Pourquoi cet acteur «agaçant» risque de voir l'Oscar lui échapper
Malgré son statut de petit chouchou d'Hollywood, Timothée Chalamet serait-il condamné à devenir le prochain Leonardo DiCaprio, maintes et maintes fois nommé aux Oscars sans pouvoir empoigner la précieuse statuette? C'est la rumeur qui enfle, alors que la cérémonie des Oscars se profile dans moins de deux jours.
Un rival de taille
Avant de soulever le Graal suprême, l'Oscar du meilleur acteur, l'acteur de tout juste 30 ans fait face à la concurrence très sérieuse de l'acteur Michael B. Jordan, nommé pour son rôle des jumeaux Smoke et Stack dans Sinners.
Ce dernier vient non seulement de faire grande impression en prononçant un discours inspirant et parfaitement maîtrisé lors des SAG Awards, après y avoir remporté le prix du meilleur acteur, mais il s'est également attiré la sympathie après «l'incident raciste» des BAFTA, il y a deux semaines, à Londres.
Pour rappel, alors que l'acteur et son partenaire Delroy Lindo se trouvent sur la scène pour attribuer le premier prix, l'activiste John Davidson, atteint du syndrome de La Tourette, a proféré une insulte raciste à leur encontre en plein direct.
Si les deux hommes ont conservé un calme digne, l'attitude de la BBC, qui a laissé la scène non censurée pendant des heures sur sa plateforme iPlayer, a provoqué une vague d'indignation à Hollywood - ainsi qu'un sérieux élan de solidarité envers Michael B. Jordan.
D'ailleurs, même si Timothée reste encore en tête des pronostics pour l'Oscar du meilleur acteur sur le site Gold Derby, qui compile les prédictions d'experts du secteur, il n'a cessé de perdre du terrain ces derniers jours - quand son grand rival, Michael B. Jordan, grappille des points en permanence.
«Stop Timmy»
A cette concurrence s'ajoute la poussée d'un mouvement qui prend de l'ampleur à Hollywood: «Stop Timmy», né de l'agacement des pontes de l'industrie devant l'assurance (pour ne pas dire parfois l'arrogance) de ce jeune et dynamique prodige, qui a mené une campagne assidue pour son film Marty Supreme et la victoire de l'Oscar.
Il faut dire qu'en termes marketing, Timothée Chalamet ne fait rien comme personne. Comme le souligne The Hollywood Reporter, ses stratégies promotionnelles innovantes, quand elles ne sont pas carrément méta, ses coups d'éclat et ses buzz sur les réseaux sociaux ont contribué à faire de lui l'une des stars de cinéma les plus rentables de sa génération (Marty Supreme a engrangé plus de 173 millions de dollars dans le monde, et ce n'est pas fini).
Il semblerait toutefois que, aussi novatrices soient-elles, ces techniques de promotion aient trouvé peu de valeur aux yeux de l'Académie des Oscars et, plus largement, des opinions plus conservatrices de l'industrie du cinéma. Ces derniers jours, l'acteur a ainsi vu le prix du meilleur acteur à la fois des BAFTA et des SAG Awards, malgré ses nombreuses nominations, lui passer sous le nez.
Selon les connaisseurs, ses méthodes de promotion ont pu jouer des tours au chouchou des Oscars. Au lieu d'aller serrer des mains d'Académiciens ou de se répandre en interviews dans les médias traditionnels, le trentenaire a écumé les podcasts, vendu des vêtements, joué au basketball avec Adam Sandler - et froissé quelques égos au passage.
A cela s'ajoutent les réticences historiques de l'Académie à sacrer un acteur aussi jeune: en 97 ans, plus de 30 femmes ont remporté l'Oscar de la meilleure actrice avant l'âge de 30 ans. Un homme, un seul, y est parvenu: Adrien Brody pour Le Pianiste, en 2002, lorsqu'il avait 29 ans.
D'autres grandes stars, comme Leonardo DiCaprio et Will Smith, ont dû attendre la quarantaine, si ce n'est la cinquantaine, et des décennies de nominations, pour enfin triompher. Si Timothée Chalamet l'emporte le 15 mars, il deviendra le deuxième plus jeune lauréat de l'histoire de cette catégorie.
Quant à Michael B. Jordan, avec un parcours beaucoup plus «traditionnel» et sans aucune nomination aux Oscars jusqu'à présent, il présente un profil relativement familier, plus séduisant et certainement moins effrayant pour l'Académie.
«Cette tension à l'heure actuelle est fascinante: Chalamet a prouvé la pertinence de son style audacieux et provocateur, au moment même où Hollywood cherche désespérément un sauveur», conclut The Hollywood Reporter. «La balle est donc, en quelque sorte, dans le camp de l'Académie.»
Une chose est sûre: alors que les paris sont lancés, la cérémonie des Oscars, ce dimanche, pourrait bien être l'une des plus palpitantes depuis des années.
