Voulez-vous vraiment une ligue fermée en National League?
La HC Ajoie est officiellement maintenu en National League, et il peut dire merci au HC Sierre.
Non autorisé à monter en première division, le club valaisan a battu le HC La Chaux-de-Fonds, dernier candidat à la promotion, 4-1 mardi à Graben, et remporté du même coup la finale de Swiss League en cinq actes. Le HCC devra encore patienter avant de disputer un nouveau barrage.
Ce résultat signifie que le HC Ajoie a achevé une cinquième saison consécutive à la dernière place de National League sans connaître la relégation, ou plutôt une quatrième si l’on fait exception de son premier exercice, durant lequel aucune descente n’était prévue en raison de la réorganisation du championnat.
A la longue, ces maintiens successifs des Ajoulots, malgré leurs contre-performances dans l’élite, donnent l’impression que la National League est ou se dirige vers une ligue fermée.
Pour rappel, la dernière relégation d’un club en deuxième division remonte à la saison 2017/2018, lorsque Kloten avait cédé sa place à Rapperswil à l'issue d'un barrage âprement disputé. Les deux accessions qui ont suivi (Ajoie en 2021 et Kloten en 2022) n’ont été prononcées que pour porter la ligue de douze à quatorze équipes.
Bien sûr, hockey et ligue fermée sont étroitement liés, cette discipline étant née en Amérique du Nord, où le modèle est solidement ancré. Il va toutefois à l’encontre de la culture sportive européenne, historiquement attachée au principe de promotion et de relégation.
Officiellement, la National League n’est pas un championnat fermé, puisqu’un barrage de promotion-relégation permet à l'équipe couronnée en Swiss League de défier le perdant du play-out. Cependant, il se joue au meilleur des sept matchs, un format qui avantage le club défendant sa place dans l’élite.
Et parfois, le barrage n’est même pas disputé, comme cette année ou il y a deux ans, alors que le champion souhaitait pourtant tenter sa chance.
Pour La Chaux-de-Fonds en 2024 et Sierre en 2026, ce n’est donc pas le club qui a freiné ses ambitions, mais bien la commission des licences, ayant durci ses critères «en matière d’infrastructure, de sécurité et de rentabilité», comme le soulignait un communiqué du HCC.
L’éventuelle annulation du barrage semble également résulter de la stratégie des clubs de National League en difficulté, qui prêtent des joueurs aux équipes de Swiss League n’ayant pas fait les démarches pour obtenir une licence ou dont la demande a été rejetée.
Début février, Ajoie a ainsi prêté Emils Veckaktins à Sierre sous licence B. Quelques jours plus tôt, le club valaisan avait enregistré l'arrivée de Snake Olmo Pietro, sous contrat avec Ambri. Les Jurassiens et les Tessinois se sont ensuite affrontés en play-out, tout en soutenant à distance le HC Sierre renforcé par leurs joueurs.
Lorsque le barrage peut enfin être organisé, son format au meilleur des sept matchs tend, comme indiqué précédemment, à avantager le «grand» de National League. Le «petit» de Swiss League est certes capable de réaliser un ou deux exploits. Mais remporter quatre matchs, dont au moins un à l’extérieur, constitue immédiatement un défi plus important.
Historiquement, le barrage de promotion-relégation n’a pas toujours favorisé les clubs de l’élite. Au début de la LNA, soit à partir de 1937, le duel se jouait sur un match sec, parfois sur terrain neutre. Le format aller-retour n'est apparu qu’en 1961.
Plus tard, dans les années 1980 et 1990, la poule de promotion-relégation regroupant des clubs de LNA et de LNB a aussi régulièrement été retenue. Ce format serait aujourd'hui inadapté, faute de candidats à la montée.
La LNA a également appliqué autrefois des relégations systématiques, comme c’est le cas aujourd’hui en Swedish Hockey League. Ou encore en Deutsche Eishockey Liga depuis 2020/2021, après quinze années de fermeture complète du championnat. Avec un tel format, le HC La Chaux-de-Fonds et le HC Sierre auraient déjà retrouvé la première division.
En Allemagne, le club le moins bien classé à l’issue de la saison régulière est directement relégué, un système qui existait ici dans les années 1960. En Suède, la lanterne rouge dispute une série de relégation contre l’avant-dernier du championnat, un format similaire à celui instauré en Suisse en 1993/1994. Dans les années 1970, la LNA avait également mis en place une poule de maintien pour déterminer l’équipe reléguée.
Durant les années 1980, certaines saisons ont aussi vu la relégation de deux clubs, un modèle permettant au finaliste des play-offs de LNB d’accéder à la première division. Ce qui nous amène au point suivant.
Enfin, une dernière question se pose: en cas de ligue fermée, combien de clubs doivent y participer? Il s'agit ici de déterminer si les formations les plus solides de deuxième division doivent être intégrées au championnat. Cette décision pourrait alors entraîner la suppression de cette Swiss League «en trop», et confrontée à de sérieuses difficultés, et provoquer une réorganisation totale du hockey suisse, à l’heure des discussions sur l’avenir de l’antichambre de la National League.
