Gottéron est sacré grâce à ces quatre facteurs
Quelle fin à la fois dramatique et absurde: Calle Andersson a expédié le puck au-dessus du plexiglas et cette pénalité permet à Lucas Wallmark d’inscrire le but historique qui offre à Gottéron, après 65:56 minutes – en prolongation donc – le premier titre de son histoire.
Le sort est donc conjuré, les démons sont vaincus: Gottéron, fondé en 1937, promu dans l’élite en 1980, décroche pour la première fois le titre. Les «sans-titre», qui avaient auparavant perdu quatre finales, peuvent enfin être sacrés champions.
Gottéron n’avait pas entamé cette saison comme un favori évident au titre. Tout au plus comme l’un des nombreux prétendants. Avec toujours cette remarque en guise de refrain: «De toute façon, ils ne seront jamais champions.» Ils avaient d’ailleurs échoué en 1992, 1993 et 1994. Avec Slava Bykoy et Andreï Khomoutov, alors deux des meilleurs attaquants du monde.
Pourquoi ce triomphe n’arrive-t-il que maintenant? Parce que plusieurs facteurs se sont réunis de manière presque miraculeuse, y compris lors de ce 7e et ultime match.
A-t-on déjà vu un meilleur exemple du fait que l’esprit d’équipe peut triompher de toutes les difficultés? Probablement pas. Avec passion, ténacité et courage, Gottéron a compensé les absences de son «ministre de la défense» Andrea Glauser et de son meilleur compteur Sandro Schmid, tous deux vice-champions du monde.
Point décisif: l’entraîneur Roger Rönnberg n’a jamais replié son équipe dans une forteresse défensive. Gottéron a conquis ce titre avec un hockey spectaculaire, intense, «total», une véritable «fuite en avant». Les défenseurs sont devenus attaquants, les attaquants, selon les situations, défenseurs. A chaque match, l’une des deux équipes a tiré plus de 30 fois au but, et même plus de 40 à deux reprises. Cela ne s’était encore jamais vu.
Les quatre facteurs clés
Premièrement, les émotions. Pour la légende du club Julien Sprunger, c’était, après plus de 1 000 matchs, la dernière danse avec Gottéron. La force qui émane de tels moments est souvent sous-estimée au hockey. Larmes de triomphe, larmes d’adieu.
Deuxièmement, l’entraîneur Roger Rönnberg. Pour sa première saison, il a immédiatement accompli l’impossible en remportant le titre. Il est, d’une certaine manière, la réponse suédoise à Patrick Fischer: tout comme notre ancien sélectionneur national avait affiché d’emblée l’objectif du titre mondial, le Suédois a annoncé dès son arrivée à l’automne dernier qu’il visait naturellement le titre et avait déjà repéré sur Internet l’endroit pour la fête des champions. Cela s’accompagne d’un changement de mentalité. Il a sorti les «copains» de leur zone de confort, affûté la culture de la performance et accepté pour cela critiques internes et remous.
Troisièmement, le gardien Reto Berra. Il a eu 39 ans en janvier et, cette saison, le vice-champion du monde 2013 a pratiqué le meilleur hockey de sa carrière. Durant ces play-off, il a été bien plus qu’un simple gardien arrêtant les pucks. Par sa stature (194 cm, près de 100 kg), il a été un «warrior» (comme disent les Nord-Américains pour désigner les joueurs combatifs), dominant l’espace autour de sa cage.
Il devrait désormais être aussi le numéro 1 de notre équipe nationale pour le Mondial. Cette 7e finale était son dernier match pour Gottéron. Il rejoint Kloten et son successeur Ludovic Waeber (de retour à Fribourg depuis Kloten) prendra sa place. La grande question: pourra-t-il être plus qu’un Berra d’opérette?
Quatrièmement, les Rapperswil Lakers. Un peu plus de six minutes avant la fin du 7e match des quarts de finale, Gottéron était encore mené sur sa glace face aux Lakers et au bord de l’élimination. Rien ne soude davantage une équipe qu’un début de play-off laborieux. Zoug aussi, en 1998, avait remporté son quart de finale contre les Lakers en prolongation du 7e match avant de devenir champion pour la première fois.
Gottéron n’est pas un candidat à une dynastie, à deux, trois ou quatre titres consécutifs. Les circonstances particulières de cette saison sont uniques et aussi peu reproductibles qu’une nuit de noces – c’est un triomphe pour l’éternité. Encore et encore, les supporters se remémoreront cette finale et en concluront: jamais plus ce ne fut aussi beau, aussi dramatique – et peut-être que cela ne le sera plus jamais.
Adaptation en français: Yoann Graber
