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«La culpabilité me ronge»: Novak Djokovic dévoile son côté sombre

Au final, le vrai adversaire de Novak Djokovic, c'est lui-même.
Au final, le vrai adversaire de Novak Djokovic, c'est lui-même.

«La culpabilité me ronge»: Novak Djokovic dévoile son côté sombre

Dans un nouveau documentaire diffusé sur Prime Video, Novak Djokovic se montre plus vulnérable que jamais. Il y évoque des nuits de bombardements, ses accès de colère, ses enfants. Mais surtout la peur de ne jamais être à la hauteur.
20.08.2026, 19:0120.08.2026, 20:12
Simon Häring

L'or olympique, 24 titres du Grand Chelem et 428 semaines passées au sommet du classement mondial. Novak Djokovic est le joueur de tennis le plus titré de l'histoire. Pourtant, lorsqu'il porte un regard sur sa vie, le Serbe ne parle ni de fierté ni de records. Il parle plutôt des émotions qui l'accompagnent depuis l'enfance, le sentiment de ne pas être désiré, et celui de ne jamais être assez bon.

Depuis jeudi, Amazon retrace dans le documentaire Novak Djokovic: The Wolf in Winter son ascension jusqu'au sommet du tennis masculin. Le film raconte comment il a empoigné une raquette à l'âge de quatre ans. Comment, en 1999 et alors qu'il était enfant, il a cherché refuge dans un bunker lorsque les troupes de l'OTAN ont arrosé son pays de bombes durant trois mois.

Comment, aussi, ses parents, dans le besoin, ont accepté de l'argent venant de personnes que Novak Djokovic qualifie lui-même de «criminelles». Et comment, à douze ans, il a quitté son foyer pour Munich pour vivre son rêve.

La bande-annonce 👇🏼

Contrairement au documentaire Netflix en quatre parties consacré à Rafael Nadal, ou à Twelve Final Days, qui retrace les derniers jours de Roger Federer en tant que joueur de tennis, The Wolf in Winter ne sort pas après la retraite de son protagoniste, mais à un moment où il est le plus vulnérable.

A 39 ans, Novak Djokovic n'a plus rien à prouver à personne. Et pourtant, lui aussi finira, tôt ou tard, par être rattrapé par le temps, ou lâché par son propre corps. Comme récemment à Cincinnati, où la chaleur et l'humidité l'ont accablé au point de le faire vomir.

Le documentaire traite précisément de cette fin qui approche et d'un homme qui a tout gagné, qui a vaincu tous ses adversaires, mais dont le plus grand rival reste, encore aujourd'hui, lui-même. Novak Djokovic raconte:

«Les gens autour de moi n'arrêtent pas de me dire, tu as tellement accompli, tu peux en profiter maintenant, mais je n'y arrive pas»

C'est l'aveu d'un homme habité par une forme d'urgence intérieure. Novak Djokovic dit vouloir toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite et toujours plus fort. Il confie:

«Je ne peux pas dire que je suis satisfait de ce que j'ai accompli, ni de la personne que je suis devenu. J'ai souvent l'impression de m'enfermer moi-même.»

Jelena, sa femme, décrit le même mécanisme, vu de l'extérieur. Elle confie:

«Quand Novak perd, il remet en question toute son identité, s'isole et veut rester seul»

Le film n'apporte pas de réponse tranchée sur l'origine de ce penchant à l'autoflagélation. Mais il retrace une piste qui creuse jusqu'à son enfance.

Pour sa mère, Dijana, le jour où il a quitté le foyer familial, à l’âge de douze ans, est «le pire jour de sa vie», confie-t-elle. Pour Novak Djokovic, ce départ s'est accompagné d'une responsabilité: celle de réussir. Le tennisman explique:

«J'ai dû grandir très vite, et apprendre à réprimer ma joie, mes peurs et ma frustration»

Le court de tennis est alors devenu un refuge, un endroit où pouvaient enfin s'exprimer des émotions qui n'avaient place nulle part ailleurs.

Et le sportif semble avoir besoin de cette soupape encore aujourd'hui. André Agassi, qui a entraîné Novak Djokovic pendant dix mois en 2017, décrit un homme doux et attentionné qui pour livrer son meilleur tennis a besoin de ce qu'Agassi nomme «sa part d'ombre».

La peur ou la colère l'ont donc rendu meilleur. Novak Djokovic lui-même confie:

«Quand le public se retourne contre moi, cela réveille mon guerrier intérieur»

Il n'est pas «l'élu»

Il n'a jamais manqué d'adversaires. Lorsque Novak Djokovic a commencé à s'imposer au sommet du classement ATP, l'histoire de sa génération en or était déjà écrite. Novak Djokovic lui-même résume:

«D'un côté, Roger Federer, avec son élégance, son style et son charisme. De l'autre, Rafael Nadal, avec son énergie, sa ténacité et son intensité.»

Leur rivalité constituait, selon ses propres mots, le «scénario parfait». Un scénario qui le dérangeait.

Il était plus bruyant, plus émotif que les autres, il imitait d'autres joueurs et, surtout, il a commencé à battre Federer et Nadal. Sa femme lance:

«Novak n'était pas l'élu»

Elle ajoute:

«Il porte le poids de ne jamais être assez bon»

Sa mère s'était pourtant exprimée différemment à ce sujet par le passé. «Novak se sent choisi par Dieu», avait-elle déclaré après la finale de Wimbledon 2019.

Federer fait de la figuration

Bien qu'ils se soient affrontés 50 fois, dont 17 lors de tournois du Grand Chelem et 4 fois lors de finales, Roger Federer n'occupe qu'une place mineure dans The Wolf in Winter. Les victoires contre le Suisse ont pourtant marqué la carrière de Novak Djokovic.

En 2008, en demi-finale de l'Open d'Australie, sur le chemin de son premier titre du Grand Chelem. En 2010 et en 2011, à chaque fois en demi-finale de l'US Open. Et en 2019, en finale de Wimbledon. A trois reprises, Roger Federer avait eu deux balles de match. Et à trois reprises, c'est pourtant son rival qui l'avait finalement emporté.

Il est peut-être cohérent que Roger Federer et Rafael Nadal restent des figures secondaires de ce récit. Car le documentaire d'Amazon raconte moins le combat du «Joker» contre ses plus grands rivaux que les sentiments auxquels il a dû faire face, dont celui d'être constamment différent.

Djoko est devenu l'ennemi public n°1

Cette lutte s'était révélée avec force en 2022. Alors qu'il n'était pas vacciné contre le Covid-19, «Nole» s'était rendu à l'Open d'Australie, invoquant une dérogation car il avait contracté le virus à deux reprises dans les mois précédant le tournoi. Avant son départ, il avait rendu cette situation publique, ceci contre l'avis de sa femme. Jelena se souvient:

«A partir de ce moment-là, tout est devenu infernal»

A son arrivée à Melbourne, l'ex-numéro 1 mondial a été retenu et son visa annulé. En s'opposant à l'obligation de se vacciner, il était devenu une «icône pour les antivax», et sa présence en Australie risquait de provoquer des troubles à l'ordre public, avait-on alors avancé.

Encore aujourd'hui, il qualifie ces événements de «motivés politiquement», et insiste sur le fait qu'il n'a jamais pris position pour ou contre la vaccination. Ce qui compte pour lui, c'est le droit de décider librement pour son corps. Jusque-là, il n'était tout au plus perçu, dans le monde du tennis, que comme un trouble-fête. Il le sait:

«Mais là, je suis devenu le méchant aux yeux du monde entier»

La vie de famille le révèle

Les moments les plus touchants du film ne se déroulent pas sur le court de tennis mais lorsque Novak Djokovic est dans son rôle de père. Jelena confie:

«C'est auprès de ses enfants qu'il est le plus heureux. Avec Stefan et Tara, il vit l'enfance que nous n'avons malheureusement jamais eue. Nous avons grandi pendant la guerre, exposés aux bombardements. Cela laisse des cicatrices.»

Lorsqu'il part en tournoi et voit ses enfants pleurer, son coeur se déchire. «La culpabilité me ronge», confie le joueur de 39 ans, qui n'a disputé que six tournois cette année.

Nole résume lui-même cette contradiction:

«Je ne suis plus seulement un joueur de tennis. Je suis un mari, un père. C'est ça, le vrai combat»

La question de sa retraite dépasse donc depuis longtemps le seul cadre sportif et Djoko n'avance aucune date. Tant qu'il ressentira cette flamme intérieure, tant qu'il pourra rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde, il ne verra aucune raison d'arrêter.

Mais le titre du documentaire trahit où il en est réellement, à «l'hiver »de sa carrière. Le loup est encore là, la faim aussi. Seul son corps lui rappelle de plus en plus souvent que ce combat ne pourra pas durer éternellement. Novak Djokovic se demande:

«Combien de temps vais-je encore m'infliger cela, à moi, à ma femme, à mes enfants?»

Mais pour le joueur le plus titré de l'histoire, arrêter ne signifie pas simplement cesser de jouer au tennis. Cela veut dire qu'il devra faire ses adieux au court, à ce lieu qui lui offrait, enfant, un refuge, un endroit où il pouvait laisser libre cours à ses émotions, et où il n'a cessé de prouver que tous ceux qui doutaient de lui avaient tort.

Traduit de l'allemand et adapté par Joel Espi

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