Une tendance risquée touche les jeunes pépites du tennis
Encore mineurs et déjà sous contrat: la chasse aux futurs as du tennis mondial commence de plus en plus tôt pour les équipementiers, une tendance qui augmente inévitablement le risque d'erreurs de recrutement.
A 13 ans, Clémence Schneider en est déjà à son deuxième équipementier. Son premier contrat, elle l'a signé «à dix ans» avec Babolat, raconte la jeune Française après son élimination en double aux Petits As de Tarbes (sud-ouest de la France), le championnat du monde officieux des moins de 14 ans.
A la clé: «Deux raquettes, quelques bobines de cordage et un sac», explique-t-elle à deux pas d'un immense stand de bonbons.
Mais en 2023, elle croise la route d'Elsa Pellegrinelli, chargée de la détection des jeunes talents français pour HEAD. «J'étais en fin de contrat et elle m'a dit de ne pas resigner avec Babolat», poursuit Clémence Schneider dans des effluves de crêpes entêtants.
Le contrat proposé par la marque autrichienne «était quand même beaucoup plus gros, les raquettes sont très chouettes» et la jeune Française a donc changé d'équipementier.
Contrats verrouillés très tôt et primes
Dans le tableau final des Petits As, «c'est très rare qu'un joueur ne soit pas déjà verrouillé» par un contrat avec une marque, assure Elsa Pellegrinelli. Les équipementiers offrent même aux talents les plus prometteurs «une prime de performance s'ils gagnent les Petits As», ajoute Sébastien Bellencontre, chasseur de talents pour Wilson entre 2013 et 2023.
Chez Babolat, «Kim Clijsters avait 17 ou 18 ans» quand elle a signé son premier contrat, se souvient Jean-Christophe Verborg, directeur du marketing sportif de la marque française.
Il compare:
Pour le cofondateur et directeur du tournoi tarbais Jean-Claude Knaebel, «ça fait partie du business du tennis».
Plus le jeune s'habitue à utiliser le matériel d'une marque, plus il sera enclin à lui rester fidèle par la suite, insistent plusieurs équipementiers. Ezra Stump, chargé de la détection pour Asics, prévient:
Concurrence accrue et réseaux sociaux
La signature de plus en plus précoce de contrats s'explique aussi par le nombre croissant d'équipementiers en concurrence, particulièrement pour les vêtements et les chaussures.
Les réseaux sociaux facilitent en outre la détection pour les marques et renforcent la visibilité des joueurs recrutés, et donc leur potentiel commercial.
A Tarbes, il est difficile de chiffrer précisément le nombre de représentants de marques qui arpentent les trois halles du Parc des expositions reconverties en courts de tennis pour les Petits As. L'accès au tournoi est en effet gratuit et les équipementiers peuvent ainsi approcher les joueurs sans passer par les organisateurs.
A titre d'exemple, Asics n'a envoyé qu'un chasseur de jeunes talents pour cette édition, HEAD trois et Babolat deux ou trois. Sponsor titre du tournoi, Wilson n'a pas souhaité répondre aux questions de l'AFP.
«Des risques pas toujours payants»
Féroce et de plus en plus précoce, la bataille des équipementiers engendre forcément quelques déceptions. Plusieurs représentants de marques interrogés citent les cas de l'Espagnol Carlos Boluda ou de la Française Léolia Jeanjean, pour lesquels Nike a investi des sommes considérables sans que les joueurs ne confirment ensuite tout le potentiel sportif et commercial que l'équipementier américain avait vu en eux.
Elsa Pellegrinelli sourit:
«Entre le moment où on détecte les jeunes et le moment où ils arrivent à très haut niveau, il y a beaucoup de déperdition», confirme Sébastien Bellencontre.
«On a peut-être surexposé certains jeunes», juge Jean-Christophe Verborg. Le représentant de Babolat insiste:
Entre équipementiers, «même si on se combat, il faut que la course reste saine, que l'argent ne soit pas le seul motif de décision», plaide-t-il.
