«Si on bat l'Argentine, on aura déjà gagné la Coupe du monde»
C'est le challenger inattendu de cette Coupe du monde: le Cap-Vert est l'équipe surprise qui a retourné les pronostics des matchs de poule. Ce vendredi soir à minuit, il affrontera rien de moins que tenant mondial du titre, l'Argentine.
Ce petit pays insulaire, au large des côtes africaines, est une ancienne colonie portugaise. Sa population d'un demi-million de personnes — moins que le canton de Vaud — en fait un des tout-petits de ce Mondial. Comme le Liban, le Cap-Vert dispose d'une diaspora plus importante que sa population résidente: environ 800 000 Cap-Verdiens habitent à l'étranger. Y compris en Suisse romande.
Le nul contre l'Espagne: rien d'un hasard
Et tous sont à fond. A l'image de Tali, 37 ans, qui n'a manqué aucun match et que nous rencontrons à Lausanne. Le premier duel de la phase de poule, Cap-Vert-Espagne, a fait sensation: 0-0 contre l'équipe n°2 du classement Fifa. Un véritable exploit. Elle s'amuse:
Pour elle, ce nul n’avait rien d’un hasard. Elle estime que le 2-2 contre l'Uruguay a confirmé la robustesse de l'équipe et que ceux qui voyaient un simple coup de chance contre la Roja ont loupé une occasion de fermer leur caquet.
Jusqu'à présent, un des moments de foot les plus marquants pour les Cap-Verdiens romands est lié à la Nati. «En 2010, quand la Suisse a gagné contre l'Espagne en phase de poules, le but gagnant a été marqué par Gelson Fernandes», note-t-elle, malicieuse. Le joueur, binational d'origine cap-verdienne, a lui aussi grandi en Valais.
Des joueurs «au diapason»
Toujours à Lausanne, chez Jorge, 40 ans. Le match Espagne-Cap-Vert, lui aussi l'a vécu à fond. «Ils l'ont joué avec les tripes. Plus encore: avec le cœur», lâche-t-il. Les arrêts à n'en pas finir du gardien Vozinha, la solidarité défensive, l’intensité dans les duels: tout lui renvoie l’image d’une équipe qui a mûri et est prête pour la suite.
Cette montée en puissance peut être replacée dans une trajectoire plus longue. Après l'indépendance du Cap-Vert en 1975, son équipe nationale adhère à la Fifa en 1982. Sa première participation à la Coupe d'Afrique des nations (CAN) date de 2013. «L'équipe nationale s'est professionnalisée depuis quelques années», indique Jorge. Lorsqu'elle a terminé en quart de finale de la CAN de 2024, quelque chose a changé.
Saint-Vozinha, veillez sur nous
Quelques photos sont affichées sur le miroir de l'entrée: une de sa famille avec ses deux enfants — et une image panini de Vozinha, lui aussi quarantenaire. «Ici, il est plus sacré que Jésus et Marie», dit-il dans un rire franc.
Il me montre son maillot, où figure le fameux requin de l'équipe nationale. Les tubarões azuis (prononcez: toubarons) en portugais, soit les «requins bleus».
Il sort aussi l'album panini de cette année, presque rempli. «Il manque une trentaine de cartes, sur les 980», indique Jorge. Il appartient à son fils. «Moi je finance et je trade, lui il colle et collectione», rigole-t-il en tournant les pages.
Choc prévu contre l'Argentine
Ce vendredi à minuit, le Cap-Vert engagera ses hommes contre l'Argentine, le tenant en titre de la Coupe. Tali y croit. «L'équipe est peut-être moins bonne techniquement, mais en termes de mental, nous sommes très forts», dit-elle. Et de citer le match Paraguay-Allemagne, qui a vu la petite équipe sortir le mastodonte.
«Notre meilleure chance, c'est d'aller jusqu'aux tirs aux buts», assume-t-elle. Même si le Cap-Vert sort l'Albiceleste de cette manière, l'exploit sera total.
Jorge aussi est optimiste: «Je pense qu'on a nos chances. Cette année, à l'exception de Messi, l'équipe n'est pas étincelante. J'aurais beaucoup plus peur si on jouait contre la France, qui est redoutable.»
Le Cap-Vert pourrait-il réaliser l'exploit de mettre un but à l'Argentine et de tenir bon jusqu'à la fin du match? «Tout est possible, mais il va falloir rester concentré, lance Jorge. «Les dix dernières minutes du match sont souvent décisives. On l'a vu récemment avec Brésil-Japon, Angleterre-Congo ou encore Belgique-Sénégal», analyse-t-il.
