Suisse
Politique

Le chef du Bureau de l'égalité explique comment sauver des vies

Gian Beeli explique qu'il reste du travail à faire en matière de violences
Gian Beeli explique qu'il reste du travail à faire en matière de violences en Suisse.

Violences: pourquoi le numéro 142 ne suffira pas en Suisse

A partir du 1ᵉʳ mai, la Suisse dispose d’un numéro d’aide aux victimes valable dans tout le pays, le 142. Gian Beeli, du Bureau fédéral de l’égalité, explique pourquoi cela ne suffit malheureusement pas.
29.04.2026, 16:5529.04.2026, 16:55
Léonie Hagen

27 féminicides, 1400 viols et plus de 22 000 cas de violence domestique signalés l'an dernier. Malgré ces chiffres record, le conseiller fédéral en charge de Justice et Police, Beat Jans, a évoqué en début de semaine, les progrès réalisés par la Suisse en matière de violences faites aux femmes. Durant cinq ans, la Confédération et les cantons ont travaillé avec une feuille de route contre la violence domestique et sexuelle. C'est l'heure du bilan.

Au printemps prochain, une nouvelle stratégie des départements fédéraux de la justice et de l’intérieur doit venir remplacer ce dispositif. Celle-ci vise davantage de cohérence, une meilleure inclusion de tous les acteurs, une approche élargie des questions de sécurité et un accent renforcé sur l’égalité. Gian Beeli, codirecteur du Bureau fédéral de l’égalité, explique pourquoi tout cela s'avère nécessaire.

Où en est la Suisse dans la lutte contre les violences domestiques et sexuelles?
Gian Beeli: La loi suisse sur l’aide aux victimes est considérée à l’international comme exemplaire. Dans le même temps,

«Nous n’introduisons le numéro national 142 pour les personnes concernées que le 1er mai, d'autres pays nous devancent donc de plusieurs années»

Nous nous sommes néanmoins améliorés à bien des égards, notamment grâce à la Convention d’Istanbul.

Cette convention vise à protéger les femmes et les filles contre les violences. La Suisse l’a adoptée il y a sept ans. Qu’est-ce qui s’est amélioré depuis?
Depuis cette année, parmi de nombreuses améliorations que l'on compte dans le nouveau droit pénal, le stalking est devenu une infraction pénale. Les cantons coordonnent davantage leurs actions, par exemple pour la surveillance avec un bracelet électronique. Nous avons aussi investi davantage dans des projets éducatifs et de prévention, notamment avec la campagne nationale «L’égalité contre la violence».

Dans le même temps, il reste encore beaucoup à faire. Et les différences entre cantons dans la manière de traiter ces situations sont importantes.
Nous sommes loin d’être là où nous devrions être. Mais il faut aussi reconnaître que nous sommes régulièrement salués à l’international pour notre coopération entre les différents niveaux institutionnels. Les échanges étroits entre la Confédération, les cantons, les communes et la société civile permettent aussi des solutions rapides.

En quoi cela est-il le cas?
La Confédération a mis en place une task force en réaction à l’augmentation des féminicides en Suisse. Celle-ci a rapidement élaboré de nouveaux outils pour les tribunaux et les autorités de protection de l’enfant et de l’adulte, dans le but de mieux évaluer les risques de violences domestiques lors des séparations.

«Les places d’accueil sont désormais coordonnées au niveau régional et non plus seulement cantonal»

Les féminicides sont analysés de manière approfondie afin d’améliorer les procédures de toutes les institutions concernées.

Mais il a fallu que des femmes meurent pour que la pression soit suffisamment forte pour une réaction commune.
Vous avez raison, chaque femme tuée, c'est une de trop. Dans le contexte politique et financier mondial actuel, l’attention est malheureusement souvent portée sur d’autres sujets. D’autant plus que la protection contre les violences domestiques, sexuelles et sexistes doit rester une priorité.

Avec plus de 22 000 plaintes pour violences domestiques l’an dernier, il semble y avoir une aussi, non?
Les statistiques concernant les dénonciations doivent être interprétées avec prudence. La grande majorité des agressions sexuelles ne sont jamais signalées.

«On peut interpréter cette hausse comme le signe que les femmes se rendent davantage à la police aujourd’hui»

En même temps, le chiffre relevé reste élevé. Et le nombre de féminicides augmente également, même si nous devons encore les enregistrer séparément sur le plan statistique.

Pourquoi la manière d’aider les victimes de violences sexuelles est-elle encore laissée à chaque canton?
Pour des domaines comme l’aide aux victimes, les structures d’accueil ou la poursuite pénale, ce sont les cantons qui sont compétents. Cela se comprend. Le canton du Jura peut avoir besoin d’autres solutions qu’un canton urbain comme Bâle-Ville.

«L’inconvénient est qu’il faut mettre en œuvre 26 systèmes différents»

D’où l’importance des échanges entre cantons. La Confédération peut fournir un cadre, ce qu’elle fait.

Comment agit-elle concrètement?
Le nouveau droit pénal en matière sexuelle prévoit que les personnes auteurs de violences doivent suivre des programmes de sensibilisation. De tels dispositifs existent déjà dans les cantons pour les violences domestiques. Le canton de Zurich a évalué leur utilité:

«Un franc investi dans un tel programme permet d’économiser quatre francs de coûts indirects pour l’Etat»

Chaque canton teste malgré tout ces programmes pour lui-même.
En théorie, on pourrait modifier la Constitution. La Confédération reprendrait tout, et Fedpol serait désormais l’autorité centrale compétente pour les plus de 20 000 cas annuels de violences domestiques. Nous ne considérons pas cette voie comme pertinente. La responsabilité partagée présente, en effet, aussi un avantage. Elle permet de tester de nouvelles approches d’abord dans certains cantons. Bâle-Campagne, Bâle-Ville et Zurich ont développé des programmes spécialisés après des cas de violences sexuelles et les proposent désormais. D’autres cantons en bénéficient.

Et que fait la Confédération?
Elle peut faciliter les échanges entre les institutions et les niveaux concernés. C’est le cœur de la nouvelle stratégie commune, élaborée côté fédéral par le Département fédéral de justice et police et le Département fédéral de l’intérieur.

«Il n’existe pas une seule instance capable de tout résoudre, pas même au niveau fédéral»

En plus de ministères publics et de corps de police bien formés, il faut des travailleurs sociaux, des psychologues, ainsi qu’un système de santé et scolaire qui participe activement. Nous ne pouvons combler les lacunes dans la prise en charge des violences domestiques et sexuelles qu’ensemble..

Pourquoi n’a-t-on pas compris cela plus tôt?
Il n’y a pas si longtemps, les violences domestiques étaient encore considérées comme une affaire privée. Le fait que l’etat doit protéger les personnes contre toutes les formes de violences s’est développé progressivement. Aujourd’hui, nous savons qu’en plus de nos institutions, nous devons aussi agir sur l’égalité.

Qu'entendez-vous par là?
Les violences domestiques surviennent nettement plus rarement dans des relations égalitaires. Lorsqu’elles disposent de leurs propres moyens financiers et d’une plus grande indépendance, les femmes touchées peuvent sortir plus rapidement d’une situation de violence. Il est vraiment important de prendre conscience de cela. L’Etat s’engage pour l’égalité parce que celle-ci sauve des vies et empêche les violences.

En quoi cela permet-il d'agir?
Les violences graves dans les relations surviennent plus souvent lors de séparations, de consommation d’alcool et de drogues, ainsi que de problèmes financiers. Notre étude sur les causes des homicides au sein des couples montre que des conceptions patriarcales de la masculinité fondées sur le pouvoir, le contrôle et les droits de possession augmentent également le risque de violences envers les femmes.

L’UDC dirait surtout qu'il s'agit d'un problème importé.
Les personnes sans passeport suisse sont bien surreprésentées dans les statistiques criminelles en matière de violences domestiques, à la fois comme auteurs et comme victimes. Dans le même temps, la recherche montre que pour sortir de la spirale de la violence, il faut de l’argent, un réseau capable de soutenir les personnes concernées et des aides accessibles. Les personnes suisses disposent plus souvent de ces ressources.

«A l’inverse, les Suisses sont fortement surreprésentés dans les féminicides impliquant des armes à feu ou des suicides élargis»

Lorsque l’on examine les motivations des auteurs, on constate qu’ils partagent eux aussi des représentations patriarcales.

Vous vous inquiétez pour vous ou l'un de vos proches?
Parlez-en et faites-vous aider 24 heures sur 24, c'est confidentiel et gratuit:
La Main Tendue (adultes, 24/7) au 143
Pro Juventute (jeunes, 24/7) au 147
Urgences médicales au 144
stopsuicide.ch

Cela reste abstrait. Comment un Etat peut-il agir sur les représentations individuelles?
Les violences dont nous parlons ici sont un phénomène structurel qui n'est pas individuel. Les féminicides ne sont que la partie émergée de l’iceberg, la forme la plus extrême du sexisme. La spirale des violences commence bien plus tôt: violences physiques et psychologiques, harcèlement sexuel, harcèlement de rue et regards insistants, blagues sexistes qui dévalorisent tout ce qui n’est pas masculin.

On ne peut pas vraiment interdire les blagues.
Bien sûr que non. Mais il existe des normes pénales contre la discrimination. Les violences commencent là où ces blagues sont systématiquement dirigées contre les mêmes personnes. Si l’on veut lutter durablement contre les violences, il faut prendre cela au sérieux.

Avec toute cette nouvelle stratégie, où la Suisse peut-elle le plus rapidement s’améliorer?
Dans la planification des places d’accueil. Là aussi, beaucoup est déjà en cours. Dans le cadre d'une planification régionale, il faut trouver des solutions adaptées aux victimes. Il est important que l’Etat finance aussi des chambres vides. Le système ne peut pas absorber les situations d’urgence s’il est constamment saturé, alors même que c'est précisément ce qu'il est censé faire.

Cela ne semble pas très optimiste.
Au contraire. La prise de conscience sociale et politique des violences domestiques et sexuelles a énormément augmenté ces dernières années. Nous mettons tout en œuvre pour poursuivre cet engagement commun. Il faut des réponses étatiques à de nouveaux phénomènes, comme la violence numérique.

«Et nous devons aller à la rencontre des jeunes hommes qui s’orientent de plus en plus vers une image de la masculinité forte et dominante, la manosphère»

Pour une société respectueuse, sans violences ni discriminations, il reste encore beaucoup à faire.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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