Le tennis se ridiculise
D'habitude, ce sont les balles (et leur qualité) qui font beaucoup parler dans le tennis professionnel. A l'Open d'Australie, c'est un autre objet qui crée la polémique ces jours: les bracelets connectés.
Carlos Alcaraz, Jannik Sinner et Aryna Sabalenka ont tous dû retirer le leur en plein tournoi. La séquence – cocasse – avec l'arbitre qui demande à l'Espagnol, dimanche en 8e de finale, d'enlever cet accessoire (fixé sous son serre-poignet) fait d'ailleurs le buzz sur les réseaux sociaux.
La scène en vidéo
Mais ne vous y trompez pas: c'est par confort et non par triche qu'Alcaraz avait pareillement dissimulé son bracelet connecté. Comme les autres joueurs et joueuses, le numéro 1 mondial ne savait tout simplement pas qu'il n'avait pas le droit de le porter à l'Open d'Australie. Car les règles sont différentes d'une instance gouvernante à l'autre.
Ces accessoires sont permis par l'ATP et la WTA, les organisations qui gèrent respectivement les circuits masculin et féminin.
Les tennismen et tenniswomen sont également autorisés à porter leur bracelet connecté lors de tous les événements chapeautés par la fédération internationale (ITF) – l'instance suprême – comme la Coupe Davis et la Billie Jean King Cup. «Si je portais ce dispositif sur le court (à l'Open d'Australie), c'est parce que nous avons reçu le courriel confirmant l'autorisation de l'ITF de l'utiliser», s'est défendue Aryna Sabalenka ce mardi après sa victoire en quart de finale.
Sabalenka aussi a dû retirer son bracelet sur le court
No Whoop allowed! pic.twitter.com/ScfCVEu9ji
— Lorena Popa 🕵️♀️🎾 (@popalorena) January 18, 2026
Par contre, les tournois du Grand Chelem interdisent ces mêmes bracelets connectés, comme l'a rappelé au New York Times un porte-parole de Tennis Australia. Pour rappel, les quatre Majeurs (Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et US Open) fonctionnent en autarcie, avec leurs propres règles.
Les raisons de cette interdiction? La crainte que les joueurs puissent utiliser les données récoltées en temps réel par le bracelet (fréquence cardiaque, oxygénation sanguine ou température corporelle) pour changer le cours d'un match. Tout ça alors que le coaching n'est autorisé que sous certaines conditions strictes. Le média espagnol AS évoque aussi la crainte que ces données puissent filtrer vers l'extérieur et atterrir chez des parieurs illégaux.
Or, les joueurs se servent de ces données après le match et non sur le moment, comme l'a expliqué Jannik Sinner. Pour calibrer leur prochain entraînement et la récupération. Mais peu importe les arguments pour ou contre cette interdiction. Là n'est pas le problème.
Le problème, c'est qu'il existe autant de règlements qu'il y a d'organisations gouvernantes.
C'est pourtant exactement le même sport qui est pratiqué lors de matchs ATP ou WTA et de Grand Chelem... Ces incohérences sont d'autant plus absurdes que la WTA a noué depuis 2021 un partenariat officiel avec... la marque qui commercialise ces bracelets interdits en Majeurs, en l'occurence Whoop.
En 2024, quand l'ATP a autorisé ces accessoires, le directeur sportif de l'époque, Ross Hutchins, les vantait en parlant de «grand pas en avant dans nos efforts pour optimiser les performances des joueurs et prévenir les blessures».
C'est semble-t-il la volonté de l'Open d'Australie, qui «mène des discussions sur une éventuelle évolution de cette situation (le droit à l'utilisation des bracelets connectés)», comme l'a confié un porte-parole de Tennis Australia au New York Times.
Ce cirque ces jours à Melbourne fait en tout cas les affaires de la PTPA (Association des joueurs de tennis professionnels). Cette association de joueurs dissidente ambitionne – selon The Telegraph, cité par Tennis Temple – de révolutionner le tennis, notamment en unifiant la gouvernance de celui-ci...
