Le gardien de Saint-Gall a vécu deux scènes lunaires en finale
Saint-Gall menait 1-0 (but dès la 8e minute), maîtrisait son sujet et dominait le Stade Lausanne Ouchy. Ses nombreux fans chantaient à pleins poumons, de manière continue, certainement sûrs de gagner cette finale. On jouait alors la 44e minute et on ne voyait rien qui puisse empêcher les Brodeurs de filer vers un premier sacre en Coupe de Suisse depuis 1969. Ni même le courage des joueurs du SLO, pensionnaires de deuxième division, trop timorés offensivement pour créer l'exploit face au 2e de Super League.
Mais voilà. «Le hockey sur glace est un sport imprévisible joué sur une surface glissante», a coutume d'écrire notre illustre collègue de watson Klaus Zaugg, pour souligner le côté parfois hasardeux du hockey. Le football l'est moins (il n'y a pas de rebond sur les bandes, par exemple, et le ballon va moins vite que le puck). Mais il l'est aussi parfois. Surtout sur gazon synthétique, comme au Wankdorf ce dimanche, une surface qui glisse davantage que la vraie herbe. Et ce coup du sort a bel et bien eu lieu à Berne. Lors de cette fameuse 44e minute. Et il aurait pu tout changer dans ce match.
Lukas Watkowiak, le gardien de Saint-Gall, est en possession du ballon. Il est pressé par l'attaquant du SLO, Vasco Tritten, mais tarde à dégager. Et puis c'est le drame. Le portier panique et tire directement sur son adversaire. Celui-ci contre le ballon et part seul au goal. Ça va faire 1-1. Consternation. L'erreur du portier est énorme. Mais Watkowiak retrouve très vite sa lucidité et arrache quasiment par derrière le short de Vasco Tritten, pour retenir l'attaquant. Le Vaudois tombe. Le Saint-Gallois est expulsé. Il rentre au vestiaire, juste derrière sa cage, tête baissée.
La scène en vidéo
Le match est complètement relancé: le Stade Lausanne Ouchy va pouvoir jouer toute la deuxième mi-temps à 11 contre 10. Avec, donc, de bonnes chances d'égaliser. Le héros malheureux de cette finale est tout trouvé. Cruel pour Watkowiak, qui n'avait eu aucun arrêt à faire. D'autant que l'Allemand n'est pas le numéro 1 habituel dans la cage du FCSG: il n'a été aligné que pour les rencontres de Coupe, Lawrence Ati Zigi étant le titulaire indéboulonnable en championnat.
Mais le SLO ne parviendra jamais à emballer cette partie et ne reviendra jamais. Pire: les Stadistes encaissent le 2-0 à la 65e sur un penalty très généreusement accordé. Puis le 3-0 dans les arrêts de jeu. De héros malheureux, Lukas Watkowiak devient héros tout court. C'est lui qui a empêché le SLO d'égaliser en déshabillant littéralement Vasco Tritten, geste salvateur qui a suivi sa bourde.
La suite de la partie lui a donné raison de retenir son adversaire, quitte à se faire expulser. Même si le commentateur de la RTS, Jérémie Henriod, et son consultant, Raoul Savoy, lançaient un débat intéressant sur le moment au micro: à la place de Watkowiak, eux auraient préféré laisser Tritten aller égaliser, mais jouer à 11 contre 11 la suite du match. Pas sûr, toutefois, que les supporters saint-gallois auraient accepté une non-réaction de leur dernier rempart suite à son incroyable bévue...
Le gardien allemand de 30 ans a vécu un sacré ascenseur émotionnel dans cette finale: au fond du bac après son expulsion, il a été célébré par les fans juste après le coup de sifflet final. Dans ce qui restera l'une des images de cette finale.
Avant même la remise du trophée, le colosse de 197 cm est monté au milieu des ultras saint-gallois, dans l'anneau supérieur du Wankdorf, derrière la cage. Il était en compagnie de Lawrence Ati Zigi, qui l'a donc remplacé après son expulsion. Les deux hommes – toujours en équipement – ont été célébrés et congratulés par les supporters, et le charismatique Zigi a même lancé les chants.
La scène en vidéo
C'est très rare de voir des footballeurs monter directement en tribune pour fêter au milieu des spectateurs et se fondre dans cette véritable marée humaine. Et le symbole est fort, les deux gardiens étant très liés au FC Saint-Gall: ils y évoluent tous deux depuis 2020. Et Lukas Watkowiak a toujours accepté d'être la doublure de son collègue ghanéen.
C'est certain: avec ce premier titre majeur pour le FCSG depuis 2000 (championnat), le gardien allemand va bien mieux dormir que si sa bourde avait préterité son club...
