Bencic a changé une chose cruciale dans son entraînement
Belinda Bencic s'est qualifiée pour le troisième tour de Roland Garros ce mercredi, en battant l'Américaine Catherine McNally (6-4, 6-0). Elle défiera une autre représentante des Etats-Unis, Peyton Stearns (WTA 78).
Avant le tournoi parisien, watson s’est entretenu avec la star du tennis féminin suisse, actuelle 11e joueuse mondiale et championne olympique en 2021 à Tokyo.
Vous êtes devenue mère en avril 2024. En quoi votre vie et votre carrière ont changé?
C’est évidemment un grand changement. Je crois que je ne peux même plus imaginer comment c’était avant. Cela a fait énormément de bien à mon tennis. Je ne m’attendais pas à ce que le comeback se passe aussi bien et à pouvoir rejouer si vite à un aussi haut niveau. D’un autre côté, voyager est devenu plus fatigant et plus compliqué, mais rien d’impossible. Nous sommes suffisamment spontanés pour réussir à tout gérer sur le plan logistique.
Et votre regard sur le sport, il a changé?
Oui, mon regard a clairement changé. Je prends tout un peu plus «easy». J’ai moins de stress. Quand je suis sur le court et que je joue, je me mets automatiquement moins de pression, parce que je sais qu’il existe des choses plus importantes dans la vie que le tennis. Je crois que je peux désormais beaucoup mieux séparer ma vie privée de ma vie de joueuse.
Et votre quotidien sur le circuit, vous le prenez aussi plus «easy»?
Je m’entraîne certainement moins qu’avant, mais de manière beaucoup plus productive. Parfois, j’ai l’impression d’être moins professionnelle qu’avant, même si ce n’est pas le cas.
Cela m’aide davantage, parce qu’avant, j’en voulais trop, je me préparais trop et je pensais trop au match. Je voulais simplement beaucoup trop bien faire et cela devenait presque contre-productif.
Vous réussissez comment à concilier le quotidien du circuit et votre fille Bella?
Quand nous sommes en tournoi, mon mari est toujours là et s’occupe de Bella 24 heures sur 24. Parfois, ma mère ou occasionnellement ma belle-sœur s’en occupent aussi. Toute notre famille nous aide énormément. Dès que je quitte le court, je ne suis plus joueuse de tennis, je suis simplement maman, et cela me convient parfaitement ainsi. C’est très naturel.
Vous dites vous entraîner moins, mais réussir malgré tout à performer. Vous avez effectué un travail mental pour être aussi prête sur le court?
Oui, bien sûr, il y a eu un changement mental. J’ai dû accepter que les choses soient désormais différentes et que mes conditions aient changé. Chez nous, il était clair, pour mon mari et moi, que notre fille serait la priorité absolue.
Les résultats ne sont pas secondaires, mais ils ne sont plus la priorité numéro un.
Justement, en parlant de résultats: dans l’ensemble, il vous manque encore un exploit cette saison, comme un titre.
Si je disputais par exemple un tournoi à 60 000, 100 000 ou 125 000 dollars (tournois de catégories inférieures que le circuit WTA), les titres viendraient, mais ce n’est pas cela qui compte. Je me concentre sur le classement, je veux entrer dans le top 10 mondial et être constante. C’est pourquoi je me focalise davantage sur le fait de prendre de bons points dans les tournois. Je ne veux pas jouer trop de tournois non plus, mais bien planifier ma saison. Le fait que j’aie remporté deux titres l’année dernière est devenu une sorte de standard. Mais au tennis, il est difficile de planifier ce genre de choses.
Autour de Roland-Garros, il y a récemment eu de grandes discussions sur les prize money. Les joueuses et joueurs réclament une plus grande part du gâteau et ont même évoqué de possibles grèves. Quelle est votre position?
Le momentum est clairement de notre côté. Les joueuses et les joueurs commencent à davantage défendre leurs intérêts. Ce sujet n’est pas nouveau, c’est depuis longtemps une épine dans le pied. Les professionnels du tennis sont souvent mal compris. On dit toujours que nous gagnons bien notre vie et même trop bien. Mais il ne s’agit pas de ceux qui gagnent trop, il s’agit des joueurs qui font partie du top 150 mondial et qui ne peuvent même pas se payer un entraîneur, sans parler d’un physiothérapeute. Je pense que c’est cela, le vrai sujet.
Nous ne voulons pas plus d’argent, nous voulons simplement une plus grande part du gâteau, afin qu’une plus grande partie puisse aussi être redistribuée aux joueurs moins bien classés. Nous ne demandons pas non plus 50 % comme dans d’autres sports, mais seulement 22 %.
Et les revendications ne tournent pas uniquement autour d’une augmentation des prize money.
Nous estimons que nous devrions de manière générale avoir un rôle plus important. Il est aussi question de programmes de protection sociale comme le congé maternité ou une retraite pour les joueuses et joueurs, pour lesquels les tournois du Grand Chelem pourraient également aider.
Je pense qu’il est simplement important que nous soyons également consultés et que nous n’apprenions pas ces choses uniquement par les médias.
Pour conclure, revenons à vos résultats. Ce qui vous manque encore, c’est un titre du Grand Chelem. Vous êtes convaincue qu'il va venir? Ou vous pourriez quand même être fière de votre carrière si vous n’atteigniez jamais ce grand objectif?
Les deux. Je continuerai certainement à rêver jusqu’à la fin de ma carrière et à croire que je peux remporter un titre du Grand Chelem. Même si je n’y parviens pas, cela ne changera rien à ma carrière: j’aurai accompli autant de choses et je me serai donnée tout autant. Cela ne me définirait pas, mais ce serait évidemment un rêve. Chaque joueuse et chaque joueur de tennis aimerait gagner ce titre. Il faut tout donner jusqu’au bout et ensuite voir jusqu’où cela nous mène.
Adaptation en français: Yoann Graber
