Le suspense est mort
De nombreuses règles ont été introduites ou adaptées pour la Coupe du monde 2026. Parmi elles figure celle du départage des équipes à égalité.
Désormais, la différence de buts particulière ou, pour simplifier, le résultat de la confrontation directe, est le premier critère retenu pour classer deux nations ex æquo. Elle prime sur la différence de buts générale.
Cette évolution était d'abord passée inaperçue dans le flot des nouveautés réglementaires. A tel point que lors de la première élimination du Mondial, l’Agence télégraphique suisse (ATS) n’évoquait pas la sortie d’Haïti, mais écrivait plutôt: «Sauf exploit monumental mercredi prochain face au Maroc, les Grenadiers ne verront pas la phase à élimination directe».
Or l’affaire était déjà entendue. Même en cas de large victoire lors de la dernière journée et de défaite écossaise dans le même temps, Haïti ne pouvait plus ravir la 3e place potentiellement qualificative à la Tartan Army, en raison de sa défaite inaugurale face à la bande à Scott McTominay. La dernière position était actée. Aucun exploit envisageable. Rien.
On pourrait se demander si la faible communication autour de cette réforme en amont du Mondial n’était pas volontaire, comme pour éviter toute nouvelle polémique. Après tout, le débat reste vif entre les partisans du goal-average classique et ceux de la différence de buts particulière.
Chaque format présente ses avantages. La différence de buts générale accorde la même importance aux trois rencontres et instaure une forme d'équité sur l'ensemble de la phase de groupes, tandis que la version particulière évite à une équipe d'être éliminée sur le fil par une nation qu'elle aurait battue. Dans ce deuxième système, le face-à-face prime.
L’idée ici n’est pas de remettre une pièce dans la machine. On se contentera de signaler qu'avec la nouvelle formule, l’Allemagne, assurée de terminer première de son groupe avant la dernière journée, a peut-être sans le vouloir facilité la qualification de l’Equateur pour les 16es de finale. Elle a certes eu le mérite d’aligner son onze habituel, alors qu'elle avait la possibilité de faire tourner son effectif, mais cela n'a pas suffi à contenir la furia de la Tri, qui elle devait impérativement s'imposer.
Ce sur quoi on veut s’attarder relève plutôt du spectacle et des émotions. Le Mondial à 48 équipes promettait une course à la qualification haletante, grâce au repêchage des huit meilleurs troisièmes.
Or la dernière journée de groupes manque cruellement de suspense et n'a rien de très intense. Au Qatar, elle avait débuté avec seulement deux équipes éliminées; cette année, elle s’est ouverte avec neuf nations déjà sûres de terminer premières ou dernières de leur groupe, la faute au nouveau système de départage. Les scénarios sont figés.
Le cas de l’Allemagne évoqué précédemment n’aurait pas pu se produire avec l’ancien règlement. Et pour cause: les Ivoiriens, certes battus par les hommes de Julian Nagelsmann plus tôt dans la compétition, auraient conservé jusqu’au bout, avec trois points, leurs chances de détrôner la Mannschaft grâce à la différence de buts générale.
L’ancienne formule avait aussi permis à l’Allemagne de vivre, il y a quatre ans, l’une des dernières journées les plus mémorables du Mondial. Tous les membres du groupe E avaient été, au moins quelques minutes, qualifiés pour la phase à élimination directe, y compris la Mannschaft, pourtant dernière au coup d’envoi. Avec la différence de buts particulière, elle n’aurait jamais occupé la deuxième place qualificative durant près d’une heure, jusqu’à l’égalisation du Japon contre l’Espagne dans le match à distance. Et la soirée n’aurait sans doute jamais été aussi renversante.
Cette troisième et dernière journée, moins indécise qu’au Qatar, déçoit d’autant plus qu’elle succède à une première, faite de rencontres poussives et de nombreux matchs nuls. Les équipes se seraient-elles méfiées des risques liés à la différence de buts particulière, qui ont rapidement condamné le Panama ou la Turquie? C’est une éventualité. A moins que le nouveau mode à 48 équipes, avec deux tiers des troisièmes repêchés, n’ait incité les nations à aborder la compétition plus prudemment, sans se jeter d’emblée à la conquête des trois points.
