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Hockey sur glace

Hockey: MySports cartonne, mais a un conflit d'intérêt

Tigers Harri Pesonen, links, im TV Interview mit Jann Billeter von MySports nach dem Eishockey-Qualifikationsspiel der National League, zwischen den SCL Tigers und den ZSC Lions, am Montag, 9. Maerz 2 ...
La National League est diffusée exclusivement sur les chaînes de télévision privées.Image: keystone

Derrière le boom de la chaîne MySports, un «scandale» qui dérange

La chaîne TV privée, qui appartient à Sunrise, cartonne en diffusant la National League. Mais son image est ternie par un conflit d'intérêt.
13.04.2026, 11:4313.04.2026, 11:43
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg

Il paraissait impensable qu’un sport important à l’échelle nationale puisse exister, et encore moins se développer, sans la moindre seconde d’images en direct à la télévision publique (la RTS en Romandie).

Mais voilà: la National League de hockey sur glace ne s’est pas seulement affranchie juridiquement de la fédération. Elle a pris l’énorme risque de s’en remettre entièrement à des chaînes privées. D’une part au diffuseur payant MySports (propriété de Sunrise), qui retransmet tous les matchs en direct, et d’autre part à des chaînes privées gratuites (TV 24, 3+, Tele Ticino, La Télé, Léman Bleu, TéléBielingue) dans trois langues nationales. Elles diffusent environ 60 matchs sélectionnés de la saison régulière, au moins une rencontre par tour de play-off, ainsi que tous les actes de la finale.

Jesse Puljujaervi (GSHC), left, vies for the puck with Simon Seiler (HCFG) #5 and Christoph Bertschy (HCFG), right, during the fifth leg of the National League semifinal playoff game of the Swiss Cham ...
La demi-finale des play-off entre Gottéron et Servette a pu être suivie uniquement sur des chaînes privées. image: Keystonekong

Les inquiétudes étaient grandes: la National League vendait son âme – autrement dit sa visibilité – et allait perdre massivement en audience. Avec des conséquences fatales pour sa commercialisation. Or, à la quatrième année de ce modèle, le constat est clair: il est possible qu’un match de finale des play-off diffusé sur le service public atteigne une audience plus élevée. Mais, cumulées sur l’ensemble de la saison, la visibilité et la portée sont nettement supérieures avec ce modèle. Autrement dit: la National League n’a plus besoin du service public, la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision).

Les matchs de l’équipe nationale, les Championnats du monde, les Jeux olympiques et la Coupe Spengler restent, eux, diffusés par la RTS.

Qualité élevée et formidable affaire

Un facteur clé de la réussite des chaînes privées réside dans la qualité élevée. Les images télévisées comptent parmi les meilleures que l’on puisse voir en hockey sur glace. A cela s’ajoute le fait que les commentateurs de MySports sont très, très bons, au moins au niveau de leurs homologues du service public – certains étant même meilleurs. Ils allient compétence technique, aisance linguistique et sobriété agréable: ils ne cherchent pas en permanence à décrire ce que le téléspectateur voit déjà. Ils accompagnent plutôt les images avec des compléments bien choisis et informatifs.

Stéphane Rochette, ancien arbitre, est l'un des consultants phares sur l'antenne romande de MySports.
Stéphane Rochette, ancien arbitre, est l'un des consultants phares sur l'antenne romande de MySports. image: capture d'écran x

Pour la National League, MySports est une formidable affaire: jusqu’en 2035, environ 30 millions de francs par an affluent dans les caisses de la ligue. Et celle-ci connaît un essor remarquable, notamment grâce à cette présence télévisuelle exhaustive que seules des chaînes privées peuvent offrir. Désormais, la première division enregistre année après année de nouveaux records d’affluence.

La retransmission en direct de tous les matchs n’empêche pas les fans de se rendre au stade. Au contraire: ces diffusions confèrent aux rencontres un caractère événementiel qui pousse les supporters à se dire «Je veux y être, je dois y être!»

Reste à savoir si les investissements colossaux (environ 30 millions par an) sont rentables pour MySports et Sunrise. Interrogé à ce sujet, le directeur de MySports, Matthias Krieb, affirme que le développement n’est pas aussi rapide qu’espéré, mais qu’il est constant et recèle un important potentiel de croissance. Les dirigeants des chaînes payantes ne communiquent jamais de chiffres précis sur les abonnés, les recettes ou les dépenses – et n’y sont pas tenus.

Die Choreographie der Fribourg Fans waehrend die Rapperswil's Spieler auf's Eis kommen, vor dem ersten Playoff-Viertelfinalspiel der National League zwischen dem HC Fribourg Gotteron und SC  ...
Avoir l'intégralité des matchs à la TV n'empêche pas les fans de venir à la patinoire, comme ici à Fribourg. Image: KEYSTONE

En réalité, le potentiel de développement est sans doute élevé : la télévision linéaire – c’est-à-dire la télévision classique, diffusée à horaires fixes selon une grille prédéfinie (que l’on doit regarder au moment de la diffusion) – n’a plus d’avenir qu’avec le direct. Autrement dit avec des événements que l’on veut voir au moment où ils se produisent. Il s’agit principalement des retransmissions sportives en direct. Et les matches de hockey en font partie.

Un conflit d'intérêt inacceptable

Cependant, le succès de MySports s’accompagne d’un parfum de soufre piquant du côté de l'antenne alémanique. Aucun autre diffuseur sportif au monde n’emploie, au cœur de son équipe d’experts, un agent de joueurs actif dans la ligue qu’il couvre. Nulle part ailleurs de telles situations ne sont tolérées. Le conflit d’intérêts est tout simplement trop important. C’est à peu près comme si le responsable des ventes de la Coop intervenait comme expert dans une émission de consommation critique et indépendante de la RTS.

Sven Helfenstein (de l'agence Helpstone Sport Consulting) représente de loin le plus grand nombre de joueurs en National League et intervient régulièrement comme expert «neutre» dans l’équipe principale de MySports. Il s’agit d’une violation flagrante de toutes les règles de «bonne gouvernance» dans ce secteur. L’influence qu’un agent peut exercer en tant qu’expert télévisé sur les dirigeants de clubs est réelle. Par définition, cet agent ne peut pas être neutre.

Sven Helfenstein
Sven Helfenstein, agent de joueurs et expert TV chez MySports.Image: Sven Helfenstein

Certes, un agent ne signe pas lui-même les contrats – mais tout est affaire d’influence: si je veux convaincre un directeur sportif de recruter «mon» joueur ou de prolonger son contrat à de meilleures conditions, il est extrêmement utile de pouvoir, en tant qu’expert «neutre», donner un petit coup de pouce et faire sa propre promotion. Ou pire encore: exercer une pression sur un club par le biais de critiques. C’est pourquoi un agent de joueurs en tant qu’expert TV est inacceptable dans toute autre ligue ou chaîne au monde.

En plus, Sven Helfenstein est redouté par les directeurs sportifs comme un «faiseur de prix». Il représente les intérêts de plus de 160 joueurs (!) dans les deux plus hautes ligues nationales, avec des stars comme Ramon Untersander, Mirco Müller, Michael Fora, Lukas Frick ou Ken Jäger. Mais aussi des juniors qu’il tente de faire accéder à un contrat professionnel et à une place dans une équipe. Autre élément problématique, également contraire aux règles de ce milieu et strictement interdit en Amérique du Nord: Sven Helfenstein représente aussi des entraîneurs (notamment Thierry Paterlini).

SCL Tigers Cheftrainer Thierry Paterlini waehrend dem Eishockey-Meisterschaftsspiel der National League zwischen den Teams EHC Kloten und SCL Tigers am Freitag, 12. Januar 2024, in Kloten. (KEYSTONE/P ...
Thierry Paterlini, coach de Langnau, est représenté par Sven Helfenstein.image: Keystone

MySports répond

Il est également difficilement acceptable qu'un membre du conseil d’administration d’un club de National League intervienne régulièrement comme expert neutre. En l'occurence Ueli Schwarz (HC Bienne). Certes, Schwarz n’est pas impliqué dans les activités quotidiennes du hockey. Comparé à Sven Helfenstein, son conflit d’intérêts est donc négligeable. Mais il reste problématique.

Interrogé à ce sujet, Rolf Ziebold, porte-parole du propriétaire de MySports, Sunrise, minimise le rôle de Sven Helfenstein:

«Lors des émissions, son rôle d’agent de joueurs est régulièrement mentionné – par exemple de manière adaptée à la situation, lorsqu’il évoque l’un de ses clients. La transparence est assurée à la fois à l’antenne et en permanence via le site internet.»

Sven Helfenstein refuse, quant à lui, de se prononcer personnellement:

«Dans ce contexte, Sven Helfenstein est un collaborateur indépendant de MySports et ne fait donc pas de déclaration séparée»

Une situation qui fait «scandale» et une omerta

Il s’agit d’une minimisation difficilement crédible (ou d’une naïveté?) d’un problème qui ne suscite pas seulement de l’agacement parmi les dirigeants de clubs, mais aussi de l’indignation, voire de la colère, et qui nuit à la crédibilité et au sérieux de MySports. Des représentants de clubs parmi les plus influents et respectés parlent unanimement de «scandale» et de «situation totalement inacceptable».

Pourtant, personne ne sort du bois. Personne ne veut entrer en conflit avec le diffuseur principal, ni mordre la main qui nourrit la ligue à hauteur de plus de 30 millions par an. Et encore moins se confronter à l’agent de joueurs le plus puissant du pays, dont tous dépendent au quotidien. Chacun garde le poing dans la poche. Le silence des impuissants.

Pour le téléspectateur, ces «circonstances scandaleuses» sont sans doute relativement secondaires. Le mécontentement envers certains visages de la télévision, auxquels on prête telle ou telle préférence pour un club ou un joueur, existe depuis l’invention du direct. Et le fait que certains experts manquent à la fois d’informations privilégiées et de sens du spectacle n’a guère d’importance: tout ce petit jeu de plateau est en réalité une dépense inutile sans impact sur les audiences. Ce qui compte, ce sont de bonnes images en direct et des commentateurs compétents.

Mysports Experte Alex Chatelain, der ehemalige HCD Spieler Andres Ambuehl, und Moderatorin Daniela Milanese, von links, im Eishockey Spiel der National League zwischen dem HC Davos (HCD) und den ZSC L ...
Andres Ambül (au centre), légende du HC Davos, a été invité sur le plateau de MySports. Image: keystone

MySports est une formidable success story télévisuelle. Mais parce que la rédaction se moque des règles de conformité en vigueur dans le secteur, le parfum de soufre est piquant.

Adaptation en français: Yoann Graber

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