Gottéron a un sérieux problème
Encore une fois dans cette série, c'est le gardien de but qui a endossé la cape du héros vendredi. Sandro Aeschlimann, le portier du HCD, a arrêté tous les tirs à Fribourg. Du côté de Gottéron, Reto Berra n'a laissé passer qu'un seul puck. Lui aussi a été un héros, mais un héros tragique. Car lorsqu'on ne concède qu'un seul but lors d'un match de play-off à domicile et que l'on est crédité d'un taux d'arrêts de 94,74%, on mérite d'être considéré comme un héros et même de l'emporter. Mais ce qui est vrai dans n'importe quelle autre équipe au monde ne l'est pas à Gottéron.
Quatre matchs de finale, quatre victoires à l'extérieur. C'est du jamais-vu (le maximum était de trois victoires à l'extérieur lors du duel de 1999 entre Ambri et Lugano). Une question se pose: comment se fait-il que Gottéron réussisse à s'imposer deux fois à Davos, mais perde ensuite le match suivant à domicile? Un premier élément d'explication tient dans les prouesses du gardien grison à la BCF Arena.
Mais ce n'est pas tout: lors des deux matchs disputés à Fribourg, la défaite des Dragons s'est à chaque fois dessinée très tôt dans la partie. La première fois, Gottéron a encaissé deux buts dans les quatre premières minutes de jeu; la deuxième fois, il s'est fait surprendre après seulement 4'48. Dans ces deux rencontres, le spectre de la défaite s'est immiscé dans le jeu (et dans les esprits?) comme une ombre silencieuse, impossible à chasser. Pourquoi les hommes de Roger Rönnberg ont-ils été incapables de renverser un score déficitaire sur leur propre glace? C'est la question qui hante désormais les fans fribourgeois.
La réponse est pourtant simple: la pression immense des attentes pèse sur les épaules des joueurs. Toute la ville, et même tout le canton, attend le premier titre de l'histoire du club pour le départ à la retraite de Julien Sprunger, l'idole locale. Une telle pression est rare dans le sport collectif.
À la fin des deux matchs à domicile de Fribourg dans cette finale, l'ambiance rappelait celle d'un mariage soigneusement préparé, où la mariée ne s'est finalement pas présentée et où les musiciens du bal se sont retrouvés coincés dans les embouteillages. Une fête sans point culminant, une promesse non tenue.
Tout le monde sait que les finales, de surcroît quand elles opposent deux équipes techniquement presque égales, ne se gagnent pas seulement avec les pieds et les mains, mais aussi avec la tête. L'excitation qui entoure cette rencontre, dans le canton de Fribourg et dans la vie quotidienne des joueurs, est trop grande. L'avantage d'évoluer à domicile se transforme en un désavantage. Là où la légèreté devrait régner, c'est la lourdeur qui s'installe. Là où l’instinct devrait guider, la réflexion prend le dessus. Il devient presque impossible pour les joueurs de trouver l'équilibre entre décontraction et mordant.
Il ne manque ni discipline, ni volonté, ni passion, ni courage. À chaque action, un «Ahhhh» ou un «Ohhhh» descend des tribunes. Un souffle collectif, un espoir partagé. Et pourtant, le cri libérateur du but se fait toujours attendre. Il manque cette touche de légèreté, d'insouciance, de créativité qui pourrait soudainement déverrouiller un match. Le drame peut se résumer en une phrase: les hockeyeurs de Fribourg-Gottéron en veulent trop.
Dès lors, les cannes sont un peu trop serrées, les passes arrivent un instant trop tard, les décisions sont retardées d'une fraction de seconde. Cela est d'autant plus vrai que même Lucas Wallmark et Julien Sprunger, vendredi, n'ont pas réussi à opérer leur tour de magie: leurs buts mercredi à Davos, pour égaliser à 2-2 puis pour marquer en prolongation à 3-2, étaient le fruit de la légèreté. Ils soulevaient le palet, le catapultant apparemment sans effort dans le but. La canne devenait alors une baguette magique. À domicile, cette même canne n'est plus qu'un outil de travail, presque une barre à mine, sans magie. Rarement une équipe ayant tiré 36 fois au but n’aura créé si peu d’occasions claires que Gottéron vendredi soir.
Il y a désormais 2-2 dans cette finale au meilleur des sept matchs. Julien Sprunger et ses coéquipiers se trouvent donc à «seulement» deux victoires du premier sacre du club, de l'immortalité sportive. Mais l'adversaire de Gottéron n'est pas seulement le HC Davos. Le club de la BCF Arena doit aussi affronter un ennemi contre lequel aucune préparation minutieuse ni stratégie brillante ne peuvent rien. La volonté de remporter un premier titre ressemble à une promesse non tenue depuis trop longtemps. Même Slava Bykov et Andrej Khomutov, deux des meilleurs joueurs du monde, n'ont pas pu y parvenir.
Les promesses qui ont traversé les décennies se transforment peu à peu en exigences impitoyables. L'histoire de Gottéron est marquée par des occasions ratées (quatre finales perdues) et par la fidélité d'un public qui a appris à aimer sans jamais être récompensé. Tout cela se transforme en un poids écrasant, surtout à la BCF Arena. C'est presque comme une malédiction. L’entraîneur Roger Rönnberg, aussi doué soit-il, n'y peut rien. Lors de ses deux matchs à domicile, Fribourg a semblé être prisonnier de son propre passé. Et c'est dans cet entre-deux, entre l’espoir d'une rédemption et la peur d’un nouvel échec, que se joue le destin de cette équipe: écrira-t-elle l’histoire ou sera-t-elle écrasée par elle?
PS: Si Fribourg-Gottéron ne devient pas champion cette saison avec Reto Berra (qui partira à Kloten la saison prochaine), alors ce ne sera jamais le cas. Point final.
