On a déniché une tradition 100% suisse à côté du camp de la Nati
La Nati ne rejouera pas à la Coupe du monde avant mercredi. Mais sur la côte ouest américaine, on entonne déjà l’hymne suisse. Bienvenue à la 76e fête de lutte du San Diego Country Swiss Club (SDCSC)!
«Vous savez lutter?», demande une dame lorsque nous franchissons les portes du «Swiss Park». Ce complexe de deux hectares est situé au milieu d’immenses salines et de champs arides, entre le centre de San Diego et la frontière mexicaine. A cinq mètres du mur, les voitures filent sur l’autoroute, mais à l’intérieur règne une atmosphère bucolique. Des stands vendent des couteaux suisses, des bonbons Ricola et des aimants en forme d'edelweiss, tandis qu’un homme robuste allume le gril.
Sur la pelouse verdoyante, quelques jeunes garçons s’échauffent avant de lutter. A côté, des filles en costume traditionnel distribuent des drapeaux à croix blanche, pendant qu'une musique folklorique suisse sort des haut-parleurs. L’odeur de la sciure humidifiée par le président du club, David Egger, flotte aussi dans l’air. En riant, il lance:
Plus tard, Egger officiera lui-même comme juge dans le cercle des lutteurs. Mais pour l’instant, aucun compétiteur ne s’est encore inscrit au bureau des arbitres. Nous déclinons poliment l’invitation à participer et préférons nous laisser guider par Tony Odermatt à travers le San Diego Country Swiss Club. Il nous prévient: «Vous n’êtes pas venus pour rien. Dix à quinze lutteurs devraient venir. Mais nous en avons déjà eu jusqu’à 30».
Le club existe depuis près de 90 ans
Les Odermatt, sans lien de parenté avec le skieur, vivent depuis plusieurs générations à San Diego. Le grand-père de notre interlocuteur, originaire d’Obwald, et sa grand-mère, du canton d’Argovie, se sont installés comme agriculteurs aux Etats-Unis après la Première Guerre mondiale. Ils se sont rencontrés lors de rassemblements entre expatriés suisses.
Les événements étaient si réguliers qu’est né en 1939 le SDCSC, avec pour objectif de transmettre «les valeurs suisses, la culture et les traditions aux générations suivantes». Odermatt souligne fièrement que le nombre de membres, autour de 300, reste stable depuis des décennies: «Il existe un autre club suisse à San Diego, mais là-bas, ce sont surtout des affaires qui se font».
Comme les fondateurs du SDCSC étaient des passionnés de lutte suisse, ils organisèrent en 1950 la première fête de lutte locale. Longtemps, une vache était remise au vainqueur. Depuis quelques années, c’est un fauteuil en bois sculpté à la main. Les culottes des lutteurs sont «Made in Switzerland». Seule la sciure est un peu plus grossière que celle utilisée en Suisse.
Odermatt a longtemps pratiqué la lutte avec passion, mais son corps ne suit plus aujourd’hui. Lui qui ne parle habituellement pas en allemand prononce encore le mot «Schwingen». Pour les Américains, il s’agit de «Wrestling». Mais comment cette discipline typiquement suisse parvient-elle à vivre outre-Atlantique? Odermatt explique:
Deux heures de route pour un entraînement
L’un d’eux se nomme Nathan Macleod. Il vient de l’Etat de Washington, à 2000 kilomètres de là. Lors de cette fête, il veut montrer ce qu’il a appris au printemps en Suisse: durant un stage de deux mois, il s’est entraîné dans une salle de lutte avec Damian Ott, vainqueur à Kilchberg, et Marcel Räbsamen. Le point culminant de son voyage était une invitation à la fête cantonale de Zoug.
Il raconte: «C’était une expérience formidable. Chez moi, je suis le seul lutteur à des kilomètres à la ronde. Pour chaque entraînement, je dois faire deux heures de voiture».
Macleod fait partie des favoris à San Diego. Dix participants seulement se sont finalement inscrits avant le début de la compétition. Entre les combats, on rit et on échange des techniques et des prises.
Parmi eux, on remarque la présence de deux athlètes de MMA, habitués aux combats en cage très populaires aux Etats-Unis. Un autre, grand, musclé et aux cheveux très courts, est soldat sur la base navale locale et marié à une Suissesse. D’autres sont venus en famille et ont décidé de participer sur un coup de tête. Un débutant se tord violemment le genou, hurle de douleur et quitte le cercle en rampant.
Saucisses à rôtir et salade de pommes de terre au menu
300 personnes profitent de la journée. La plupart sont installées sur des chaises de camping qu’elles ont apportées, comme le veut la tradition américaine. On fait circuler des chips et, à l’ouverture du buffet, une file se forme rapidement. Le plat le plus prisé: les saucisses à rôtir avec salade de pommes de terre pour 17 dollars, une bonne affaire pour San Diego.
De nombreux visiteurs affichent leurs origines suisses avec des vestes de berger et des t-shirts rouge et blanc. Des enfants se font peindre des croix suisses sur les joues, et le stand de souvenirs ne désemplit pas. Quelques supporters de football en maillot de la Nati sont également présents et découvrent au bar la culture du whisky de San Diego.
Après le deuxième round, nous devons déjà partir. Et pour cause: le football nous appelle. Nous demandons encore à Tony Odermatt pour qui son cœur battra lors d’un éventuel duel Suisse–Etats-Unis. Il rit et répond avec un geste d'excuse: «Je suis plus un Suisse qui est Américain qu’un Américain qui est Suisse».
