Les gestes religieux des footballeurs suisses interrogent
Les noms de Johan Manzambi et Ruben Vargas sont sur toutes les lèvres durant cette Coupe du monde. Non seulement en raison de leurs buts, qui électrisent toute la Suisse, et désormais de leurs blessures, mais aussi à cause de leurs opinions religieuses. Les deux joueurs ont pris l'habitude de faire un geste de croix avec leurs doigts après une victoire, en hommage à Dieu.
Ces gestes ne sont pas anodins. Car le football est l'occasion de faire passer les messages les plus divers. Ils sont parfois très directs. En 1995 par exemple, les footballeurs suisses ont livré une démonstration politique explicite: avant le match qualificatif pour la Coupe du monde contre la Suède, à Göteborg, ils ont déployé une banderole. On pouvait y lire: «Stop it, Chirac». L'équipe protestait contre l'ancien président français, qui avait autorisé la reprise des essais nucléaires sur l'atoll de Mururoa.
Plus récemment, difficile de ne pas évoquer le geste de l'aigle bicéphale effectué par l'actuel capitaine, Granit Xhaka, qui revêt lui aussi une dimension politique, mais cette fois-ci symbolique. Pour tout dire, je trouve cela plutôt sympathique. Car ces jeunes ne font que suivre leur cœur. Ils veulent montrer ce qui est important pour eux, sans s'en prendre à personne.
Une conception problématique de Dieu
Concernant les gestes de nature religieuse, la question des valeurs se pose néanmoins. Ruben Vargas est un proche de l'Eglise International Christian Fellowship (ICF), un mouvement évangéliste fondé à Zurich. Son succès est important et ses cultes sont de véritables spectacles. Mais ils sont aussi des plateformes d'endoctrinement subtiles, notamment par love bombing, une technique de manipulation affective visant à submerger une personne de compliments et d'attentions pour établir une emprise sur elle.
Lorsque les footballeurs Manzambi et Vargas s'agenouillent après un but, soit une autre forme de geste effectué vis-à-vis de Dieu, ils transmettent un message qui peut trouver un écho, surtout auprès des jeunes supporters.
Mais ceux-ci savent-ils quelle est la vision fondamentaliste portée par certaines Eglises évangéliques libres? Savent-ils que, selon cette conception, Dieu interdit l'homosexualité, que les relations sexuelles avant le mariage constituent un péché, que les récits bibliques doivent être compris au sens littéral et qu'une attitude critique envers ces croyances est considérée comme un signe d'apostasie?
Autre question: comment des footballeurs évangéliques peuvent-ils remercier Dieu de leur avoir permis de marquer un but? Cela témoigne d'une conception problématique de Dieu. Nul ne peut savoir ce que Dieu fait ou ne fait pas. A moins que Dieu ne prenne parti, ou qu'il ne s'apprête aussitôt à offrir également un but à l'équipe adverse. Je propose de suivre le sage conseil de l'apôtre Paul:
Pour notre sujet, cela signifie: examinez attentivement la démarche religieuse de Manzambi et de Vargas, mais accueillez avec gratitude ce qu'ils apportent de bon: les buts qu'ils marquent.
Traduit et adapté par Alexandre Cudré
