Le public de Kitzbühel est ingrat
C’est presque devenu une tradition: une fois par an, les stars se donnent rendez-vous à Kitzbühel pour assister aux courses du Hahnenkamm.
Parmi les célébrités présentes cette année: l’acteur Arnold Schwarzenegger, l’ancien footballeur Zlatan Ibrahimovic, le parrain de la F1 Bernie Ecclestone, l’entraîneur à succès Jürgen Klopp, le CEO de Hugo Boss Daniel Grieder, l’ancien pilote de F1 Sebastian Vettel, le patron d'écurie Toto Wolff, ainsi que plusieurs joueurs du Bayern Munich, dont Manuel Neuer. Partenaire de l'événement, Red Bull joue un rôle prépondérant dans la venue de certaines stars.
Souvent, les caméras se tournent vers ces personnalités, donnant l’impression que la course passe au second plan. Mais là n’est pas le problème. Après tout, la présence de toutes ces célébrités profite au ski et permet à la discipline de toucher un public élargi.
En revanche, quand, lors de la mythique descente, la tribune d’honneur au centre et celles qui l’entourent – à droite et à gauche, où les places coûtent près de 400 euros – sont clairsemées après le passage des meilleurs coureurs, on se dit que le «m’as-tu-vu» va trop loin et que le respect envers les athlètes qui osent défier la redoutable Streif n’existe tout simplement plus.
Quelques sièges vides étaient déjà visibles lorsque Maxence Muzaton, dossard 29 sur le dos, est venu ravir la troisième place à l’Italien Florian Schieder. Le début d’une désertion progressive.
Pourtant, à Kitzbühel plus qu’ailleurs, les dossards élevés réussissent souvent des performances majuscules. Non pas parce que la piste s’accélère, mais parce que la Streif peut sacrer des athlètes certes moins forts sur le papier, mais plus déterminés que les autres le jour J. Des skieurs qui ont débranché, que la peur ne freine pas et qui, contrairement à d’autres, plus timorés, n'ont qu'une envie: découper la piste, le couteau entre les dents.
Muzaton est de ceux-là. A 35 ans, le Français a signé samedi son premier podium de Coupe du monde en descente. Ces dernières saisons, Kitzbühel était déjà le théâtre de ses plus belles performances. Le skieur de La Plagne a inspiré l’Allemand Luis Vogt, dossard 40, qui a obtenu quelques minutes plus tard le meilleur résultat de sa carrière, en décrochant la 8e place. De son côté, Alban Elezi Cannaferina, 12e en partant avec le dossard 55, n’avait encore jamais atteint un tel rang dans les disciplines de vitesse.
L’an passé, la surprise était venue de James Crawford, qui avait débloqué son palmarès en Coupe du monde en s’élançant avec le dossard 20. Deux ans plus tôt, Florian Schieder, porteur du fameux numéro 43, avait quant à lui pris la deuxième place dans une aire d’arrivée uniquement occupée par les spectateurs massés dans le secteur debout, le repaire des véritables passionnés.
Dompter la mythique Streif et faire face, en bas de la piste, à des tribunes majoritairement vides. Impensable à Wengen, autre classique du mois de janvier, où le peuple suisse célèbre tous les athlètes et agite les drapeaux à croix blanche jusqu’au dernier concurrent, en l’occurrence l’Estonien Juhan Luik, relativement méconnu, cette année. Voilà qui est mieux ainsi.
