Aux JO, les patineurs galèrent avec leur musique
Pour tout ce qui a trait à la chorégraphie, souvent, la question de la musique est fondamentale. Les gestes rodés à l'infini, les transitions ciselées, les émotions tissées note après note. La musique, c'est le socle de la chorégraphie. Si elle disparaît, tout s'effondre.
Et si tout ce travail, cette sueur ne tenait que par un fil juridique? C'est bien ça le problème...
C'est la mésaventure vécue par le patineur espagnol Tomas-Llorenç Guarino Sabaté, qui a mené un combat acharné pour obtenir l'autorisation d'utiliser la musique des Minions lors du programme libre individuel, prévu vendredi 13 février. A 26 ans, il en avait fait sa griffe tout au long de la saison – tee-shirt jaune et salopette bleue. Mais son identité artistique est désormais menacée par les aléas du droit d'auteur.
Maria Maina, ingénieure conseil en brevets chez P&TS (un cabinet de conseil en brevet, marque et design en Suisse), prenait la plume pour évoquer cette situation vécue par les patineurs:
Dans de sales draps et face à un problème presque insoluble, Sabaté a annoncé la bonne nouvelle sur ses réseaux sociaux: «Nous y sommes arrivés: nous avons obtenu les licences pour les quatre morceaux musicaux, et je pourrai patiner mon programme Minions aux Jeux olympiques d'hiver».
Un patineur russe dans la panade
L'Espagnol n'est pas le seul à être confronté à ce problème juridique. Le patineur russe sous bannière neutre Petr Gumennik n’a pas réussi à trouver un accord avec les ayants droits.
Deux jours avant la compétition, la sentence tombe: interdiction d'utiliser la musique du Parfum, histoire d'un meurtrier. «Un drame», tranche ESPN. Et le mot est faible tant le temps file et les options s'évaporent. Gumennik se rabat sur la musique de Dune: refusé. Il change une nouvelle fois de cible et essaie «Waltz 1805» d'Edgar Hakobyan. Des années de préparation réduites à une improvisation de dernière minute.
Cette situation ne touche pas qu'un seul athlète, rappelle le média américain. La Belge Loena Hendrickx a elle aussi buté sur l'intransigeance juridique. Pour finir, elle a dû troquer sa musique contre une autre, renonçant elle aussi à des mois de chorégraphie minutieuse.
Un changement datant de 2014
Le problème a démarré il y a un peu plus de 10 ans. Jusqu'en 2014, les patineurs ne pouvaient concourir que sur des musiques instrumentales – le plus souvent des pièces classiques tombées dans le domaine public depuis belle lurette. L'Union internationale de patinage (ISU) a assoupli la règle, ouvrant la porte aux morceaux modernes. Une libération artistique, en théorie. Mais dans les faits, un casse-tête juridique.
Un changement apprécié des athlètes, mais moins des artistes, comme le soulève ESPN.
Le Courrier International se remémorait un autre petit scandale aux Jeux de Pékin 2022. Le couple composé par Alexa Knierim et Brandon Frazier avait été visé par des poursuites judiciaires après avoir patiné sur House of the Rising Sun du groupe Heavy Young Heathens. La chaîne NBC avait été également visée par la plainte pour avoir diffusé le programme, renseigne à son tour YahooSports. Un accord financier a débloqué la situation et l'affaire ne s'est pas éternisée.
