Ce doc sportif sur une légende de la grimpe est à couper le souffle
Il est question d'une chute et d'un rêve qui finit mal. A travers quatre épisodes (diffusés du 14 avril au 5 mai sur HBO) la mini-série documentaire de Peter Mortimer et Nick Rosen suit la trajectoire d'un homme qui a fait du vide son territoire. Un vide physique, existentiel, vertigineux. Celui que frôle le montagnard, que cherche le grimpeur d'élite, et que finit par embrasser le wingsuiteur, cette activité ultra dangereuse qui consiste à voler avec une combinaison
Chuter, affronter l'inconnu: c'était, selon ses propres mots, ce qui motivait Dean Potter. Ce désir de se confronter au trépas, de le toucher du bout des doigts avant de reculer — ou pas.
Les deux réalisateurs s'évertuent à cerner le personnage sans jamais tomber dans le portrait hagiographique. C'est une vraie découverte: un lien direct avec une légende qui sombrait dans ses délires de vitesse et de records, dans son goût immodéré pour le risque. On pense à des alpinistes du calibre d'Ueli Steck, obnubilé lui aussi par les sommets et les chronomètres, par ce désir irrépressible de vaincre les montagnes le plus vite possible.
Pour comprendre Potter, il faut retracer. On le voit battre le record de vitesse sur les 914 mètres d'El Capitan à Yosemite, enchaîner des ascensions en solo intégral — sans corde — sur des voies vierges, pratiquer le freeBASE sur l'Eiger, cette méthode qu'il a lui-même mise au point: grimper sans protection tout en portant un parachute de secours. On le voit marcher pieds nus sur des cordes tendues entre deux corniches, et voler en wingsuit au ras des parois pour se rapprocher de son animal totem: le corbeau.
Dean Potter est fou. Mais il est bien plus qu'un sportif de l'extrême: c'est un être spirituel, qui respire quand il danse autour du trépas.
The Dark Wizard s'attarde sur cette tentation du free solo (grimper sans la moindre sécurité) et sur ce qu'elle révèle d'un homme à l'ego immense et à la réputation controversée. On voit alors détaler Alex Honnold dans le récit: grimpeur star, oscarisé pour le documentaire Free Solo, il incarne à la fois une rivalité et une source d'inspiration mutuelle. Entre les deux hommes, une tension qui charpente la personnalité de Potter, le pousse dans ses retranchements.
Des amis prennent la parole au cours des 4 épisodes. Ils évoquent les conflits intérieurs, les questionnements spirituels, les exploits physiques. Un corbeau parmi les vautours dans la tête de Potter. Un homme qui brûle de briller, et qui en paie le prix: des amitiés qui s'étiolent, des relations qui s'éteignent, une solitude qui s'installe, une paranoïa, parfois, qui prend le pas.
Derrière la chasse aux records, le documentaire met à nu ce qui ronge Potter en silence: un état dépressif profond, le vrai fil conducteur de la série. Eprouvant, le film l'est pleinement par sa mise en scène, par ses images qui restent longtemps, par ce sentiment d'accompagner un homme capable du pire comme du meilleur, toujours au bord du gouffre.
Danser autour du vide, sur son fil, avec ses ailes artificielles, avec ses exploits tout en souplesse sur les parois rocheuses, Dean Potter est un homme triste, rongé par ses multiples démons intérieurs.
Il a d'ailleurs cette phrase, au détour d'une interview:
Au milieu des exploits, il y a une épreuve: trouver la paix. Il s'en approchait, mais le sorcier de l'ombre qui se rêvait en corbeau, s'est écrasé lors de son dernier grand saut, frappant une paroi de plein fouet, en 2015, lors d'un vol en wingsuit, à Yosemite. Il avait 43 ans.
Derrière cette trajectoire unique, le récit livre un portrait poignant d'un écorché vif. Dean Potter restera une icône, mythifié par ses exploits autant que par ses excès. La rançon du champion.
«The Dark Wizard» est à découvrir sur HBO en intégralité.
