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Témoignage watson

RTS: Christophe Cerf, malade depuis 2022, se confie à watson

RTS: Christophe Cerf, malade depuis 2022, se confie à watson
Christophe Cerf lors de sa visite chez watson.Image: DR
Témoignage watson

Ce journaliste de la RTS se bat contre le destin pour revenir à l'antenne

Christophe Cerf n'est plus apparu à la télévision depuis un an. Il nous raconte le jour qui a changé sa vie, la maladie qui l'isole et son espoir de refaire le métier qu'il aime.
26.09.2023, 18:5729.09.2023, 07:08
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Assis sur un fauteuil face à nous, et alors que nous allions lui poser la première question, Christophe Cerf prévient:

«Je n'ai pas envie que les gens pensent que je me plains de mon sort. Je ne sais pas si je pourrai un jour retravailler dans le domaine que j'adore, mais je garde espoir. Finalement, je suis un peu comme un sportif en fin de carrière: il y a une espèce de deuil à faire, sauf que je ne sais pas si je dois le faire ni si j'en suis capable.»

La vie du Jurassien de 50 ans a basculé en juillet 2022. Il revenait de l'Euro féminin de football, disputé en Angleterre, lorsqu'un évènement a tout changé.

«Après avoir dormi pendant le vol Manchester-Genève, j'avais une sensation d'oreille bouchée. J'ai essayé de me moucher, de tousser, d'avaler ma salive, mais rien n'y a fait. Trois jours après, en répondant au téléphone, que j'avais porté à mon oreille droite, je n'ai entendu personne. Le soir même, j'étais à Tourbillon pour commenter Sion-Servette et en mettant mon casque, je me suis aperçu que je n'avais pas de son à droite. Mon collègue m'a dit qu'il avait pourtant testé le matériel avant de venir et qu'il fonctionnait très bien. J'ai compris qu'il y avait un problème. J'ai quand même commenté la partie, puis j'ai été voir un spécialiste très rapidement.»

Le rendez-vous a confirmé ses craintes.

«Le médecin m'a dit, et je reprends ses termes, que mon oreille interne avait «pris cher». Concrètement, j'ai eu trop de pression dans l'oreille interne en vol. Le fait de dormir dans l'avion n'a pas aidé. Bien sûr, plein de gens le font et ça ne leur pose pas le moindre problème. Mais moi, je porte des casques et des oreillettes depuis des années dans mon métier, et cette habitude a sans doute fragilisé mes oreilles. D'ailleurs, celle qui a lâché et celle dans laquelle je mets mon oreillette. Est-ce un hasard? Je ne sais pas. On a aucune certitude.»
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Christophe Cerf au bord du terrain. L'oreillette lui permet d'être en liaison directe et permanente avec la régie à Genève. Image: DR

Le journaliste explique que des dégâts peuvent survenir à partir de 80 décibels et qu'il portait le volume à des mesures souvent supérieures. «J'étais à 90, parfois 100.» Il faut imaginer le reporter dans une patinoire ou un stade de football avec plusieurs milliers de supporters qui hurlent autour de lui.

«Pour comprendre ce qu'on me disait dans l'oreillette, je devais monter le son»

La perte totale de l'ouïe à droite (son oreille gauche entend parfaitement) a été un choc pour Christophe Cerf, car elle le prive de ce qui est pour lui, et depuis toujours, le plus beau métier du monde.

«Je commentais déjà les matchs quand j'avais 4 ans. À la maison, mon père me disait en riant qu'il y avait déjà un commentateur à la télévision, et qu'il n'avait pas besoin d'un deuxième! Mais c'était plus fort que moi, j'ai toujours parlé en faisant ou en regardant du sport. Quand je jouais au baby-foot, par exemple, je donnais des noms aux joueurs et je commentais chaque action. Idem avec le mini-hockey de table.»

Quand le médecin lui a appris ce dont il souffrait, le journaliste, qui est né et a grandi dans le petit village de Châtillon (JU), a décidé de se battre pour récupérer l'ouïe et revenir à l'antenne. Il a enchaîné les traitements, jusqu'à se faire percer le tympan afin de se faire injecter de la cortisone directement dans l'oreille interne. Il a récupéré une grande partie de son ouïe et en septembre 2022, il a pu se déplacer avec la RTS en Espagne pour le match de football contre la Suisse. «Mais je me suis rendu compte que même avec 80% d'audition à droite, c'était compliqué. Breel Embolo est arrivé vers moi et m'a dit un truc en rigolant, mais je n'avais rien saisi. En fait, j'entendais plutôt bien, mais je comprenais toujours mal.»

Christophe Cerf côtoie les internationaux suisses (ici Shaqiri) depuis plus de 20 ans.
Christophe Cerf côtoie les internationaux suisses (ici Shaqiri) depuis plus de 20 ans.

Le Jurassien a dû renoncer à la Coupe du monde au Qatar, qui devait être son «rêve d'enfant» car pour la première fois de sa carrière, il était accrédité pour toute la durée du tournoi. Les matchs, il les a regardés depuis chez lui, dans la maison qu'il a rénovée dans les Franches-Montagnes. «Ce n'était pas facile. J'ai quand même suivi le Mondial, mais j'étais content qu'il se termine, parce que ça me faisait mal de ne pas y être. Je trouvais cela injuste.»

Le tournoi s'est achevé avec le sacre de l'Argentine, l'hiver est passé, mais pour le journaliste rien n'a changé: la maladie était toujours aussi imprévisible. Parfois, il entendait un peu mieux, d'autres jours c'était moins bien. C'est ce changement d'état incessant qui l'empêchait de porter un appareil pour mieux entendre, celui-ci devant être réglé en fonction d'une perte d'audition définie, donc stable. En mars 2023, une reprise du travail a toutefois été envisagée, mais rien n'allait se passer comme espéré. Il a d'abord appris qu'il ne commenterait pas la Coupe du monde féminine en Nouvelle-Zélande et en Australie, une décision qu'il a acceptée, compte tenu des incertitudes liées à son état de santé.

Christophe Cerf avait couvert le Mondial 2010 en Afrique du Sud. Il avait pu partager un moment précieux avec des enfants de Soweto. «On avait fait un petit match et on avait gagné 3-2», se souvient-i ...
Christophe Cerf avait couvert le Mondial 2010 en Afrique du Sud. Il avait pu partager un moment précieux avec des enfants de Soweto. «On avait fait un petit match et on avait gagné 3-2», se souvient-il.Image: DR

Puis en juillet 2023, une année après le vol Manchester-Genève, la rechute: il a une nouvelle fois perdu totalement l'ouïe à droite.

«Le médecin m'a demandé si j'avais subi un choc physique ou émotionnel. Je lui ai dit que non. Puis il m'a demandé quand j'aurais dû partir en Nouvelle-Zélande pour couvrir le Mondial féminin, et c'est là que j'ai compris: j'avais perdu l'ouïe le jour où j'aurais dû atterrir à Auckland. Or beaucoup de surdités subites sont liées à l'émotionnel, au psychologique.»

Cette rechute a été un coup porté au moral. «Ce qui a été dur, c'est de me dire que j'allais devoir revivre tout ce que j'avais connu un an plus tôt: les médicaments, les nuits blanches, les séances d'acupuncture, etc.» Les piqûres à travers le tympan sont cette fois restées sans effets.

Nous sommes aujourd'hui en septembre et Christophe Cerf est toujours privé de son à l'oreille droite. Il n'a plus travaillé depuis un an et le match Espagne-Suisse. Son traitement actuel s'étend jusqu'à Noël, mais ce n'est pas dit qu'il lui permette d'aller mieux.

«Si ça ne s'améliore pas d'ici là, j'essaierai de retravailler avec une seule oreille, se projette-t-il. Je privilégierai le reportage et le commentaire. Mais c'est sans certitudes, car beaucoup de choses dont je ne suis pas maître entrent en ligne de compte: les souhaits de mon employeur, les conditions de l'assurance, et.. Comme les causes de ma surdité subite ne sont pas définies, chacun essaie de préserver ses intérêts, ce qui est logique.»

Que fait-il aujourd'hui de ses journées? «Elles ne sont pas très intéressantes», dit-il, peiné. Il se repose (une obligation pour espérer aller mieux), lit la presse, reçoit des amis et marche beaucoup. Il avait l'habitude d'écouter de la musique, du classique surtout, mais il a coupé la sono. «J'adore le Confutatis de Mozart, mais je le trouve moche depuis que je ne peux pas l'écouter correctement.»

L'autre jour, il est allé voir l'équipe de Suisse en Valais.

«J'ai assisté à l'entraînement à Riddes, car j'avais envie de retrouver l'environnement de l'équipe nationale, d'être auprès des joueurs et du staff technique. Mais quand je suis arrivé en Valais, j'ai eu une boule au ventre et les larmes aux yeux. J'avais envie de faire demi-tour à cause de l'émotion. J'y suis quand même allé et Murat Yakin est venu prendre de mes nouvelles, j'ai trouvé ça super sympa. Je lui ai offert des muffins à l'Ovomaltine que j'avais fait la veille, pour les remercier, lui et l'équipe, de m'accueillir.»
Lors du match Suisse-Andorre, auquel il a assisté le 12 septembre dernier à Tourbillon, Christophe Cerf a retrouvé avec plaisir et émotion ses confrères Jeff Baltermia (SRF) et Nicolo Casolini (RSI).
Lors du match Suisse-Andorre, auquel il a assisté le 12 septembre dernier à Tourbillon, Christophe Cerf a retrouvé avec plaisir et émotion ses confrères Jeff Baltermia (SRF) et Nicolo Casolini (RSI).

Il n'est pas rare, lorsqu'il sort de chez lui, que le journaliste entré à la RTS en 2001 soit abordé par des gens venant s'enquérir de sa situation. «Dans le train, dans la rue ou au stade, on me demande parfois ce que je deviens, et pourquoi on ne me voit plus à l'antenne. Je dis simplement que j'ai quelques soucis de santé.» Christophe Cerf est ému. Il aime les gens et c'est très souvent réciproque.

«J'ai aussi reçu pas mal de courrier à la RTS ou à la maison, je ne sais même pas comment certains ont trouvé mon adresse, mais ils m'ont écrit et je les remercie tous pour leurs mots. C'est touchant de voir que des gens qui ne me connaissent même pas prennent de mes nouvelles. C'est une source de motivation. Je me dis que je vais me battre pour revenir, car j'adore ce que je fais et certains auront du plaisir à me revoir.»

Quand on lui demande quel évènement il souhaiterait revivre s'il pouvait remonter le temps, il répond aussitôt: «La victoire fantastique du Celtic contre le Barça en Ligue des champions. C'était en 2012 et le stade tremblait.»

L'ambiance magique de Celtic-Barça filmée par le journaliste de la RTS

Vidéo: watson

«C'était phénoménal. J'étais aux commentaires ce soir-là et je me demandais sérieusement si j'allais réussir à dire «bonsoir» aux téléspectateurs quand on allait me donner la parole. J'avais les larmes aux yeux et la gorge serrée à cause de l'ambiance.»

C'est le genre de moments qui lui manquent beaucoup et qu'il imagine volontiers revivre, certes avec un peu moins d'intensité, l'été prochain en Allemagne lors de l'Euro 2024, son prochain objectif professionnel. «Mais les incertitudes sont encore grandes, rappelle-t-il. Personne ne sait comment ma situation va évoluer. Il se peut aussi que je devienne totalement sourd, mais je préfère ne pas y penser.»

«Si ma carrière doit s'arrêter, ce ne sera pas facile. Mais je ne dois pas oublier non plus la chance que j'ai eu de vivre de grands moments de sport pendant plus de 30 ans»
Avec Andres Ambühl à Davos.
Avec Andres Ambühl à Davos.

Christophe Cerf a déjà pensé à ce qu'il pourrait faire si son métier de journaliste n'était plus possible, des alternatives en quelque sorte. «Ce pourrait être de l'accompagnement en montagne, peut-être de l'enseignement», liste-t-il, sans trop de conviction. Car le moteur de son existence, c'est de voyager à travers le monde pour écouter, voir, sentir, ressentir et raconter le sport et ceux qui le font vivre. Il y a encore de la place pour pas mal d'émotions dans son coeur, même si son neveu, qui est devenu son plus grand ami et son meilleur remède, en occupe désormais une très grande.

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