C’est quoi cette histoire de pisse qui secoue le Giro?
Tout a commencé par un simple rappel à l’ordre de l’Union cycliste internationale (UCI), dans une note adressée aux coureurs après la 9e étape du Tour d’Italie, riche en amendes. L’instance leur demandait de ne plus uriner dans les bidons qu’ils jettent ensuite sur la route, sous peine d’être sanctionnés.
«Afin de respecter l’image du cyclisme et du Giro d’Italia, l’organisateur et le collège des commissaires informent tous les coureurs qu’il est strictement interdit d’uriner dans un bidon puis de le jeter», a ainsi écrit l'UCI.
Uriner en course est devenu un exercice difficile. D’abord parce que les pauses collectives sont moins fréquentes, le peloton roulant toujours plus vite. Ensuite parce que la pratique est très encadrée: il est interdit de le faire devant les fans installés en bord de route ou les caméras de télévision.
Alors, selon les commissaires, certains professionnels auraient trouvé la parade en urinant dans un bidon vide, puis en le jetant, vidé ou non, sur la route. Or les bidons sont précieusement collectés par les enfants. Pour éviter tout dégoût et soigner l’image de la discipline, l’UCI a donc décidé de réagir.
Les coureurs ont été les premiers surpris par le message de l’Union cycliste internationale, cette pratique étant loin d’être généralisée. Puis, très vite, les langues se sont déliées. Il n’y aurait en réalité qu’un adepte du pipi dans le bidon.
«Ça n’arrive pas souvent. Je ne l’ai jamais fait moi-même, et je ne connais en fait qu’un seul coureur qui le fait: Victor Campenaerts. Je pense qu’il a inventé le concept, car il le faisait déjà chez Lotto», a déclaré le coureur de XDS Astana, Arjen Livyns, au Nieuwsblad. «Je ne cite pas de nom, mais V.C. est l’expert dans ce domaine», a ajouté Oliver Naesen (Decathlon CMA CGM).
Campenaerts a d’abord joué les ignorants, faisant semblant de ne pas connaître cette pratique, avant de concéder jeudi sur ses réseaux sociaux: «Ma solution est de pisser dans le bidon pour ne pas le faire dans le jardin de quelqu’un ou sur les gens au bord de la route. L’accusation d’être l’inventeur est peut-être juste. Mais c’est interdit maintenant, donc vous ne me verrez plus faire ça».
Les coéquipiers de Victor Campenaerts chez Visma-Lease a Bike ont réagi avec compréhension et ont dédramatisé cette pratique. «Si quelqu’un voyait ce qu’il se passe, je pense qu’il serait en admiration devant l’adresse, la propreté et l’hygiène», a notamment déclaré Sepp Kuss au sujet de cet exercice, il est vrai difficile, surtout dans un peloton compact. «Personnellement, je ne le fais pas. Mais c’est mieux que de pisser devant des gens, je dirais, parce qu’ils ne peuvent pas voir votre truc», a ajouté son leader Jonas Vingegaard.
Campenaerts ayant lui-même sifflé la fin de cette pratique, les spectateurs suisses présents au bord de la route lors de la 16e étape du Giro, mardi entre Bellinzone et Carì, pourront récupérer les bidons sans mauvaise surprise à l’intérieur.
(roc)
