Belinda Bencic «vit dans la peur permanente»
Il est un peu plus de cinq heures du matin. L'appartement est encore plongé dans le silence. Soudain, la sonnette retentit. Une fois. Puis une deuxième. Quelques instants plus tard, le téléphone sonne à son tour. Un numéro inconnu. Lorsque Belinda Bencic se réveille, sa fille Bella est en pleurs. Cinq appels en absence s'affichent sur son écran. Devant sa porte se tient une inconnue, une valise grise à la main.
Ce genre de visite fait partie du quotidien quand on est sportive de haut niveau. La femme se présente comme contrôleuse antidopage et montre son accréditation. Comme toutes les joueuses appartenant à l'élite mondiale, Belinda Bencic est tenue d'indiquer à l'International Tennis Integrity Agency (ITIA) où elle se trouve chaque jour de l'année. Adresse, horaires d'entraînement, déplacements, hôtels... ainsi qu'un créneau quotidien de 60 minutes pendant lequel elle doit impérativement être présente à l'endroit indiqué. La jeune femme nous confie:
Disponible à toute heure
Pas la peur d'être contrôlée positive, mais celle de commettre une erreur. D'oublier de signaler qu'elle est rentrée plus tôt d'un tournoi parce qu'elle a été éliminée. Ou que les contrôleurs antidopage se présentent dans un hôtel à Paris alors qu'elle est déjà rentrée chez elle, à Bratislava. La joueuse suisso-slovaque déclare:
Les contrôles peuvent avoir lieu à n'importe quel moment: 24 heures sur 24, 365 jours par an, partout dans le monde. Le créneau déclaré reste toutefois déterminant: durant cette heure, Belinda Bencic doit impérativement se trouver à l'endroit annoncé. Trois manquements, ou «whereabouts failures», en douze mois suffisent pour risquer une suspension pouvant aller jusqu'à quatre ans, même si aucun dopage n'a jamais été constaté.
Alarme de rappel
Belinda Bencic choisit systématiquement son créneau tôt le matin. «Toujours de six à sept heures», explique-t-elle. Selon elle, c'est ce qui perturbe le moins son emploi du temps, même si cela signifie être régulièrement réveillée en sursaut:
Voilà déjà quinze ans que la joueuse vit avec cette préoccupation.
Les conséquences sont encore plus lourdes lorsqu'un contrôle est refusé. L'exemple de Marketa Vondrousova en témoigne. En décembre dernier, une contrôleuse s'est présentée sans prévenir à son domicile, en dehors du créneau déclaré, ce qui est autorisé. La joueuse a refusé de se soumettre au contrôle. Elle a expliqué avoir agi par peur, une personne inconnue ayant sonné tard dans la soirée sans présenter immédiatement son accréditation. La jeune femme tchèque souffre, selon ses propres déclarations, d'un trouble anxieux diagnostiqué.
Une agence intransigeante
Trois jours plus tard, la lauréate de Wimbledon 2023 et médaillée d'argent olympique en 2021 – battue en finale par Belinda Bencic – a de nouveau été contrôlée, avec un résultat négatif. Pour l'ITIA, cela n'a rien changé. L'instance l'a suspendue pour quatre ans au motif qu'elle avait refusé un contrôle.
Belinda Bencic affirme ne pas connaître tous les détails de l'affaire et reconnaît que Marketa Vondrousova n'aurait pas dû refuser le test. Mais interrogée par Schweiz Heute à Wimbledon, elle ne cache pas son incompréhension:
Ce qui choque surtout Belinda Bencic, c'est la comparaison avec d'autres affaires très médiatisées. Alors que Marketa Vondrousova a été suspendue quatre ans sans avoir été contrôlée positive, Jannik Sinner et Iga Swiatek ont écopé de sanctions bien plus légères malgré la présence avérée de substances interdites dans leur organisme. Dans le cas du joueur italien, la substance aurait, selon ses dires, pénétré dans son corps à son insu lors d'un traitement prodigué par son physiothérapeute. Il n'a été suspendu que trois mois. La joueuse polonaise, quant à elle, a expliqué son contrôle positif par un comprimé contaminé et n'a dû interrompre la compétition qu'un mois.
On ignore encore si Marketa Vondrousova fera appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), à Lausanne. La solidarité à son égard est en tout cas importante. Belinda Bencic l'a elle-même contactée pour lui proposer son aide.
Un système jugé indispensable
Le système antidopage repose toutefois précisément sur ces contrôles inopinés. C'est la seule manière d'empêcher que la prise de substances interdites soit interrompue juste avant un test ou que la consommation soit dissimulée. Pour garantir l'intégrité du sport, cette méthode est considérée comme incontournable. Mais elle a un prix: les athlètes ne peuvent jamais vraiment déconnecter.
Belinda Bencic non plus. La nuit, son téléphone reste toujours allumé. Chaque jour, une alarme lui rappelle de mettre à jour son lieu de résidence. Et lorsqu'on sonne chez elle en pleine nuit, elle sait qu'une inconnue avec une valise grise peut, une fois de plus, se trouver sur le pas de la porte.
(adapt. tam)
