Urs Fischer: «J'ai changé d'avis sur le fait de coacher un jour la Nati»
A Mayence, vous êtes couvert d'éloges. Lothar Matthäus, star du foot allemand, a même affirmé: «Urs Fischer arrive, et tout fonctionne!» Ça vous fait quel effet?
URS FISCHER: Tout le monde aime les compliments. Mais je suis dans ce milieu depuis assez longtemps et vous me connaissez aussi depuis un moment: vous pourrez volontiers me féliciter lorsque la relégation sera mathématiquement évitée. Tout le reste serait prématuré pour moi.
Quand vous avez repris l'équipe, elle était dernière avec 6 points en 13 matchs. Il fallait quel Urs Fischer: le psychologue ou le tacticien?
En réalité, c’est très simple: il faut des résultats. Et chaque entraîneur a sa manière d’y parvenir.
Et c'est quoi, la vôtre?
Après Bo Henriksen, qui a plutôt du tempérament, le club voulait quelque chose d’opposé. Une approche plus calme.
Et vous avez senti quand que la mayonnaise prenait avec l'équipe?
Ce serait trop simple de retenir un seul moment. Au final, tout tourne autour des résultats. Ce sont eux qui ont ramené la confiance et confirmé que ce que je fais fonctionne. Prenons le match nul 2-2 à l’extérieur contre le Bayern Munich, lors de mon deuxième match. Cela peut déclencher énormément de choses.
- De 2018 à 2023, il a conduit Union Berlin de la 2e Bundesliga jusqu’à la Ligue des champions.
- En décembre 2025, il a pris les rênes de Mayence. A son arrivée, le club était dernier du classement. Il est désormais 9e.
- Mayence dispute un quart de finale de Conference League contre Strasbourg. A l'aller, le club allemand l'a emporté 2-0 à domicile. Le retour a lieu ce jeudi 16 avril.
- Urs Fischer est marié, vit à Zurich et a deux filles adultes.
Vous avez fait une pause de deux ans avant de prendre ce poste à Mayence. Vous avez douté de votre capacité à revenir?
Oui, absolument. C’était une sensation étrange de se retrouver à nouveau sur le terrain. Mais parler de peur ou d’insécurité serait exagéré. Avec mon assistant Markus Hoffmann, nous nous demandions: «Est-ce qu’on a encore ce qu’il faut?» Quand on s’éloigne deux ans, on se demande si ce qu’on veut transmettre à l’équipe vient encore naturellement.
Pendant cette pause, qu’est-ce qui vous a donné le plus d’énergie?
La famille. L’entourage proche. J’ai vraiment pu profiter de ces deux années. Et je suis conscient d’être dans une situation privilégiée. C’était un avant-goût de la retraite, qui se rapproche aussi. Je sais désormais que je n’ai pas à m’inquiéter. Je pense qu’il est important de conserver une certaine structure quotidienne, de ne pas rester assis toute la journée.
Et votre quotidien ressemblait à quoi durant cette période?
J’ai pu me consacrer à mes hobbies. Je voyageais régulièrement avec ma femme. De courts séjours. A vélo, soit dans la région de Zurich, soit en emmenant les vélos en voiture. J'ai aussi pêché.
C’était une période fantastique. Et aussi importante pour moi en tant qu’homme, pour me vider la tête. Les cinq ans et demi à Union Berlin ont été très intenses. Ils ont laissé des traces.
Quand des postes d’entraîneur se libéraient dans des clubs intéressants, vous vous êtes parfois dit: «Cette fois, c'est mon tour!»
Non, jamais. J’avais suffisamment d’opportunités. Je ne me suis donc jamais inquiété. Mais cela ne correspondait jamais à 100 %. Le «ressenti» dont je parlais n’était jamais là. On peut se tromper, bien sûr. Mais il y avait suffisamment d’offres, simplement pas la bonne.
A Union Berlin, vous aviez confié une fois: «Ce serait bien que nous puissions aussi traverser une crise ensemble. Et en sortir ensemble.» Cette opportunité ne vous a pas été accordée. Ça vous agace?
Oui. Un peu. Tout le monde souhaite s’arrêter sur un succès, pas sur un échec. Mais au final, c’était le bon moment pour se séparer. Même si cela a fait mal.
Vous jouez contre Strasbourg en quart de finale de Conference League. Un sacré événement pour Mayence! Vous pouvez aborder différemment les matchs européens, en les voyant comme du bonus?
Au final, on peut toujours perdre quelque chose. Cette idée de «n’avoir que du bonus», ce serait bien. Mais pour moi, cela n’existe pas. Il était important de se qualifier directement pour les huitièmes de finale, afin d’éviter deux semaines anglaises supplémentaires. Nous y sommes parvenus. Atteindre ces objectifs intermédiaires aide aussi. Mais l’approche reste la même. Nous voulons gagner chaque match en Conference League, sinon autant ne pas participer. Mais bien sûr: la priorité reste le championnat, car il s’agit de survivre.
Parmi les sept autres équipes restantes, aucune ne semble hors de portée pour Mayence. Du coup, l'objectif, c'est le titre?
Doucement! Je veux passer le prochain tour. Point. A quoi bon se projeter si, au prochain match, on ne fait rien de bon? Bien sûr que nous voulons atteindre la finale. Mais dans notre état d’esprit, seul le prochain match compte.
Vous voyez comment la suite de votre carrière?
J’ai une idée en tête. Mais je la garde pour moi. Chacun doit décider pour soi. Roy Hodgson prend aujourd’hui une équipe de deuxième division anglaise à 78 ans pour tenter de la sauver de la relégation. Pour moi, ce serait inimaginable.
Une réputation vous précède: jeu défensif, pragmatique, peu spectaculaire. Elle est injuste, selon vous?
Que voulez-vous que je dise? Pour moi, un football attractif est un football efficace. Si l’on monte de 2e Bundesliga en Bundesliga avec Union Berlin, que l’on se maintient, puis que l’on se qualifie successivement pour la Conference League, l’Europa League et la Ligue des champions, ce football ne peut pas être si mauvais que certains le disent. Mais…
On vous écoute!
Avec toutes mes équipes, mon objectif a toujours été le même, et c’est aussi le cas à Mayence: obtenir une certaine compacité et stabilité sur le terrain. Ensuite, il y a de la place pour la créativité. Les fondations doivent être solides.
Le métier d’entraîneur, il a évolué comment ces dernières années?
Le staff autour de l’entraîneur a changé. Il est plus grand. Et chacun est spécialiste dans son domaine. J’ai trois adjoints, trois analystes, des préparateurs physiques, des physiothérapeutes, des spécialistes de la nutrition.
Aujourd’hui, il s’appuie sur des spécialistes, à condition de leur faire confiance. Ce que je fais!
L’intelligence artificielle a-t-elle de plus en plus d’influence sur le football?
L'avenir nous le dira. Pendant ma pause de deux ans après Union Berlin, j’ai reçu une offre des Etats-Unis. Mon nom était ressorti grâce à un ordinateur, sur la base de données. Le club se base sur certains paramètres, et ils correspondaient à mon profil.
Vous imaginez devenir un jour sélectionneur national?
Je crois avoir déjà répondu à cette question à de nombreuses reprises. Au début, j’étais sceptique, puis j’ai un peu révisé mon avis. Et j’ai dit: «Ne jamais dire jamais». Et je dis la même chose aujourd’hui.
Adaptation en français: Yoann Graber
