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Roman Josi et sa compagne Ellie Ottaway.
Roman Josi et sa compagne Ellie Ottaway.Image: Instagram

Renoncer au Mondial pour un accouchement: louable ou indéfendable?

Roman Josi ne disputera pas le Championnat du monde de hockey, qui débute ce samedi pour la Suisse (15h20 contre l'Italie), car sa femme attend leur deuxième enfant. Une décision que son équipe accepte mais que d'autres fustigent.
14.05.2022, 16:02
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On a appris jeudi que Roman Josi, l'un des meilleurs joueurs de l'équipe de Suisse, ne prendrait pas l'avion pour le Championnat du monde en Finlande (du 13 au 29 mai) afin de rester auprès de sa femme Ellie Ottaway. Celle-ci attend le deuxième enfant du couple pour le mois de juin.

«Le choix de Josi est tout à fait compréhensible», commente Klaus Zaugg, notre envoyé spécial à Helsinki. «Vous savez ce que disent les Américains: "Happy wife, happy life"! Et puis, on ne peut pas reprocher au défenseur de se débiner. Il a toujours répondu présent avec la Suisse quand il le pouvait».

Roman et Ellie, lors de leur mariage en 2019.
Roman et Ellie, lors de leur mariage en 2019.

Tout le monde ne peut pas en dire autant. Il fut un temps, lorsque les hockeyeurs suisses menaient des luttes de sous-préfecture en division inférieure, où la grossesse était une excuse récurrente pour refuser une convocation. «Une fois, c'était il y a plus de 30 ans, un joueur a même déclaré forfait au motif qu'il devait emmener son chien chez le vétérinaire», se marre Klaus Zaugg.

Roman Josi, lui, ne s'est pas cherché d'excuse. Le défenseur et capitaine des Predators (NHL) aurait aimé être du voyage en Finlande, jouer pour cette équipe de Suisse ambitieuse qui se battra pour une médaille. Mais il a privilégié sa vie de famille. Une décision qui apparaît légitime et pourtant soulève quelques critiques, à tout le moins des interrogations, chez ceux qui attendent des sportifs une dévotion exclusive à leur métier, au mépris de la vie personnelle. Ces passionnés de sport considèrent les athlètes comme des soldats en mission pour leur équipe et leurs supporters. Un confrère résume:

«Je trouve que la décision de Josi n'est pas professionnelle. Ce n'est pas parce que ta femme attend un heureux évènement que ça te donne le droit de ne pas participer à une compétition sportive. A la limite, Josi aurait fait un aller-retour depuis la Finlande pour assister à la naissance de leur enfant; ça, j'aurais pu le comprendre. Mais sécher tout un tournoi alors que le bébé est prévu pour le mois de juin, non»

Co-présidente du HC Bienne, Stéphanie Merillat mesure toute la complexité de la situation. «C'est toujours un peu délicat. Mais je comprends le joueur. Et puis, si j'étais le sélectionneur, je préférerais avoir des gars 100% convaincus et investis, plutôt qu'un hockeyeur qui se sent obligé moralement de participer.»

Le programme de la Suisse

Mondial de hockey à Tampere et Helsinki
Groupe A: Canada, Allemagne, Suisse, Slovaquie, Danemark, Kazakhstan, Italie, France (remplaçant de la Russie).
Groupe B: Finlande, Etats-Unis, République tchèque, Suède, Lettonie, Norvège, Grande-Bretagne, Autriche (remplaçant du Belarus).

Calendrier
14 mai: Suisse - Italie (15h20)
15 mai: Danemark - Suisse (19h20)
17 mai: Suisse - Kazakhstan (19h20)
18 mai: Suisse - Slovaquie (19h20)
21 mai: Canada - Suisse (15h20)
22 mai: Suisse - France (19h20)
24 mai: Allemagne - Suisse (11h20)

Les quatre premières équipes de chaque groupe se qualifient pour les quarts de finale.

On lui pose la question autrement: si la femme de son joueur, Gaëtan Haas, accouchait le jour d'un match 7 en finale des play-offs, accepterait-elle de libérer sa star? «Ça serait forcément une discussion compliquée», reconnaît la dirigeante. «Il faudrait que le joueur parle avec le coach afin qu'ils trouvent une solution que j'accepterais. Mais la plupart des joueurs ont une conscience professionnelle et préféreraient tout donner pendant deux heures puis passer du temps en famille ensuite

La «conscience professionnelle» est souvent interrogée dans ce genre de situation, surtout dans les sports collectifs où les joueurs ont un engagement vis-à-vis de leurs coéquipiers et du staff. Mais où s'arrête cet engagement? Certains évènements de la vie, surtout lorsqu'ils sont aussi beaux et uniques que la naissance d'un enfant, ne justifient-ils pas une dérogation temporaire?

Comprenez-vous le choix de Roman Josi?

Xavier Margairaz en est persuadé. Ancien joueur du FC Zurich notamment et de l'équipe de Suisse, il a déjà raté un match de Coupe d'Europe pour assister à l'accouchement de sa femme Léanne. Et il ne regrette rien.

«J'avais manqué un match de Ligue Europa avec Zurich contre le Sporting en 2011, je m'en souviens très bien. C'était ma décision. Même si c'est toujours sympa de jouer en Coupe d'Europe, je trouve que la naissance d'un enfant est exceptionnelle et que c'est beaucoup plus important qu'un match. Bon, ma femme avait accouché quatre jours après la rencontre, donc j'aurais pu quand même aller au Portugal! (il rit). Mais je ne voulais pas prendre de risque car elle était déjà au-delà du terme. Le club l'avait d'ailleurs parfaitement compris et m'avait laissé le choix»

Selon l'ancien footballeur, «la décision de rester auprès de sa compagne appartient à chacun» et dépend beaucoup du ressenti de l'athlète.

«Quand j'ai eu mon premier enfant, c'était la veille d'un match et je ne me sentais pas du tout de jouer le lendemain, ce que Zurich a compris. Mon deuxième enfant, je l'ai eu un jour avant Servette-Zurich et je ressentais le besoin de jouer, je ne sais pas pourquoi. Ce jour-là, on a gagné 1-0 et j'ai marqué l'un des plus beaux buts de ma carrière.» Une frappe splendide de 25 mètres dans la lucarne.

L'émotion du papa buteur

«Il faut toujours respecter la décision du joueur», insiste Klaus Zaugg, recentrant le débat autour de Roman Josi. «Surtout qu'il y a de nombreux éléments que le public ignore. Est-ce que l'accouchement est annoncé comme difficile? Quel est l'état de santé de l'épouse? Et quelle est la relation entre le joueur et sa femme?»

Autant de questions qui, posées ainsi, sortent le débat du registre émotionnel et rendent la décision du Bernois inattaquable.

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