Magnin est une victime de l'arrogance du FC Bâle
Le licenciement de Ludovic Magnin au FC Bâle, ce lundi, nous rappelle que la durée de vie d’un entraîneur dans le football professionnel est courte.
Le Vaudois le savait lorsqu’il a signé au FCB un contrat de deux ans, l'été dernier, laissant le Lausanne-Sport derrière lui. Et le technicien, réputé aussi malin que réfléchi, ne va pas s’effondrer parce qu’il vide aujourd’hui son bureau au Parc Saint-Jacques et prépare ses cartons de déménagement à Therwil (BL). L’indemnité de départ était déjà incluse dans son salaire.
L’arrivée de son successeur Stephan Lichtsteiner, star du football suisse comme joueur (comme coach, il débarque de Wettswil-Bonstetten, en 4e division) a de quoi mettre le FC Bâle sous les projecteurs pendant quelques jours. Mais plusieurs questions se posent: quelle part de responsabilité a Ludovic Magnin dans cette saison décevante? La direction sportive doit-elle se remettre en question? Et ce club ne souffre-t-il pas, aussi, d’une certaine surestimation de lui-même?
Les chiffres bruts ne condamnent pas forcément Magnin. Après 21 journées, le FCB – 4e de Super League – compte seulement un point de moins que lors de la saison précédente, celle du titre.
Le classement de Super League
L’objectif ambitieux d’atteindre la Ligue des champions n’a certes pas été rempli, mais une qualification pour la phase à élimination directe de l’Europa League reste possible, même si elle ne tient qu’à un fil avant le match de jeudi (réception du Viktoria Plzen). Et dans une semaine, le quart de finale de Coupe de Suisse à Saint-Gall dira si les Rotblau peuvent encore rêver de défendre leur titre dans cette compétition.
En championnat, la situation est plus délicate. Le promu Thoune ne cesse de gagner et débarque dimanche au Parc Saint-Jacques avec dix points d’avance pour ce choc entre l'actuel leader et le champion en titre. Il y a un an, le FCB n’était qu’à une longueur du leader Lugano.
Mais sous les ordres de Fabio Celestini, l’équipe n’avait vraiment décollé qu’à la fin mars, dans une envolée spectaculaire qui l’avait menée au doublé. Et ce, dans un contexte où Celestini savait que la direction voulait le remercier dès la mi-mars.
Mais ce temps-là, Ludovic Magnin ne l’a même pas eu. C’est regrettable, pas seulement parce qu’il est apprécié humainement et respecté par son vestiaire, mais aussi parce qu’un peu de patience et de vision à long terme feraient du bien au FC Bâle. Magnin a prouvé à Lausanne qu’il savait construire dans la durée.
Mercato raté et sursaut inutile
Que la direction bâloise lui reproche une stagnation des performances à la fin de l’automne et un manque de constance n’est toutefois pas infondé. Depuis le 2-0 contre le FC Zurich fin octobre, le FCB n’a gagné aucun de ses cinq matchs de championnat à domicile. Ce qui ressemblait d’abord à un problème d’efficacité offensive s’est transformé, après la pause hivernale, en un triste nul contre Sion et une mi-temps cauchemardesque à Salzbourg. Trop, cette fois.
En sept mois, Magnin est trop rarement parvenu à enflammer le public. Des coups d’éclat, comme face à Young Boys (4-1) ou Stuttgart (2-0), ont été aussitôt compensés par des naufrages à Lugano (1-3) ou à Lausanne (1-5). Le président David Degen, et surtout le directeur sportif Daniel Stucki, doivent toutefois aussi se demander si l’effectif mis à disposition de Magnin avait réellement la qualité nécessaire pour atteindre des objectifs aussi élevés et imposer la domination espérée en Super League.
Cela se voit particulièrement dans l’axe de l’attaque, où la politique de transferts s’est révélée être un échec avec Moritz Broschinski, tandis qu’Albian Ajeti traverse une crise de confiance. Si l’on ajoute des méformes (Philip Otele, Bénie Traoré), une crise sur penalty (Xherdan Shaqiri) et des blessures (Keigo Tsunemoto, Metinho), le FC Bâle se retrouve sans véritable remplaçant à un joueur clé perdu, Leon Avdullahu, et doit aligner un jeune de 18 ans, Andrej Bacanin, au cœur du milieu.
Une vulnérabilité comparable à celle de n’importe quel autre club de Super League, «effectif de luxe» ou non, comme aime le dire Degen.
Même la victoire folle et spectaculaire 4-3 de dimanche à Zurich, grâce à un but de Shaqiri au bout des arrêts de jeu, n’a pas suffi à faire croire à un tournant. La décision concernant l’entraîneur semblait déjà prise.
Magnin appartient donc au passé, et l’avenir s’appelle Lichtsteiner. Les débuts de celui-ci pourraient difficilement être plus exigeants: en sept jours, l’ancien capitaine de l’équipe de Suisse peut gagner beaucoup… ou perdre encore plus, dans trois compétitions différentes.
Et pour l’instant, il devra aussi faire sans nouveau véritable avant-centre. Un renfort qui a cruellement manqué – et que le FC Bâle n’a jamais offert à Ludovic Magnin.
Adaptation en français: Yoann Graber
