fille Oceania a 6 ans. Tous trois vivent dans le canton de Lucerne avec Kimi, le fils de 25 ans que Fischer a eu d’un premier mariage, deux chats et un chien. (ewu)

Vous êtes-vous senti coupable?
Oui. J’ai commis une erreur et j’y ai repensé d’innombrables fois. Je suis désolé pour toutes les personnes qui ont dû souffrir à cause de moi. Cela a aussi été une période qui nous a mis à l’épreuve. Mais il était également beau de constater à quel point nous sommes restés soudés en tant que famille. Et à un moment donné, je me suis aussi dit: «Rien n’arrive par hasard. Tout a une raison».

Comme si ce licenciement «devait» arriver?
C’est toujours ainsi que je considère les choses. La plupart du temps, avec le recul, lorsqu’il s’agit d’événements pénibles, on finit soudain par comprendre: «Ah, cette évolution n’aurait pas eu lieu sans ce revers». C’est peut-être aussi le cas aujourd’hui.

Patrick Fischer pose chez lui, dans son salon.
Patrick Fischer pose chez lui, dans son salon. image: Image : Mädy Georgusis

La période juste après votre licenciement, vous l'avez vécue comment?
Il m’a fallu environ deux semaines pour l’accepter. Au début, j’étais encore sous le coup de l’émotion. Les joueurs et les entraîneurs se sont rebellés. Je me suis dit: «Ok, peut-être que je parviendrai encore à revenir derrière la bande».

Ce moment a donc réellement existé? Vous étiez convaincu qu’il y avait un moyen de revenir?
Oui, je l’ai réellement pensé. Notamment parce que l’indignation était très forte chez les joueurs et les entraîneurs, ainsi qu’auprès d’une grande partie des supporters. Mais à un moment donné, j’ai compris que ce n’était pas possible. J’ai alors également dit aux joueurs: «Laissez faire. Nous acceptons les choses comme elles sont.»

La lettre de Roman Josi vous a fait du bien?
Bien sûr. J’ai senti que les joueurs et le staff auraient vraiment aimé disputer ce Mondial à domicile avec moi. Mais le moment était venu de regarder vers l’avant. Je me suis également excusé par le biais de messages vidéo pour l’agitation et le drame que j’avais provoqués. Dans le même temps, le fait que la Suisse se retrouve à nouveau en finale du Championnat du monde ne m’a pas surpris.

Vous avez donc désormais retrouvé la paix intérieure? C’est ça. Je considère que notre histoire commune, longue de dix ans, est plus importante que la manière dont elle s’est terminée. J’ai eu droit à une belle conclusion, ici dans mon jardin, avec mon staff. Les joueurs m’ont offert un cadeau qui m’a fait très plaisir.

Lequel?
Peu importe (rires).

Dans votre première déclaration vidéo après votre licenciement, vous avez reproché à la SRF (la chaîne publique alémanique) d’avoir rompu un accord «off the record». Le nouveau directeur de la SRF, Roger Elsener, a déclaré dans une interview accordée à CH Media qu’il serait disposé à prendre un café avec vous: vous seriez ouvert à cette idée?
Absolument. Ecoutez, encore une fois: l’erreur initiale venait de moi. Ce que la SRF a fait de cette information, c’était sa décision. Et il faut l’accepter.

«Certaines voix m’ont conseillé: "Tu dois poursuivre la SRF en justice!" Non, jamais! Je n’en avais et n’en ai absolument aucune intention»

J’ai vécu beaucoup de beaux moments avec la SRF, de nombreux excellents journalistes y travaillent. Et grâce à nous, la SRF a pu transmettre à la population de nombreux moments émouvants que nous avons créés en tant qu’équipe. Si nous pouvions tous remonter le temps, nous changerions probablement tous certaines choses.

Vous n’attendez donc pas d’excuses?
J’irai boire ce café sans aucune attente.

Avec le recul, vous referiez exactement tout de la même manière?
Non. Il y a deux choses. Quand on a un esprit de pionnier, on avance beaucoup seul. J’ai souvent suivi ma propre voie. Durant cette période autour du Covid, j’ai écouté ce que me disait mon for intérieur. Je voulais décider moi-même de ce qui entrait dans mon corps et de ce qui n’y entrait pas – et je l’assume encore aujourd’hui. Mais suivre ma voie à 100% aurait signifié dire: «Je ne vais pas aux Jeux olympiques en Chine». J’ai essayé de concilier les deux – et je ne referais certainement plus les choses ainsi.

Et la deuxième?
Après le fameux déjeuner, nous aurions malgré tout dû chercher le dialogue avec la SRF. «Nous comprenons votre problème, vous comprenez le nôtre: trouvons une solution». En interne, nous avions prévu que je communique sur le faux certificat Covid après le Championnat du monde. Je pense que nous aurions pu désamorcer la situation. Cette erreur est clairement venue de notre côté.

Les choses se sont passées comme elles se sont passées. Si vous prenez du recul, vous estimez que votre licenciement était justifié?
Disons-le ainsi: mon licenciement n’a pas été une surprise. Bien sûr, mes patrons m’ont d’abord dit: «Raconte ce qui s’est passé, nous te soutenons». Mais avec toute la dynamique qui s’est créée, j’ai rapidement compris que cela devenait compliqué. Ensuite est encore venue s’ajouter – également par ma propre faute – l’histoire de mon délit routier. Je demandais quasiment tous les jours à notre responsable des médias: «A ton avis, quelle est la situation tout en haut? Me soutiennent-ils encore?» Ils auraient pu imposer mon maintien.

«Mais j’en suis conscient: j’ai porté atteinte à la fonction de sélectionneur national»

Vous avez assisté à la finale du Championnat du monde depuis les tribunes.
Exactement. Les joueurs m’ont dit que ce serait vraiment génial si nous pouvions fêter ensemble le titre mondial dans le vestiaire. Je me suis mis sur mon trente-et-un (rires). Nous sommes entrés dans la patinoire par l’arrière, quasiment par des passages secrets, puis avons pris un ascenseur pour rejoindre une loge. J’étais absolument certain que cette fois, ça allait marcher.

Patrick Fischer a regardé la finale du Mondial 2026, à Zurich, dans une loge avec sa femme Mädy.
Patrick Fischer a regardé la finale du Mondial 2026, à Zurich, dans une loge avec sa femme Mädy. image: dr

C'était particulièrement amer pour vous de voir, de l’extérieur, la Suisse perdre une troisième finale consécutive au Mondial? Ou avez-vous même pensé: «Au moins, je n’ai plus à vivre ça comme entraîneur»?
J’étais plus ému dans les tribunes que derrière la bande. J’étais furieux. Ça m’a énervé. Et j’étais simplement désolé pour les joueurs. Je pensais vraiment que la même histoire que lors des deux dernières années – perdre sans marquer – ne nous arriverait plus. Mais personnellement, la pire défaite de ces dix années reste celle du quart de finale olympique contre la Finlande.

Pourquoi?
Pour moi, en tant qu’entraîneur de hockey sur glace, ces Jeux de 2026 représentaient le sommet sur le plan sportif. Les meilleurs joueurs de toutes les nations étaient présents. Nous menons 2-0 contre la meilleure équipe finlandaise et nous la maîtrisons totalement. Et puis nous finissons quand même par perdre.

«Ça m’a tellement énervé. J’ai vraiment eu besoin de prendre mes distances ensuite»

De quelle manière?
Je n’avais plus aucune envie de vivre ces émotions. Je n’ai pas pu regarder la fin du tournoi olympique de hockey sur glace. Cette défaite m’a vraiment atteint. Et puis, la Coupe du monde de football me l’a douloureusement rappelé…

epa12135796 Switzerland's head coach Patrick Fischer with his silver medal after the IIHF Ice Hockey World Championship final match between Switzerland and the USA at Avicii Arena in Stockholm, S ...
Patrick Fischer a mené la Suisse à trois finales du Mondial. A chaque fois perdues. image: Keystone

C'est-à-dire?
Lors du huitième de finale entre l’Egypte et l’Argentine. Il est arrivé pratiquement la même chose aux Egyptiens. Ils menaient 2-0, et ont quand même fini par perdre.

Vous avez suivi attentivement les matchs de la Suisse?
Oui. Beaucoup. Et laissez-moi le dire clairement: je suis enthousiaste. Ce que la Suisse a montré, c’était énorme. Tactiquement, la Nati était, avec l’Espagne, la meilleure équipe du tournoi. Personne n’a trouvé de solution contre nous! Et puis une seule décision survient et le tournoi est terminé. C’est très amer.

En tant qu’entraîneur, comment vous remonteriez le moral d’Embolo après son carton jaune-rouge?
Toute l’équipe peut le soutenir. L’entraîneur aussi. Mais il doit désormais, en tant qu’être humain, faire ce travail sur lui-même. Je pense que ce ne sont pas les premiers obstacles émotionnels qu’il rencontre dans sa vie. Il surmontera également celui-ci et en ressortira plus fort.

Revenons à vous. Vous sentez que vous êtes moins sous tension?

La porte s’ouvre. Oceania, la fille de Patrick Fischer, entre dans le salon accompagnée d’un chien.

C’est le nouveau membre de notre famille, Ilios.

Il est arrivé comment chez vous?
Ma femme Mädy a des racines grecques. Toute sa vie, elle est tombée amoureuse des chiens dans les rues de Grèce. C’était pareil pour moi. Et comme nous savions que, dès cet été, je ferais une pause, nous nous sommes dit que c’était le bon moment pour accueillir un chien chez nous.

Patrick Fischer avec son chien Ilios.
Patrick Fischer avec son chien Ilios. image: Mädy Georgusis

Vous voilà donc désormais également mis à contribution comme éducateur canin.
Et comment! Mais il se débrouille à merveille.

Vous avez été sélectionneur national pendant un peu plus de dix ans. Vous retenez quoi de cette période?
Enormément de choses. Nous avons amené le hockey sur glace suisse là où il n’avait encore jamais été. Trois finales de Championnat du monde, des victoires contre les plus grandes nations. Ce n’est pas mon œuvre, c’était celle d’une équipe pendant dix ans.

«Et durant cette période, j’ai appris ce qui rend réellement les gens forts»

Ce n’est pas la tactique. C’est leur manière de gérer la pression, les revers, et leurs relations les uns avec les autres.

Adaptation en français: Yoann Graber

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