Patrick Fischer sort du silence, mais il y a un problème
Il y a plus de quatre ans, Patrick Fischer, alors sélectionneur de l’équipe nationale de hockey sur glace, a falsifié un certificat Covid pour se rendre aux Jeux olympiques. Un an plus tard, il a été condamné à une amende de près de 40 000 francs. Le mois dernier, Fischer a avoué sa faute, sachant que la SRF était sur le point de divulguer l'affaire. Deux jours plus tard, il a été licencié par la Fédération suisse de hockey sur glace (SIHF).
Cette histoire ne semble en rien entamer sa popularité auprès des fans, qui ont demandé son retour par le biais d'une pétition, ni son activité de conférencier auprès des grands noms du monde des affaires. Son agenda reste bien rempli. Le 20 juin, Patrick Fischer prendra la parole à Weinfelden lors d’un événement consacré à l’état d’esprit, au leadership, à la cohésion d’équipe et à la résilience. Un échange sur les valeurs qui guident la collaboration.
«La résilience face à la tempête»
Le 30 juin, le désormais ex-sélectionneur prendra la parole lors de la Journée des entrepreneurs à Vaduz. Le titre de son intervention d’une demi-heure? «La résilience face à la tempête». Fischer est présenté comme un «coach en leadership» et comme l’ancien entraîneur de l'équipe de Suisse de hockey sur glace. L’événement sera animé par Tobias Müller, journaliste à la SRF et présentateur de l’émission Einstein. Ces interventions rapportent à Fischer des cachets de l’ordre de plusieurs milliers de francs.
A l’approche du Championnat du monde de hockey sur glace en Suisse, Patrick Fischer n’avait pas encore souhaité s’exprimer publiquement au sujet de l’affaire. Il s’était contenté de ses aveux par communiqué. Le Zougois l’a finalement fait cette semaine, dans une interview accordée à Leader, un portail économique de Suisse orientale. Comme le montrent les recherches menées par CH Media, groupe auquel watson appartient, Fischer a répondu aux questions du média par écrit, en milieu de semaine dernière.
Lorsqu’il lui a été demandé, dans cette interview, quelles stratégies issues du sport de haut niveau aident les dirigeants à gérer l’échec, Fischer a évoqué son départ du poste de sélectionneur national. «Je vais bien sûr parler de manière très personnelle», a-t-il déclaré. Son licenciement a été «un tournant décisif». Pour lui, l’essentiel «est de ne pas se poser la question de la culpabilité»: «Les revers font partie de la vie, tout comme la persévérance et la détermination nécessaires pour ne jamais se laisser détourner de sa mission».
Son optimisme lui a joué des tours
Patrick Fischer a ajouté avoir trébuché sur son «propre optimisme», sur sa «confiance en ses semblables» et sur «cette valeur qui lui est si chère»: rester fidèle à lui-même. Pas sur la falsification pour laquelle il a été condamné, mais bien sur sa confiance envers le journaliste de la SRF Pascal Schmitz. Fischer s’était confié à ce dernier pendant la pause de midi, , lors d’un tournage le concernant.
L’ancien sélectionneur a ensuite établi des parallèles entre le sport de haut niveau et le monde des affaires. «La pression est la même, seul le cadre change. Au hockey sur glace, le public est juste à côté, chaque erreur est immédiatement visible.» Ce qui l’accompagne en permanence, c’est la question de savoir comment diriger sous pression, «quand tout le monde a les yeux rivés sur moi».
Une interview dépubliée
Patrick Fischer s’est aussi exprimé sur la question de la confiance. Lorsque les attentes ne sont pas satisfaites, la tentation est grande d’enjoliver la situation. «Un tel comportement détruit la confiance plus rapidement que n’importe quelle défaite. Mon expérience m’a appris que la franchise protège. Une discussion franche et respectueuse, même si elle fait mal, vaut toujours mieux que de balayer les problèmes sous le tapis», a-t-il déclaré.
Quelques heures seulement après la publication de l’interview, c’est pourtant exactement ce qu'il s’est passé: le contenu a été supprimé, sous la pression de l’entourage de Patrick Fischer. L'interview n’aurait dû paraître qu’après le Championnat du monde de hockey sur glace. Cette erreur au niveau du calendrier constitue le dernier incident en date dans cette farce autour de l'ancien coach.
D’après ce que l’on sait à ce jour, Patrick Fischer n’a pas, lui non plus, toujours respecté le principe de clarté et de transparence. Dès la mi-mars, il savait que la SRF menait une enquête concernant son faux certificat Covid. Pourtant, il n'a pas cherché à s’entretenir avec son supérieur. Le président de Swiss Ice Hockey, Urs Kessler, n’a en effet pris connaissance des faits qu’un mois plus tard, lorsque la SRF l’a confronté aux résultats de l’enquête.
«J'ai traversé l'enfer»
Patrick Fischer a enfin expliqué avoir mis à profit ces dernières semaines pour faire une pause et réfléchir. «La question de la résilience me touche de très près. J’ai moi-même fait l’expérience de ce que signifie repartir à zéro.» A l’avenir, il souhaite accompagner les cadres, «non pas en tant que personne qui sait tout, mais en tant que personne ayant elle-même traversé l’épreuve du feu», comme il le décrit.
Ces dernières semaines, Fischer a perdu beaucoup de choses: son emploi, la confiance qu’on lui accordait, sa réputation. Mais apparemment, il n’a rien perdu de son assurance ni de sa valeur sur le marché. Malgré sa condamnation et son licenciement, il reste très sollicité en tant que conférencier. Ses interventions sont réservées, ses honoraires élevés.
Patrick Stahl nous le confirme. Il est co-directeur général de l'agence événementielle Skunk et organise la Journée des entrepreneurs à Vaduz. Interrogé, il dit: «Pour nous, il n'y avait aucune raison de décharger Patrick Fischer. Il nous a confirmé sa participation». Il y aurait eu des voix critiques isolées, mais en principe, les retours sont positifs.
